ovoject i\o. un page Siû-eit.Vo. . C^/o, FÉDÉRATION DES SOCIÉTÉS D'HORTICULTURE DE BELGIQUE ACTES DU CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE ET D'HORTICULTURE D'ANVERS Oltr.A.MSÉ SOl'S LA Haute Protection de sa Majesté Léopold II, Roi des Belges ET sous le Patronage du Gouvernement et de la ville d'Anvers PAR LE CERCLE FLORAL D'ANVERS avec le concours de la Société Royale de Botanique de Belgique. de la Chambre Syndicale des Horticulteurs Belges et de la Fédération des Sociétés d'horticulture de Belgique les 2, 3, 4, 5, 6 et 7 août 1885 A l'occasion de L'EXPOSITION UNIVERSELLE D'ANVERS ET EN COÏNCIDENCE A\ EC L'EXPOSITION INTERNATIONALE D'HORTICULTURE IMPRIMERIE C. ANNOOT-BRAECKMAN, AD. IIOSTE, SUCC 1887 CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE ET D'HORTICULTURE D'ANVERS Août ISS^ FÉDÉRATION DES SOCIÉTÉS D'HORTICULTURE DE BELGIQUE ACTES DIL CONfiRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE ET D'HORTICULTURE D'ANVERS ORGANISE 'SOUS LA Haute Protection de sa Majesté Léopold II, Roi des Belges ET sous LE 'Patronage du Gouvernement et de la ville d'Anvers PAR LE CERCLE FLORAL d;ANVERS avec le concours de la Société Royale de Botanique de Belgique, de la Chambre Syndicale des Horticulteurs Belges et de la Fédération des Sociétés d'horticulture de Belgique leS;2, 3, 4, 5, 6 et 7 août 1885 A l'occasion de L'EXPOSITION UNIVERSELLE D'ANVERS ET EN COÏNCIDENCE AVEC L'EXPOSITION INTERNATIONALE D'HORTICULTURE GAND IMPRIMERIE C. ANNOOT-BRAECKMAN, AD. HOSTE, SUCC^ 1887 -A.VIS. Les « Actes du Congrès international de Botanique et d'Horti- culture d'Anvers » comprennent la reproduction de la sténographie des discussions qui ont eu lieu pendant les séances. La sténographie a été communiquée aux orateurs. La liste des adhérents au Congrès a été publiée dans le volume des « Rapports préliminaires » (pages 394-417); nous donnons ci-après les noms des membres dont l'adhésion est parvenue tardivement à la Commission organisatrice. Il en est de même des délégations officielles et de celles de plusieurs sociétés. En vertu de l'article 10 du Règlement du Congrès, il a été procédé à la constitution du Comité exécutif; nous la faisons connaître plus loin. 8 4 '7 87 COMITE EXÉCUTIF Président : M. Crepin, Fr., directeur du Jardin botanique de l'État, membre de l'Académie royale des Sciences, à Bruxelles. Vice-Présidents : MM. Martens, Éd., président de la Société royale de Botanique de Belgique, professeur à l'Université de Louvain. Van Geert, Aug., horticulteur, président de la Chambre syndicale des horticulteurs belges, à Gand. /Secrétaire- Général : M. De Bosschere, Ch., président de la Commission organisatrice et secrétaire-général du Congrès. /Secrétaires : MM. Marchal, É,, conservateur au Jardin botanique de l'État, président de la Société belge de microscopie, à Bruxelles. Van Geert, Ch., J"", horticulteur, vice-président du Cercle Floral d'Anvers. Membres : MM. Bommer, J.-E., conservateur au Jardin botanique de l'État, professeur à l'Université de Bruxelles. Bruneel, Oct., échevin, secrétaire de la Chambre syndicale des horticulteurs belges, à Gand. BuRVENiCH, Fr., professeur à l'École d'horticulture de l'État, à Gand. — 8 — MM. De Bosschere, G., horticulteur, architecte-paysagiste, à Anvers. De Bosschere, H., inspecteur des plantations communales, à Anvers. Delrue-Schrevens, président de la Société royale d'horti- culture, à Tournay. D'Haene, Ad., horticulteur, à Gand. Millet, H., pépiniériste et professeur d'arboriculture, à Tirlemonî. Pynaert-Van Geèrt, Éd., horticulteur, professeur à l'École d'horticulture de l'État, à Gand. RoDiGAs, Ém., professeur à l'École d'horticulture de l'État, à Gand. Rousseau, M'"*^ E., botaniste, à Bruxelles. Van Heurck, D' H., directeur du Jardin botanique d'Anvers. Van Houtte, L., horticulteur, à Gand. Vernieuwe, t., fonctionnaire au Ministère de l'agriculture, à Bruxelles. LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES mem:ï3iies ou cotvojré:s EMPIRE D'ALLEMAGNE. MM. JuNGBLUTH, D'' B., médecin, à, Aix-la-Chapelle. Kramer, F., jardinier en chef du Flottbeck Park, à Hambourg. MossicH, pépiniériste, à Treptow-lez-Berlin. ScHRÔDER, I)"" E., à Carlsruhe. VoLKMAN, horticulteur, à Erfurt. BELGIQUE. AiGRET, Cl., géomètre, à St-Gilles-lez-Bruxelles. Baumile, N., membre de la Société centrale d'horticulture, à Mons. BooNROY, instituteur communal, à Anvers. Brasseur, P., professeur à l'École normale de l'Etat, à Lierre. BuQUET, père, rentier, à Groenendael. Burvenich-Dewinne, horticulteur, à Gendbrugge. Cardon, A., membre de la Société centrale d'horticulture, à Mons. Caroly, à Lierre. CoGELS, A., propriétaire, à Anvers. Dailly, E., à Bruxelles. Dailly, J., à Bruxelles. Dalliére, A-, horticulteur, à Gand. De Baugnies, J., secret. -délégué du Cercle des naturalistes hutois,à Huy. Debrissy, docteur, administrateur de la Société centrale d'horticulture, à Mons. De Bruycker, P., à Ledeberg. De Clbene, Edm., avocat, à Zelc. — 10 - MM. De Cock, Ém.,. boulevard d'Akkerghem, à Gand. Defresne, m., à Anvers. De Gerlache, rentier, à Anvers. Deltemme, Ch., secrétaire-adjoint de la Société centrale d'horticulture, à Mons. Determe, J., à Mariembourg. DuBUs, OcT., membre de la Société centrale d'horticulture, à Mons. Feys, Fl., administrateur de la Société centrale d'horticulture, à Mons. Forget, à Mont-St-Araand. FucHS, L. fils, architecte de jardins, à Ixelles. Hbynderickx, Th., brasseur, à Lodelinsart. , Kengen, capitaine d'infanterie, à Lierre. LoRGE, J., à Jette-St Pierre. Maesen, industriel, à Bruxelles. MicHiELs, G., professeur d'arboriculture, à Montaigu. Mussche, juge de paix, à Tirlemont. Pâques, M™" E., à Liège. Riche, E., administrateur de la Société centrale d'arboriculture, à Mons. Rogge, g., à Gand. Rosseel, a. L , délégué de la Société royale d'agriculture et de botani- que de Gand. ScHMiTz, D., à Anvers. SCHULTES, à Bruxelles. Spae, B., horticulteur, à Gand. Thiroux, Eug., administrateur de la Société royale Linnéenne de Bruxelles. Vanden Driessche, horticulteur, à Gand. Van Eeckhaute, A. G., à Gand. Van Eeckhaute, fils, jardinier en chef au Jardin botanique de Gand. Van Nerom, à Anderlecht. Van Pee, E., propriétaire, à Bruxelles. Van Pee, M"* E., à Bruxelles. Wanauvre, j., secrétaire de la Société centrale d'horticulture, à Mons. Wehenkel, D^ directeur de l'École de médecine vétérinaire, à Cureghem. REPUBLIQUE FRANÇAISE. André, Ed., architecte-paysagiste, rédacteur en chef de la Revue horti- cole, à Paris, Baly, N., au château de Bagatelle (Seine). BouLAY, (abbé), professeur à l'Université catholique de Lille. — 11 — MM. Chatenat-Abel, à Vitry s/ Seine. Cure, conseiller municipal, horticulteur-maraîcher, à Paris. Demeulenaere, président de la Société d'horticulture, à Arraentières. DuvAL, Cl. E., horticulteur, à Versailles, DuviLLARD, à Arcueil, lez Paris. Leroy, pépiniériste, à Angers. Vanden Heede, Ch., horticulteur, à Lille. Vilmorin, H., marchand-grainier, à Paris. GRANDE-BRETAGNE. BoLiTHO, J.-B., Esq., Trewidden, à Penzance (Cornwall). Lewis. Castle, rédacteur du Journal of Horticulture, à Londres. ITALIE. Dr. C. Massalongo, professeur à l'Université, directeur du Jardin botanique de Ferrare. PAYS-BAS. Walter, F., juge de paix, à Hulst. ROUMANIE. le Dr. Brandza, professeur de botanique à l'Université, directeur du Jardin botanique et de la section botanique du Musée d'histoire naturelle, membre de l'Académie Roumaine, à Bucharest. RUSSIE. Staats, g., jardinier en chef du Jardin botanique de l'Université impériale de Kharkoflf. SERBIE . le Colonel Dr. Sa va Petrovitch, médecin de Sa Majesté le Roi, délégué du Gouvernement de la Serbie, à Belgrade. EMPIRE DU BRÉSIL. le Comte de Villeneuve, envoyé extraordinaire et ministre plénipoten- tiaire du Brésil, délégué du Gouvernement du Brésil, à Bruxelles. PzARRO, JoAS JoAQUiM, profcsseur de botanique à l'Ecole de médecine, à Rio- Janeiro. REPUBLIQUE MEXICAINE. MM. ToNEL, J., propriétaire-horticulteur, à Cordova, Vera-Cruz. RÉPUBLIQUE ARGENTINE. Parodi, D., D' en pharmacie, botaniste, à Buenos-Ayres. Spegazsine, D"" Ch., professeur d'histoire naturelle, à Buenos-Ayres, ÉTATS-UNIS DE LA COLOMBIE. Triana, J., consul-général, à Paris. ILE MAURICE. Daruty, A., président de la Société d'acclimatation, à Port-Louis. DÉLÉGUÉS OFFICIELS (1). La dépèche officielle du Gouvernement du Brésil est p^venue trop tard à la Commission organisatrice, pour pouvoir être insérée dans le volume des « Rapports préliminaires. » EMPIRE DU BRÉSIL. Le Comte de Villeneuve, envoyé extraordinaire et ministre plénipoten- tiaire du Brésil, à Bruxelles. BiNOT, Pedro, horticulteur et botaniste-voyageur, à Petropolis. EMPIRE DE RUSSIE. A. Fischer de Waldheim, conseiller d'État, professeur à l'Université impériale et directeur au Jardin botanique de Varsovie. DELEGUES DE SOCIETES (2). Société d'horticulture et d'histoire naturelle de l'Hérault (France) : MM. Emile Planchon, vice-président, et le D"" Louis Planchon, membre. Verein zur Beforderung des Gartenbaues in den Preussischen Staaten, à Berlin : MM. le professeur D"" P. Magnus, à Berlin, R. Mosisch, à Treptow-Iez-Berlin et D*" L. Wittmack, professeur à Berlin. Flora- Gartenbau-Gesellschaft in Koln : M. Jules Niepraschk, directeur de l'Établissement « Flora. » (1) Voir la liste à la page 418 des « Rappoiis préliminaires. » (2) Voir la liste à la page 418 et suiv. des " Rapports préliminaires, n COMPOSITION DU BUREAU DU CONGRES. HmU Protecteur du Congrès. Sa Majesté Léopold II, Roi des Belges, Souverain de l'Etat indépendant du Congo. Présidents d'honneur. MM. le Chevalier de Moreau, Ministre de l'agriculture, de l'industrie et des travaux publics. Léopold de Wael, Bourgmestre d'Anvers. Vice-présidents d'honneur. MM. D"" 0. Drude, professeur de botanique à la Kgl.-technische Hochschule, directeur du Jardin royal de botanique, délégué du gouvernement de Saxe, à Dresde. J. NiEPRASCHK, directeur de l'établissement Flora, à Cologne. D'' L. Radlkofer, professeur à l'Université, membre de l'Académie des sciences, à Munich. D*" L. Wittmack, professeur à l'Université et à l'Académie d'agricul- ture, secrétaire-général de la Soc. d'horticulture de Prusse, à Berlin. F. HiLLER, secrétaire du Landeskultur Rath du royaume de Bohême, à Prague. D"" J. Palacky, docent à l'Université de Prague, député à la Diète de Bohême, inspecteur des collections botaniques du Musée de Bohême, etc., à Prague. D"" L. RoESLER, professeur, directeur de la station expérimentale, à Klosterneubourg, près Vienne. C. BiART, président d'honneur du Cercle Floral d'Anvers, à Anvers. F. Crépin, directeur du Jardin botanique de l'État, membre de l'Aca- démie royale de Belgique, à Bruxelles. — 14 - MM. C, Hansen, professeur d'horticulture à l'Académie royale supérieure d'agriculture et d'horticulture, à Copenhague. H. Bâillon, professeur à la Faculté de médecine, directeur du Jardin botanique de la Faculté de médecine, à Paris. C. Baltet, horticulteur, délégué du gouvernement français, à Troyes. Max. Cornu, professeur-administrateur au Muséum d'histoire naturelle, délégué du gouvernement, à Paris. Ch. Joly, vice-président de la Société nationale d'horticulture de France, à Paris, J.E. Planchon, correspondant de l'Institut, professeur de botanique à la Faculté de médecine, directeur du Jardin des plantes à Montpellier. R. HoGG, rédacteur du Journal of Horticuliîcre, à Londres. F. ShirleyHibberd, directeur du Gardetiers Magazine, à Londres. F. Ardissone, professeur de botanique, directeur du Jardin botanique, directeur de la Société cryptogamique, à Milan. D"" P. A. Saccardo, professeur de botanique et directeur du Jardin botanique de l'Université, à Padoue. Enzweiler, ingénieur agricole du Gouvernement, délégué de l'Institut royal grand-ducal de Luxembourg. J. Krelage, horticulteur, délégué du gouvernement néerlandais, à Haarlem. B' MuLDER, rédacteur en chef du Landbouwcourant, délégué du gouver- nement néerlandais, à la Haye. D' J. Henriques, professeur de botanique et directeur du Jardin botanique, à Coïmbre. A. Fischer de Waldheim, conseiller d'État, professeur de botanique à l'Université impériale, directeur du Jardin botanique, à Varsovie. Colonel D"" Sa va Petrovitch, médecin de S. M. le Roi de Serbie. A. DE Candolle, associé étranger de l'Institut de France, à Genève. Comte DE Villeneuve, envoyé extraordinaire et ministre plénipoten- tiaire de S. M. l'Empereur du Brésil, délégué du gouvernement du Brésil, à Bruxelles. P. BiNOT, botaniste-voyageur, délégué du gouvernement du Brésil, à Petropolis (Brésil). D' J. Triana, consul-général de la Colombie, à Paris. Commissaire général du Gouvernement belge. M. le comte Ad. d'Oultremont, membre de la Chambre des repré- sentants. Délégués du Gouvernement. MM. C. Bernard, directeur de l'agriculture. E. Van Mons, secrétaire de l'œuvre des Congrès. — 15 — Président : MM. Éd. Morren, professeur à FUniversité, directeur de l'Institut botanique et du Jardin botanique, secrétaire de la Fédération des Sociétés d'hor- ticulture de Belgique, éditeur de la Belgique horticole, etc. à Liège. Vice-Présidents • J. E. BoMMER, professeur à l'Université, conservateur au Jardin botanique de l'État, à Bruxelles . J.-J. KiCKX, professeur à l'Université, directeur du Jardin botanique et de l'École d'horticulture de l'État, à Gand. Éd. Martens, professeur à l'Université, président de la Société royale de Botanique de Belgique, à Louvain. H. Van Heurck, directeur-professeur au Jardin botanique, à Anvers. L. Gillekens, directeur de l'École d'horticulture de l'État, à Viivorde. A. VAN DEN WouwER, président du Cercle Floral d'Anvers. A. Van Geert, président de la Chambre syndicale des horticulteurs belges, à Gand. Secrétaire-Grénéral : Ch. De Bosschere, professeur à l'École normale de l'État, à Lierre, /Secrétaires : Fr. Burvenich, professeur à l'École d'horticulture de l'État, à Gand. H. De Bosschere, fils, inspecteur des plantations communales d'Anvers. Delrue-Schrevens, président du Conseil d'administration de l'École d'arboriculture, à Tournai. Ad. D'Haene, horticulteur, secrétaire-adjoint de la Chambre syndicale des horticulteurs belges, à Gand. É. Marchal, président de la Société belge de microscopie, conservateur au Jardin botanique de l'État, à Bruxelles. Ém. Rodigas, secrétaire-général du Cercle d'arboriculture dé Belgique, à Gand, Ch. Van Geert, J', vice-président du Cercle Floral d'Anvers. /Secrétaires-adjoints : G. Caron, secrétaire de la Société royale Linnéenne, à Bruxelles. L. CooMANS, trésorier de la Société royale de Botanique de Belgique, à Bruxelles. H. Millet, pépiniériste et conférencier, à Tirlemont. L. Van Houtte, horticulteur, à Gand. COMPTE-RENDUS STENOGRAPH IQUES. Séance d'ouverture, le dimanche 2 août 1885. {Grande salle du Cercle artistique, littéraire et scientijiqm d^ Amers). Présidence de MM. Léopold de Wael, Bourgmestre d'Anvers, président d'honneur du Congrès, et Edouard Morren, professeur à l'Univer- sité de Liège. Sommaire : Discours de M. le Bourgmestre de Wael, président d'honneur du Congrès, de M. Éd. Morren, président du Congrès et de M. Ch. De Bosschere, président de la Commission organisatrice. Ordre du jour : La flore et les essais de culture au Congo, par MM. le D"" L. WiTTMACK, de Berlin et le D"" H. Bâillon, de Paris. La séance est ouverte à onze heures. • Au bureau prennent place : M, L. de Wael, bourgmestre d'Anvers et président d'honneur du Congrès, MM. les membres du bureau de la commission organisatrice et du comité de patronage et plusieurs délégués des gouvernements étrangers. Le gouvernement belge est représenté par M. C. Bernard, directeur de l'agriculture; M. Morisseau, chef du cabinet de M. le Ministre de l'agriculture, et M. le comte du Chastel, secrétaire des sections étrangères à l'Exposition universelle. Plus de 450 membres assistent à la séance, ainsi qu'un grand nombre de membres du Cercle artistique^ littéraire et scientifique d'Anvers avec — 17 — leurs dames. Des bouquets de fleurs ont été remis à celles-ci à leur entrée dans la salle. M. le Président d'honneur prononce le discours suivant : Mesdames, Messieurs, Je dois à l'absence fortuite de M. le Ministre de l'agriculture, de l'industrie et des travaux publics, ainsi qu'à l'absence de M. le Gouver- neur de la province d'Anvers, l'insigne honneur de présider à l'ouverture solennelle du premier Congrès. international de botanique et d'horticul- ture qui va se tenir dans notre ville. Soyez persuadés que j'apprécie cet honneur à sa véritable valeur, mais, tout en appréciant une telle dignité je ne laisse pas que d'être plus ou moins assailli par la crainte de ne pas être à la hauteur d'une pareille mission. Je me sens profondément honoré de pouvoir, à cette occasion, souhaiter la bienvenue à tant d'hommes intelligents, doués de connais- sances spéciales, qui viennent rehausser l'éclat de cette solennité. A vous tous donc, Messieurs, les représentants de l'Allemagne, de l'Autriche, du Danemark, de l'Espagne, de la France, de la Grande Bretagne, de l'Italie, du Grand Duché de Luxembourg et des Pays-Bas, du Portugal, de la Russie, de la Serbie, de la Suisse, du Brésil, de la République Argentine, des Etats-Unis, de la Nouvelle Bretagne, à vous tous, salut et bienvenue. [Applaudissements). Je remercie avec effusion tous les Gouvernements d'avoir bien voulu nous envoyer des délégués spéciaux pour débattre des questions aussi importantes que celles qui intéressent la botanique et l'horticulture, ces belles et nobles sciences qui ont le précieux avantage dont parle le ■dicton, de réunir l'utile à l'agréable. Laissez-moi émettre ici un vœu. Messieurs, à l'ouverture des- tra- vaux de ce Congrès auquel vont prendre part tant de spécialistes, tant d'hommes de talent, tant d'hommes d'élite, c'est que vos efforts réunis produisent les fruits que nous en attendons tous et sur lesquels nous compton»en toute assurance. Puissent les travaux du Congrès anversois s'étendre dans l'univers entier et faire que l'horticulture et la botanique continuent à marcher dans une voie de progrès et de prospérité. C'est le souhait que je forme ici de tout cœur en déclarant ouverte la première séance du Congrès international de botanique et d'horticulture d'Anvers. {Applaudissements). Maintenant, Mesdames, Messieurs, permettez-moi de vous dire le nom de l'homme éminent qui sera appelé à diriger vos débats. Au nom de la Commission organisatrice, je proclame comme Président du Congrès, Monsieur Edouard Movren..{ Applaudissements.) — 18 — Les applaudissements que vous venez d'entendre prouvent que la Commission organisatrice a désigné l'homme qui paraît à l'assemblée le plus digne de présider les débats importants qui vont s'ouvrir. Je vous prie, Monsieur Morren, de prendre cette place et je ne doute pas que vous dirigerez les discussions de ce Congrès avec le talent qui vous est universellement reconnu. M. Morren, président. — Mon premier devoir est de vous dire, M. le Bourgmestre, combien je suis touché de la façon si cordiale et par trop aimable avec laquelle vous avez bien voulu vous faire l'organe et l'interprète de la Commission organisatrice. Je ne m'attendais pas, Messieurs, au grand honneur de présider vos débats. C'est ce matin que mes amis, qui se sont consacrés à l'organisation du Congrès d'Anvers, sont venus me surprendre en disant qu'ils comptaient sur ma collaboration et ma coopération. J'ai été assailli inopinément par des pensées très-diverses. J'aurais désiré, si je n'avais écouté que mes goûts personnels, me soustraire à cette charge, à ce devoir. Mais mon cœur a répondu pour moi. J'ai cru que je ne pouvais pas me désintéresser d'une oeuvre aussi utile et aussi réussie que celle qui commence aujourd'hui. Ce n'est pas sans de grandes difficultés que les organisateurs du premier Congrès de botanique et d'horticulture d'Anvers sont parvenus à réunir tous les éléments qui en assureront le succès. Je n'ai pas cru non plus pouvoir me soustraire à cette direction, en présence de tant de personnes distinguées, de tant de confrères du pays et de l'étranger qui viennent aujourd'hui nous tendre la main, et nous donner des gages de leur sympathie et leur collaboration. Je puis vous assurer. Messieurs, que quant à moi, je m'appliquerai à diriger de mon mieux les débats du Congrès d'Anvers {Applaudissements). M. de Wael. — J'ai l'honneur de faire connaître à l'assemblée que M. le .Ministre de l'agriculture, qui a été empêché de présider à l'ouver- ture de ce Congrès, se rendra cependant à Anvers, entre midi et une heure. Il aura l'honneur de saluer les membres du Congrès, à 5 heures, au Musée Plantin. M. Morren, président. — J'invite tous les délégués officiels des Gouvernements à bien vouloir prendre place au bureau. {Voir la liste de MM. les délégués aux « Rapports f réliminaires, » p. 418). Il convient maintenant de compléter le bureau par la nomination d'un certain nombre de vice-présidents d'honneur. La commission organisa- trice propose à l'assemblée de les choisir entre les diverses nations qui sont réunies ici. {Marques d'adhésion). [Voir la liste aux « Actes du Congrès, p. 13). • — 19 — Telle sera, Messieurs, si vous n'avez pas d'observations à faire, la composition du Bureau d'honneur. {Applaudissements). On va vous faire connaître la composition du bureau effectif du Congrès. {Voir la liste aux « Actes du Congrès, » p. 15). M. le Président. — Monsieur le Secrétaire-général Ch. De Bosschere, en sa qualité de Président de la Commission organisatrice, va nous rendre un compte sommaire des travaux préparatoires du Congrès. M. Charles De Bosschere. Président de la Commission organisatrice. Messieurs, 11 entre dans mes fonctions de président de la commission organisatrice de vous faire l'historique des travaux préparatoires du Congrès. Je serai bref, car vous avez hâte, je crois, d'entamer la discussion du point qui figure à l'ordre du jour de cette séance. Je puis d'autant mieux résumer en quelques mots ce que j'ai à dire, que la publication des rapports pré- liminaires nous a permis de vous fournir les indications principales rela- tives à l'origine et à la marche de nos travaux. Lorsque le projet d'organiser à Anvers une Exposition Universelle fut définitivement adopté, le Cercle Floral décida immédiatement de réunir un Congrès international de botanique et d'horticulture. Il jugea que l'occasion était on ne peut plus favorable à une réunion de botanistes et d'hortici'lteurs de tous les pays, et nous le constatons avec bonheur, le Cercle Floral ne s'est point trompé. Les 650 adhérents qui, non seulement de tous les points de l'Europe, mais aussi des deux Amé- riques et de l'Afrique, ont répondu à son appel, en sont la meilleure preuve. L'Exposition Universelle n'est pas cependant la seule cause de l'extra- ordinaire afîluence de confrères belges et étrangers. Il en est d'autres que je me permettrai de vous énumérer. Le Cercle Floral a demandé, dès l'origine, le concours moral de la Société Royale de Botanique de Belgique, celui de la Chambre Syndi- cale des Horticulteurs belges et celui de la Fédération des Sociétés d'hor- ticulture, concours eificace qui lui a été accordé avec un empressement auquel nous sommes heureux de pouvoir rendre hommage. Lorsque les premières bases de notre entreprise furent établies, nous nous adressâmes à l'administration communale d'Anvers, laquelle, avec sa sollicitude habituelle, nous accorda immédiatement son patronage et son concours financier. L'honorable bourgmestre, M. Léopold Do Wael, voulut bien accepter la présidence d'honneur que la commission lui a offerte. A partir de ce moment notre Commission pouvait, sans trop présumer de ses forces, espérer un résultat sérieux de ses travaux. Le programme — 20 — fut élaboré, et le principe — rais en avant par les promoteurs au Con- grès, — d'inviter les hommes compétents à rédiger des rapports prélimi- naires sur les divers points de ce programme, fut approuvé par la commission. C'est alors que celle-ci s'adressa au Gouvernement pour solliciter son patronage. Il lui fut accordé. Le gouvernement nomma une commission chargée de favoriser l'entreprise des organisateurs du Congrès et nous fûmes heureux de voir M. le Ministre de l'agriculture accepter la pré- sidence d'honneur. Notre œuvre acquit bientôt une importance que jusque là, nous n'avions pas osé entrevoir. Les gouvernements étrangers furent invités à envoyer des délégués au Congrès, les rapporteurs étran- gers désignés par la Commission organisatrice reçurent, de notre gou- vernement, une invitation officielle à nous honorer de leurs travaux; le questionnaire que nous avions élaboré en vue d'une enquête sur la situa- tion des études botaniques dans les principaux ' pays de l'Europe fut envoyé aux gouvernements étrangers par voie diplomatique. Vous con- naissez. Messieurs, les résultats que nous avons obtenus, grâce au puis- sant concours du gouvernement. L'œuvre delà civilisation du Congo qui venait de recevoir une brillante consécration, attira de bonne heure notre attention. Le questionnaire spécial, rédigé en vue des études que les membres du Congrès pour- raient utilement entreprendre sur la flore et les cultures du Congo, fut accueilli favorablement par l'Association internationale africaine. Grâce à son intervention, nous avons pu réunir quelques documents qui servi- ront de point do départ à un travail scientifique appelé à rendre de sérieux services à l'œuvre due à l'initiative de Sa Majesté Léopold II. ' Le succès qui, dès le commencement, avait couronné tous les efforts de la commission organisatrice, engagea ses membres à demander la haute protection du Roi. Sa Majesté, Messieurs, a, dans maintes circon- stances, témoigné de son Auguste sollicitude pour toutes les œuvres qui peuvent contribuer à la renommée de son pays et au progrès de la science. Le roi daigna accéder à notre demande. Dès ce jour la commission redoubla de zèle et les adhésions, les rapports et les marques de sympathie lui arrivèrent de tous côtés. Permettez-moi de vous en rappeler deux : l'administration commu- nale de la capitale du royaume et celle de la ville des fleurs, nous ont fait connaître leur intention de souhaiter la bienvenue aux membres du Congrès lors de l'excursion que ceux-ci feraient dans leurs villes respectives. Faut-il vous signaler les nombreux corps savants et les Sociétés botaniques et horticoles qui nous ont envoyé des délégués? Qu'il me suffise de constater combien vous êtes accourus nombreux à notre appel et quels résultats féconds pour la science et le commerce, vos savantes discussions nous permettent d'entrevoir. — 21 — La Commission organisatrice s'est efforcée, Messieurs, de vous réser- ver dans l'antique cité flamande, l'accueil le plus sympathique et le plus cordial. Elle a osé compter sur votre dévouement au progrès de la science et elle vous convie à plusieurs réunions où des questions du plus haut intérêt attendent de vous une solution ardemment désirée; Ces travaux laborieux ne doivent cependant pas vous absorber com- plètement. Aujourd'hui, nous vous invitons à visiter l'Exposition d'hor- ticulture dont la magnificence mérite à tous égards, les éloges les plus pompeux. Le Comité exécutif de l'Exposition Universelle a bien voulu nous autoriser à vous faire cette invitation. A cinq heures, Messieurs, nous ferons une visite au célèbre Musée Plantin-Moretus, grâce à la bienveillante autorisation que l'honorable bourgmestre s'est empressé de nous accorder. Là, je pourrai vous ' montrer de quelle délicate attention vous êtes l'objet de la part de notre Président d'honneur, Monsieur Léopold de Wael. Votre présence à l'Assemblée générale de demain, qui se tiendra au local du Jardin botanique, nous fournira une occasion propice de vous prouver que la Ville d'Anvers entend conquérir des titres sérieux à l'attention du monde savant. Là, aussi vous pourrez saluer les gloires de la science botanique, les illustres Linné et de Jussieu, dont les bustes couronnent la façade de la nouvelle orangerie. Les noms de Charles de l'Escluze, de Mathias de l'Obel, de François Van Sterbeeck, de Rembert Dodoëns et de Barthélémy Dumortier, vous rappelleront les travaux de ces grands botanistes. Au Musée Plantin, vous pourrez admirer les premiers ouvrages de botanique. — qui datent du XVP siècle — les œuvres célèbres de Dodoëns, de Clusius et de l'Obel, dont la mémoire est chère à tout homme de science et qui furent les précurseurs de cette pléiade de botanistes dont le grand Linné a ouvert la marche avec tant d'éclat. Messieurs, la Commission organisatrice a cru que la séance d'ouverture du Congrès actuel devait se faire dans une salle dont les peintures racontent le glorieux passé de la cité et en présence des autorités et des membres du Cercle artistique et scientifique d'Anvers qui s'estiment heureux de vous recevoir dans leur beau Musée. Messieurs, au nom de la Commission organisatrice du Congrès inter- national de Botanique et d'Horticulture, je vous souhaite la bienvenue et je vous remercie du fond du creur de l'honneur que vous lui faites en ce jour. Je remercie les autorités qui nous ont si vaillament secondé, je remercie tous ceux qui, à un titre quelconque, ont contribué ou contri- bueront dans la suite à la réussite complète de vos travaux, dont le but est le progrès 'de la science et la consécration de la bonne amitié qui réunit tous les savants de quelque pays qu'ils soient. C'est sous la haute protection du Roi que nous entamons nos travaux, c'est sous l'égide de la — 22 — Paix, symbolisée par le majestueux Palmier qui domine cette assemblée que nous plaçons le Congrès d'Anvers. M. le Président. — L'ordre du jour de nos travaux appelle la discus- sion d'une question qui a été libellée au programme en ces termes : « La Flore du Congo et les essais de culture et d'acclimatation entrepris dans le nouvel État libre. » Cette question d'une importance si actuelle à déjà fait l'objet d'un certain nombre de communicationstrès-intéressantes, que la Commission organisatrice a fait insérer dans les quatre fascicules qui ont été distribués comme documents préliminaires. Ces notes, ces rapports, ces renseignements émanent de quelques anonymes et de Messieurs Fréd. Burvenich, père, professeur à l'Ecole d'horticulture de l'État à Gand, M. le lieutenant Haneuse, M. le lieutenant Storms, M. le docteur Maurice Staub, professeur au séminaire royal pour les écoles supérieures à Buda-Pesth, M. le lieutenant adjoint d'état-major Avaert, M. Calewaert, fils, d'Anvers, M. P. Van den Driessche, agent de l'Association internationale africaine, et M. le lieutenant Roger. Les bases de la discussion sont donc nombreuses et solides. Il serait à désirer que quelques-uns des auteurs de l'une ou l'autre de ces notes si intéressantes voulussent prendre la parole pour résumer la question. (1) M. Wittmack. — Vous me pardonnerez si je prends la parole. Je le fais à l'improviste et uniquement pour que la discussion puisse commen- cer immédiatement. Je n'ai pas encore lu le dernier fascicule des Rapports préliminaires du Congrès que je viens de recevoir à l'instant. Je constate qu'il contient, à la page 377, la notice sur la végétation du Bas-Congo, de Banana à Stanley-Pool, rédigée par M. Mônkemeyer, un des quatre jeunes gens que j'avais choisis, à la demande de l'Association internationale du Congo, pour entreprendre en Afrique des cultures agricoles et horticoles. Il n'a pu se rendre ici par suite d'un empêchement,, mais il a donné dernièrement à la Société d'horticulture de Berlin, une conférence dans laquelle il a très bien décrit la végétation du Bas-Congo. Il nous a rappelé que, quand le voyageur arrive dans ce pays assez triste, il ne conçoit pas de grandes espérances parce que de grands marais de Manguiers et de Phœnix spinosa s'étendent sur les bords; les rives sont sablonneuses et couvertes de Cypéracées, de Graminées et de Papilionacées raides. Les marais s'étendent très-loin, mais là où ils finissent, l'aspect de la (1) Voir aux « Rapports préliminaires » les mémoires et les notes sur cette question : pp. 269-328 et 377-387. — — 23 — nature change, le terrain devient meilleur. Le sol se compose d'argile, ce qui convient mieux pour la culture, mais il a le désagrément de sécher très vite. Dans le Congo inférieur les plantes qui viennent très bien sont d'abord les Bananiers et le Manioc qui donnent une bonne nourriture. Le Manioc croît si bien qu'il suffit de couper une branche du tronc et de la jeter en terre pour la voir pousser bientôt après; elle y prend racine. Le Manioc se trouve même dans les contrées les plus éloignées de la mer, dans l'Ouest et dans l'Est de l'Afrique. On pourrait presque croire que c'est une plante du pays, mais elle a été évidemment importée de l'Amérique centrale où les voyageurs l'ont trouvée. Sur les pentes des collines viennent les Adansonia ou Baobab, arbres curieux, mais qui ont un bois très léger et dont les fruits ne valent pas grand' chose. D'après M. Mônkemeyer, ce qu'il importe le plus d'avoir au Congo, ce sont des légumes. On ne saurait se faire une idée des services qu'ils rendent dans les pays chauds. Nous qui en faisons une consommation journalière, nous n'y prêtons pas grande attention, mais là où l'on ne consomme ordinairement que des viandes de conserve — quand on en a — car il arrive qu'on ne mange pas de viande du tout — si l'on manque de légumes, l'estomac européen se débilite tout-à-fait, les forces de l'homme s'en vont et il lui est bien difficile de vivre. On a d'abord éprouvé beaucoup de difficultés à obtenir des légumes au Congo. M. le professeur Schweinfurth a reproché aux Portugais d'avoir passé 200 ans dans ces contrées sans réussir à obtenir des radis {Hilarité). Ces reproches ne seront plus fondés aujourd'hui, car on a réussi la culture des radis, des choux, des betteraves, des raves, etc.. Je vois, en jetant un coup d'œil sur le rapport de M. Mônkemeyer qui vient d'être imprimé, un passage où il dit que les radis, trois semaines après qu'ils sont semés donnent un produit excellent. D'après les notes insérées dans le même fascicule vous pouvez voir que la laitue croît très bien dans ces pays, de même que les oignons et les haricots. Les pois viennent moins bien, ils ne donnent qu'une demi-récolte, mais on obtient de très bons résultats de la plantation des concombres, des melons et des tomates. La chose essentielle pour obtenir des légumes, c'est de créer de l'ombre d'abord. Sans cela, tout périt en quelques jours par suite de l'excessive chaleur du soleil. Pour avoir de l'ombre, il convient de couvrir les champs de légumes au moyen de châssis. On pourrait en fabriquer avec des branches d'arbres et d'arbrisseaux. Mais cela n'est pas pratique parce que les Termites se — 24 - rendent sous ces branches et détruisent la récolte. On évite cet inconvé- nient en fabricant de bons châssis de bois. Les terrains du Haut-Congo sont beaucoup plus favorables aux plantations que ceux du Bas-Congo, mais ce qui serait absolument nécessaire, d'après M. Monkeraeyer, pour y créer de grandes cultures, ce serait un chemin de fer qui relierait le Congo inférieur au Congo supérieur, où le terrain et le climat sont beaucoup meilleurs. Malheu- reusement on ne peut pas vendre les marchandises du Haut-Congo parce qu'il est trop difficile de les transporter au Congo inférieur. Maintenant on doit employer à cette besogne des nègres qui ne portent pas plus de 30 kilos chacun. On reconnaîtra que ce moyen de transport coûterait un peu cher. M. le Président. — Nous remercions M. Wittmack d'avoir commencé la discussion sur cet intéressant sujet. M. Bâillon. — L'œuvre civilisatrice entreprise au Congo par la Belgique, est appelée à une grande renommée. C'est une conquête pacifique à laquelle la science ne saurait marchander son concours, mais qui ne peut aboutir à de grands et utiles résultats que si elle est conduite conformément aux principes scientifiques. Ce qui n'accompagne pas toujours les grandes et nobles actions, et que, cependant, votre généreuse nation est appelée à récolter, ce sont les avantages d'une entreprise, profitable en même temps qu'elle sera civilisatrice. Permettez donc à un des botanistes de l'Europe qui se sont le plus livrés à l'étude de la Flore de l'Afrique tropicale, de rechercher ici ce que le règne végétal peut vous offrir d'utile et de profitable dans vos établissements du Congo. Je n'ai pas, bien entendu, à m'arrèter longuement aux végétaux qui sont connus comme formant le fond de la végétation spontanée et des cultures de semblables pays. Le nom de ces plantes est dans toutes les bouches. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il y aura, pour votre commerce et celui du monde entier, un intérêt de premier ordre à produire dans les régions que vous allez coloniser, les plantes à matières colorantes, les plantes tinctoriales telles que les Indigos, les végétaux textiles tels que les Cotons et les Jutes. Mais vous aurez deux problèmes à résoudre : le choix des meilleurs espèces, variétés et races à choisir; et le choix des méthodes à appliquer à leur culture. Pour les essences tinctoriales telles que les Indigotiers, vous aurez à juger de la valeur comparative des Indigofera tinctoria, Anil, argentea et de quelques autres espèces qui croissent au Congo ou pourraient y être introduites. Une plante assez voisine des Indigotiers et qui donne - 25 - une matière tinctoriale bleue clans certains districts brésiliens, V^schy- nomene sensitiva, devra être essayée dans ces régions. 11 en sera de même de certaines espèces du genre Toiirnesolia owCrozo'phora, qui végéteront parfaitement au Congo et qui pourront donner des produits analogues au Tournesol e?i pains que nous voyons préparer au Grand-Gallargues, dans la région méditerranéenne. Ce qu'il y a de plus probable, c'est qu'on devra de préférence s'en tenir, dans bien des cas, aux espèces que l'expérience et la tradition auront démontré aux indigènes être les plus productives. Mais si l'on fait alors intervenir les procédés perfectionnés de culture que nous possédons en Europe, il est aisé de prévoir qu'on verra succéder aux médiocres profits que s'assurent péniblement des populations encore ignorantes, des résultats véritablement colossaux. Les mêmes principes de sélection s'appliquent aux espèces de Coton- niers dont il faudra favoriser la culture. Les variétés à longue soie devront remplacer celles dont le brin est défectueux comme longueur, souplesse et solidité. Une expérimentation méthodique vous dira s'il n'y a pas lieu de substituer partout aux Gossfpium herdaceum, arboreum, et anomalum, souvent cultivés dans ces contrées, les bonnes variétés de Gr. lariadense qui fournissent aujourd'hui les bonnes sortes de cotons américains et qui sont d'ailleurs cultivées avec succès sur plusieurs points tropicaux du continent américain. Les peuplades de ces régions possèdent plusieurs autres textiles fournis, comme le coton, par des Malvacées; il conviendra de les populariser au Congo, h' Bvonoué des Gabonais est dans ce cas : c'est V Hibiscus tiliaceus ou Pentium tiliaceum, dont l'écorce, macérée dans l'eau sert à fabriquer de très bonnes cordes, « que l'on pourrait, dit M'' Griffon-de-Bellay, confondre avec les cordes de chanvre travaillées en Europe » . Tout à côté de ce groupe se trouvent les Tiliacées auxquelles appartiennent les plantes à Jutes, les Corcliorus. Dans presque toute l'Afrique tropicale, les C. olitorius, trilocularis, acutangulus , tridens, etc. sont de mauvaises herbes dont on peut régulariser la mise en exploitation, après que l'expé- rience se sera prononcée sur la valeur relative de ces espèces considérées comme textiles. Ce que je viens de dire des matières tinctoriales et textiles, je puis le dire également des végétaux à matières grasses. La culture des Arachides et des Palmiers à huile, qui existe dans toute l'Afrique chaude, devra être favorisée et perfectionnée au Congo. Le Sésame [Sesamum indicum) y pourra être, avant peu, exploité sur une grande échelle : non pas seulement les races peu productives qui sont connues dans les cultures africaines, mais ces belles races ou variétés japonaises qui ont déjà été essayées, par quelques curieux, dans le midi de l'Europe et qui doivent donner des produits plus beaux et plus abondants. Quand les graines des Sésames qui, comme celles des Arachis, couvrent à certains jours les — 26 — quais de débarquement du port de Marseille et de tant d'autres grands centres d'introduction, auront pu être soumises à des procédés appropriés de décortication, elles enrichiront au centuple les populations européennes. On sait que l'huile de Sésame est douce, agréable, qu'elle rancit diflScilement, et qu'elle peut supporter la comparaison avec les meilleures huiles d'olives; on sait qu'au Japon, où l'on n'usait ni de beurre ni de graisse, on n'employait, au temps de Thunberg, que l'huile de Sésame aux usages culinaires. Les semences des Ricins représentent aussi une source considérable de matière huileuse. Un regard jeté sur la précieuse collection des (Colonies portugaises, actuellement disposée dans le local de l'Exposition internationale d'Anvers, nous fait comprendre l'infinie variété des sortes commerciales de ces graines, leur multiple utilité, la facilité et l'abon- dance avec lesquelles elles croissent dans les régions voisines du Congo, soit sauvages, soit à l'état de culture. Une autre plante du groupe des Malvacées joue un rôle bien curieux dans certaines portions du Congo ; il sera facile de l'introduire, si elle n'y existe déjà, et de la multiplier dans la région dont vous entreprenez la conquête scientifique et commerciale. Je veux parler du Cola. La Noix de Cola, de Gourou, de N gourou, encore appelée Noix de Cacao et Café du Soudan est la graine d'une Sterculiée, le Cola acuminata {Sterculia acuminata. — S. nitida. — S. vertidllata), célèbre dans l'Afrique tropicale occidentale comme masticatoire, est dans ces régions l'objet d'un commerce considérable. Les Mahométans le regardent comme un fruit divin, apporté par le Prophète; aussi est-il exorbitamment cher dans les contrées un peu éloignées de celles où croît cet arbre. Il y a deux variétés de Cola : l'une à fruits rouges, et l'autre à fruits blancs; l'une et l'autre passent pour éloigner le sommeil, mais la dernière est réputée posséder cette propriété à un plus haut degré. Il n'y a rien là de bien étonnant, depuis que M. Attfield et bien d'autres après lui, ont trouvé, dans la Noix de Cola, la théine dont M. Daniell avait soupçonné la présence. Ces graines sont recherchées sur toute la côte occidentale comme aphrodi- siaques, au moins comme antihypnotiques, ou employées comme antidys- sentériques. Il paraît que le voyageur peut rendre potables les eaux les plus saumâtres qu'il rencontre en y râpant une petite quantité de cette semence. La culture de cette plante ne doit pas être difficile au Congo; les nègres en font si grand cas qu'ils l'ont transportée avec eux jusque dans l'Amérique centrale ; c'est là qu'elle a été décrite comme type d'un nouveau genre de Sterculiées, sous le nom de /Siphoniopsis monoica. Un autre bel arbre de ces régions, également des plus 'utiles, sera le fameux Baobab, VAdansonia digitata, le géant delà végétation africaine tropicale. Son fruit renferme, en dehors des graines, une pulpe acidulée, rafraîchissante, ultérieurement desséchée et farineuse, qui s'expédiait — 27 — jadis en Europe, sous le nom de Terre de Lemnos. C'était alors, en Grèce et en Egypte, oomme c'est aujourd'hui parmi les peuplades nègres de l'Afrique, un remède réputé, sous le nom de Douï, contre les diarrhées, les dyssanteries, les hémophtysies, les fièvres putrides, etc. La portion extérieure du fruit, vulgairement nommé Pain de linge, est une sorte d'écorce ligneuse, de farine très- variable, qui sert, comme les Calebasses, de vase et de récipient. Réduite en cendres, elle fournit une lessive alcaline qui sert à saponifier les huiles rances de palme. Les feuilles et les graines torréfiées entrent, en Nubie, dans la préparation d'une décoction anti-dyssentérique. La famille des Euphorbiacées sera riche, dans ces pays, en espèces utiles, soit ligneuses, soit herbacées. Les Maniocs, qui passent pour être d'origine américaine, ont pénétré parmi tous les peuples qui habitent les parties tropicales de l'Ancien-Monde. La richesse de leurs racines en matière amylacée, en tapioca, en fait un objet de consommation de premier ordre ; et l'on sait que, dans les pays chauds, le moindre morceau de tige, semé à la façon d'une graine, reproduit très-promptement une plante qui se charge bientôt de racines adventives tubéreuses, réservoirs des substances féculentes. Nous avons parlé des huiles extraites des graines de divers Ricins. L'Afrique chaude est encore un des lieux de production de l'huile de Grand Pignon, à' Inde ou de Bariarie, c'est-à-dire du Jatropha Curcas ou Grand-Médicinier , aussi recherchée par la médecine que par l'in- dustrie, et dont de nombreux spécimens se voient dans l'exposition africaine des colonies portugaises et françaises. Il y a certainement beaucoup de Vignes au Congo, et l'on sait quel bruit il a été fait, il y a quelques années, autour des Vignes du Soudan dont on espérait pouvoir introduire la culture en Europe. Mais ces Vignes n'auraient pu vraisemblablement supporter notre climat, et il n'a pas été prouvé que leurs fruits pussent servir à faire du vin. C'est ce qui arrivera pour la plupart des espèces africaines qui se trouvent au Congo ou qui pourraient y être introduites. Mais il y aura lieu d'examiner si quelques espèces indigènes n'ont pas un fruit susceptible d'être exploité pour la fabrication du vin, et si lé climat s'oppose à ce que certaines sortes, d'origine européenne ou américaine, soient introduites et cultivées. Ainsi que l'a très-bien dit tout à l'heure M. le Professeur Wittmack, dans des localités semblables à celles qu'on veut coloniser, il faut créer avant tout des abris pour les cultures herbacées, potagères, notamment pour nos légumes européens. Ces abris doivent être, autant que possible, naturels. Il faut créer à bref délai des plantations arborescentes. Mais les arbres ou arbustes doivçnt être choisis parmi ceux qui ont fait leurs preuves au point de vue de leur parfait développement dans les pays — 28 - tropicaux. Heureux si, en même temps, ils peuvent donner des produits utiles, assurer à la consommation des bois précieux, des fruits alimen- taires en grand nombre! Les Manguiers, de la famille des Térébinthacées, sont précisément dans ce cas : ce sont des arbres fruitiers dont les variétés sont innombrables, comme celles de nos poiriers et pommiers par exemple. Leurs fruits sont souvent délicieux ; et l'on sait que certains d'entre eux sont tellement recherchés, que l'imagination des peuples tropicaux a bâti là-dessus des légendes, analogues à celles qui se trouvent à l'origine de bien des religions, au sujet du fruit qui aurait tenté les premiers parents de l'humanité. Il ne faudra introduire, soit de l'Inde, soit des îles Mascareignes, que les meilleures variétés de Mangues. Elles peuvent être, avant peu, pour l'Europe, principalement à l'état de conserves, un objet d'importation analogue à ceux que l'Amérique a commencé à nous envoyer et dont il est probable qu'elle inondera prochainement nos marchés. On peut en dire autant au sujet des Ananas et de bien d'autre? fruits que le voyage n'altérera pas. C'est à l'Europe à songer qu'elle pourrait tenter un essai de concurrence très sérieux, quand les cultures coloniales seront bien organisées dans les pays tropicaux, quand ceux-ci pourront produire à bon marché des fruits délicieux, abondants et susceptibles d'être préparés pour la consommation de façons très diverses. Les Corossols, fruits des Anona sont dans le même cas que les Ananas. Ceux que l'on nomme Cœur de bœuf, CacMman épineux, etc. sont consi- dérés par les habitants des tropiques comme surpassant par leur saveur tous les autres. L'Algérie commence à nous en importer quelques-uns ; le Congo pourra nous en procurer bien davantage. A la même famille appar- tient une épice dont Clusius vantait déjà les qualités aromatiques et stimulantes. C'est le Poivre d'Ethio-pie ou Poivre des nègres de Sérapion, fruit que les noirs ont aussi introduit dans le Nouveau-monde; il est produit par un Xylofia qui croît très bien dans toute l'Afrique tropicale. Le Muscadier de Calabash, Calahash Nutmey des colons anglais, est la graine d'une autre Anonacée aromatique : \e Monodora Myristica. Celui- ci a également suivi les nègres aux Antilles où il fleurit et fructifie; il fructifiera très-bien au Congo où il est bien possible qu'il existe déjà. J'arrive à des produits plus précieux encore. La culture des magnifi- ques plantes de la famille des Guttifères ou Clusiacées, rencontrei'a les conditions les meilleures dans vos établissements africains. Les plus importantes seront celles dont le latex est de couleur jaune et se solidifie, après son extraction, en une masse solide qui constitue la Gomme-gutte. Il y a, dans les diverses régions des tropiques, beaucoup de bons Guttiers qui n'ont pas encore été exploités. Leur suc laiteux, si actif comme purgatif-drastique, si utile, principalement, dans les arts, sera peut-être de bonne qualité dans les Garcinia ou autres genres voisins indigènes. — 29 — En tous cas, les meilleurs Garcinia connus, si abondants en Annam et au Cambodge, comme le G. Hanlw'gi, l'une des grandes richesses de rindo-Chine, pourront être transportés au Congo ; elles y trouveront des conditions climatériques analogues à celles de leur pays d'origine. Il y a là une source possible de revenus considérables. Il y a des arbres fruitiers remarquables dans cette famille ; tel est le Mangoustan (Garcinia Mangostana). Ses fruits coriaces renferment quelques graines en forme de quartiers d'orange, dont toute la couche superficielle constitue une pulpe d'une saveur exquise et parfumée, la plus délicieuse, dit-on, qu'on puisse savourer. Cette pulpe rafraîchissante sera d'un grand secours aux Européens contre les ardeurs d'un climat tropical. L'Hazigne de Madagascar, dont l'introduction sera certainement facile, est aussi une Clusiacée, le Symphonia {Chry sopia) fasciculala. Son bois est de telle qualité, que sa tige élevée et droite constitue les plus beaux mats de navire. Son latex solidifié forme une sorte de gomme-résine que les indigènes emploient pour l'éclairage et pour une foule d'usages médicaux. Ils s'en servent à l'état de pureté, ou bien ils la mélangent, pour la préparation de certains onguents, avec la graisse produite en abondance par les semences. Cette graisse est, d'après les recherches de mon collègue, le professeur J. Regnauld, extrêmement analogue à certaines matières grasses d'origine animale ; elle peut servir à divers usages culinaires. On comprend toute l'importance d'un pareil arbre pour le Congo où pourra aussi se cultiver un autre arbre de la même famille, V Abricotier de Saint-Domingue, remarquable par les qualités de son fruit : c'est le Mammea americana, déjà cultivé dans plusieurs pays chauds de l'Ancien continent. Il y a un immense groupe de plantes dont on ne saurait trop recom- mander l'importation et la culture au Congo; c'est celui des Ruliacées, dont les écorces, souvent riches en matières tanniques, amères, jouent un grand rôle comme toniques, stomachiques, fébrifuges et sont, par là même, d'un grand secours dans les régions où peuvent régner les fièvres et autres accidents paludéens et où le tube digestif des Européens a souvent besoin d'être tonifié, débilité qu'il est par les conditions climaté- riques. C'est à cette famille qu'appartiennent en première ligne les Quinquinas. Introduits dès aujourd'hui à Angola, ils pourront peut-être donner des produits satisfaisants là où se trouveront des flancs de collines assez élevés pour présenter la nuit une certaine dose de fraîcheur et d'humidité. Quoique rien jusqu'ici ne vaille les Quinquinas comme fébrifuge, il y a bien d'autres Rubiacées en Afrique qui pourront fournir des écorces suflisamraent toniques et astringentes : on a cité plusieurs Ixora, Morinda, Guettarda, les Antirhœa de Bourbon et de Maurice qui, sous le nom de Bois de Lostena, servent au traitement des plaies, des ulcères et des abcès, les Danais qui, aux Mascareignes, portent le — 30 — nom de Bois-à-dartres, un grand nombre de Gardénia à écorce riche en tannin et le Sarcocephalus escule?itus de Sierra-Leone,qui a une écorce astringente, fébrifuge et des fruits considérés comme comestibles. Je ne parle pas ici des Caféiers, parce qu'il n'est pas probable qu'on ne puisse tenter avec succès la culture de ces arbustes, notamment celle des Cofea arabica et liberica, au moins dans certaines portions de la colonie; il faut, à cet égard, faire des essais nombreux et persévérants. A côté des Quinquinas, il y a des médicaments amers qui jouent un grand rôle en médecine et qui sont d'origine américaine. Ce sont des Rutacées du groupe des Quassiées ou Simaroubées, dont l'un est le Picrœna excelsa, l'autre le Quassia amara, l'arbuste au Bois amer de Surinam. Or, chose remarquable, nous venons de rencontrer parmi les plantes de notre colonie du Gabon, c'est-à-dire dans des conditions de milieu très-analogues à celles qui sont réunies au Congo, un véritable Quassia, que nous avons nommé Quassia a/ricana, et qui, pour l'amer- tume franche et intense, ne le cède en rien au Quassia amara du Nouveau-monde. Dans une autre division de la même famille, nous trouvons un autre arbre intéressant dont les Gabonais nous ont appris l'usage : c'est leur Oôa, dont le nom scientifique est Irvingia galonensis et qui a été aussi appelé Mangifera gaionensis, attendu que c'est le Manguier sauvage de nos colons. Il fleurit plusieurs fois dans l'année et donne presque con- stamment des fruits dont la graine fournit le Pain et le Beurre de Dïka. Les indigènes mangent le sarcocarpe pulpeux ; mais sa saveur térébin- thacée, analogue à celle des Mangues, est bien plus prononcée encore, de sorte que les Européens n'apprécient que fort peu un semblable aliment. La graine seule sert à préparer le ûika. On brise les noyaux; les semences sont broyées dans un mortier, puis jetées dans un chaudron préalablement garni à l'intérieur de feuilles de Bananier; sous l'influence d'un feu lent et doux, la fusion se produit; puis la substance refroidie se prend en une masse tachetée de brun et de blanc. Les parties brunes constituent une sorte de cacao qui peut servir, étant sucré et aromatisé, à préparer ce que M. P. Rorke a nommé le Chocolat des pauvres. Sa couleur et sa consistance naturelles sont bien celles du Cacao ; mais il n'en a pas le parfum. Les taches blanches représentent la matière grasse, le Beurre de DiKa, -assez analogue aussi à celui du Cacao. Il y a long- temps que MM. Gellé, frères, à Paris, Pilastre, à Rouen, et Mazurien, au Havre, ont proposé d'employer cette matière grasse à plusieurs usages industriels ; on en a préparé une substance analogue à la stéarine, des parfumeries fines, des cérats, des savons à base de soude. La substance brune a déjà servi, dit-on, à falsifier les chocolats. Les indigènes emploient d'ailleurs le Pain de Dika comme aliment; ils l'associent râpé à difl'érents mets, principalement aux bananes cuites. Mais, peu délicats, — 31 — à ce qu'il paraît, sur les saveurs, ils se consomment guère qu'un Dika dont le goût est celui de la fumée; car les insectes en sont très-friands, et afin de prémunir les pains contre leurs attaques, on a l'habitude de les suspendre pendant plusieurs mois en dedans des habitations où ils reçoivent la fumée de tout le feu qui se fait dans l'intérieur de la case. On voit donc qu'il faudrait appliquer à la préparation et à la conserva- tion du Dila les procédés perfectionnés qui sont à la portée des européens. Au point de vue industriel, il est probablement plus important encore à l'heure qu'il est, d'introduire et de cultiver un certain nombre de lianes appartenant à la famille des Apocynacées, celle que représentent chez nous les Pervenches et le Laurier- Rose. Il est probable que, dans un avenir prochain, la culture de ces plantes sarmenteuses constituera au Congo la principale source de revenus commerciaux. Le suc propre et laiteux des Vahea ou Landoljia et d'une trentaine d'autres plantes voisines, solidifié et condensé, représente la majeure partie des caout- choucs fournis par l'Afrique tropicale et les îles adjacentes. Il y en a beaucoup à Madagascar. De nombreux Vahea ont été introduits en Angleterre pour y être multipliés et de là envoyés aux divers centres horticoles des colonies tropicales des deux mondes ; c'est un exemple à imiter dans toute nouvelle installation coloniale. Plus importante peut-être encore se présente de nous jours la question des Cfutta percha. Ce sont des sucs propres ou latex d'arbres appartenant à la famille des Sapotacées. La première espèce de ce groupe qu'on ait connue comme produisant de la gulta, était notre Palaquium Gutta, bel arbre de Singapour, qui a, plus anciennement, reçu les noms d'Isonandra et de Dichopsis Gutta. Rapidement, les riches forêts de Palaquium ont été détruites par une exploitation peu méthodique et mal raisonnée, et c'est grâce à une protection sévère que le gouvernement anglais doit la conservation d'un petit nombre d'individus destinés à assurer la reproduction de l'espèce. Mais à Java, à Bornéo et ailleurs, d'autres espèces de Palaquium, quelques unes très-riches en gutta de première qualité, ont pu être substituées à la première espèce connue. On s'est aussi adressé aux arbres des autres genres de la famille des Sapotacées. Des Isonandra, Payena, Sideroxylon, Chrysophyllum, Sapota, Mimusops, Keratoplwrus^ Imhricana, Dipholis, Cacosmanthus , etc., au nombre de plus de cinquante, fournissent aujourd'hui, tant dans l'Inde, la Malaisie, la Sonde, que dans les régions tropicales américaines, des gutta de valeur diverse, dont le commerce et l'industrie s'emparent avec avidité, sans pouvoir, le plus souvent, parvenir à faire face aux demandes. Il n'y a guère de gouvernement européen qui, dans ces dernières années, n'ait institué des missions scientifiques et commerciales pour la recherche et l'exploitation des Sapotacées à gutta. Or, l'Afrique tropicale possède un — 32 — certain nombre de ces plantes qui n'ont pas encore été utilisées. Elle sera un terrain excellent pour la culture des espèces asiatiques, océaniennes et américaines qu'on y voudra introduire. Elles formeront de magnifiques forêts et dans leur jeune âge, elles fourniront aux cultures herbacées les abris nécessaires dont il était question tout-à-l'heure. Ajoutez à cela que la plupart des bois de Sapotacées sont de première valeur pour l'ébénis- terie et les constructions. Les superbes Bois-de-natte des îles orientales africaines sont produits par des arbres de cette famille, des Mimusops, des Imbi'icaria, des Labourdonaisia, etc., et nous savons déjà que plusieurs de ces arbres portent des fruits excellents. Tl y a aussi des Sapotacées très-riches en matière grasse, en beurres végétaux. La plus remarquable est le Butyrospermum Parkii, encore appelé à tort Bassia hutyracea, qui forme d'imraences forêts en Afrique et qui fournit au voyageur une matière grasse tout à fait propre à la préparation de sa cuisine de campement. Il est singulier que des échantillons complets de cet arbre arrivent si rarement en Europe, que si rarement de bonnes graines nous soient apportées pour propager ailleurs ce précieux végétal dont le bois est aussi, dit-on, de première qualité. C'est à la famille voisine des Ebénacées qu'appartiennent les bois les plus chers, les plus durs, les plus foncés de ces régions. Le commerce des bois d'ébène se fait, dans l'Afrique tropicale, sur une échelle consi- dérable. Et cependant nous ignorons presque toujours à quelle espèce d'Ébénier (Diospyros) appartient telle ou telle sorte de bois à laquelle l'industrie accorde une valeur variable. L'étude de ces espèces, en même temps qu'elle permettra aux botanistes de les bien distinguer les unes des autres, amènera aussi les colons à n'introduire et à propager 'que celles qui fournissent les meilleurs produits- Je ne parlerai pas ici des produits des Palmiers, notamment des huiles, de palme dont l'Afrique envoie de si énormes quantités aux deux mondes; ni des cannes à sucre, ni des Ignames, ni des innombrables Aroïdées plus ou moins analogues au Taro des Polynésiens, ni des Tacca dont la portion souterraine est aussi une source abondante d'aliments amylacés, ni des arbres à fruits alimentaires féculents du genre Artocarpus, ni des Patates douces, de la famille des Convol- vulacées, ni des innombrables produits des Figuiers : latex, fruits, gommes-laques, ni des Légumineuses alimentaires, ni des gommes, des bois, des cachous que peuvent fournir un grand nombre des arbres de cette vaste famille ; ni même des Graminées alimentaires, Sorghos, Millets, Maïs, Riz, etc. dont les rendements devront être énormes, relativement à ce qu'ils sont aujourd'hui, alors que ces céréales seront soumises aux procédés de la culture européenne. Mais parmi les Monocotylédones, il y aura à répandre la culture de certaines Liliacées utiles dont on peut déjà prévoir le rendement : les - 33 — Aloès, exploités comme plantes à produits médicinaux, ou bien cultivés pour leurs fleurs, comme il arrive dans certaines régions du pays d'An- gola, où le suc épuisé des fleurs sert à former des gâteaux alimentaires, employés aux usages culinaires, riches en tous cas en matière sucrée. Les Bananiers, si prodigues en fruits employés comme légume ou comme objet de dessert sont déjà nombreux dans l'Afrique tropicale. Outre les espèces employées comme V Ensete dont Bruce faisait déjà ressortir les usages multiples pour les populations africaines, il est possible de multi- plier les espèces et les variétés riches en fécule ou en matière sucrée et qui suffisent presque à l'alimentation de certaines peuplades des pays chauds. L'Afrique tropicale est en même temps la patrie par excellence des plantes à épices aromatiques du groupe des Gingembres ou Zingibéra- cées. La culture du Zi?içiher officinale peut facilement se transporter au Congo, de même que celle des nombreux Amomum et Alpinia qui don- nent des Cardamomes et des Galangas, ces épices et ces médicaments que votre Clusius connaissait déjà et dont il a donné des descriptions et des figures si remarquables pour l'époque. Ij'Arrow-root, extrait du rhi- zome alimentaire du Maranla arundinacea, sera certainement d'une exploitation facile, de même que ses succédanés : le Toulema ou Tolo- mane et le Tikor ou Tikhar. Ce dernier donne une fécule. Le Curcuma longa est encore une Zingibéracée à cultiver. UAlpinia offlcinarum, l'herbe au Petit Galanga, d'origine chinoise, est déjà introduite dans nos serres et sera facilement transportée en Afrique. UFleltaria repens, d'origine asiatique, de même que V Amomum xanthioides, VA. aromati- cum, VA. maximum, croîtront aussi bien au Congo que la Grande Mani- guette {A. Alelegaeta) ou la plante aux Graines de Paradis {A. Oranum Paradisae) qui sont indigènes dans l'Afrique tropicale. En somme, dirigée suivant les principes de la science contemporaine, l'entreprise du Congo réserve à la Belgique autant de profit que d'hon- neur. Marchez! C'est au nom de la science qu'un de vos hôtes, reconnais- sant de l'accueil qui lui est fait en ce jour, vous convie à aller de l'avant pour le plus grand intérêt de votre pays, de l'Europe civilisatrice, du monde entier, de l'humanité! [Applaudissetnenls prolongés.) M. le Président. Je suis heureux que vos applaudissements ratifient l'impression si favorable que nous a faite l'intéressante communication de M. Bâillon. On ne pourrait mettre avec une meilleure grâce les enseignements de la science la plus élevée au service de la pratique, ni mieux faire ressortir tout ce qui peut .assurer l'avenir du Congo. {Applaudissements.) Plusieurs orateurs ont encore demandé la parole sur la question du Congo, mais, quelqu'intéressant que soit le sujet, je crois qu'il convient d'en remettre la suite à la séance de demain. [Adhésion.) — La séance est levée à midi et demi . 3 I" Assemblée générale du 3 août 1885. Présidence de MM. Éd. Morren, professeur à l'Université de Liège, et H. Bâillon, professeur à la Faculté de médecine de Paris. MM. E. Marchal et Em. Rodigas, secrétaires du Congrès, remplissent les fonctions de secrétaires. Sommaire : Question du programme : La flore et les essais de culture du Congo, par MM. J. E. Planchon, J. Triana: Ch. de Bosschere, J. Palacky, M. Cornu, Éd. Morren, H. Bâillon, J. H. Van Hulle. — XIII"" question du programme : Avantages de l'unitication de l'échellle thermométrique, par M. Ém. Rodigas. — Fi"" question du programme : Faire ressortir la meilleure méthode d'enseignement théorique ai pratique de la botanique dans les écoles d'horticulture et d'agriculture. Développer ce qui doit faire partie de cet enseigne- ment, par J. NiEPRASCHK. — IX"" question du programme : Quelles sont les mesures à prendre pour vulgariser l'enseignement de l'horticulture, spécialement dans les centres ruraux? Quels sont les moyens à employer pour propager la culture des plantes dans lea classes ouvrières? par MM. É. Benary, J. Palacky et Ém. Rodigas. La séance est ouverte à 10 heures. M. Ch. de Bosschere, secrétaire-général, procède au dépouillement de la volumineuse correspondance à laquelle l'organisation du Congrès a donné naissance, et fait connaître les publications dont il est fait hommage à cette Assemblée. M. le Président. — Hier, la séance a été interrompue au moment où la question du Congo présentait le plus grand intérêt, grâce à la commu- nication de M. Bâillon. Nous allons continuer à traiter le même sujet. Je donne la parole à M. Planchon. M. Planchon. — Dans la très intéressante communication de M. Bâillon, — 35 — il a été question incidemment des vignes. C'est un sujet à l'ordre du jour, surtout les vignes du Soudan, sujet dont je me suis occupé depuis trois ans d'une manière spéciale et sur lequel je vous demande la permission d'appeler quelque temps votre attention. Les vignes des pays tropicaux ont été confondues avec les vignes des pays tempérés et elles ont été désignées sous le nom général de Vitis. On a voulu les faire entrer presque toutes dans un seul genre. Je ne veux pas traiter la question botanique au long, mais je vous dirai seulement que c'est sur des vues très incomplètes du sujet qu'on était arrivé à mêler les choses les plus disparates et à faire un soi disant genre Vitis que l'on a subdivisé aujourd'hui d'après les feuilles simples, découpées ou composées. Cette division artificielle est commode dans certains cas, mais elle s'applique mal à des plantes aussi variables de feuillage que le sont les Ampélidées. Le genre Vitis, tel que je le conçois, ne comprend que des espèces de la zone tempérée de l'hémisphère Nord. Il est parfaitement défini par ses fleurs polygames dioïques, sa corolle pentamère en capuchon, ses graines pyriformes avec deux fossettes centrales peu étendues. Ce sont les seules vignes qui donnent des vins de conserve, parce que l'alcool s'y produit en assez forte proportion. Un petit nombre d'espèces seulement entre dans la zone tropicale. J'ai donné le nom à' AmpelocissîU à des vignes tropicales dont l'aspect rappelle le plus souvent les vraies vignes, mais qui s'en distinguent par des fleurs toujours polygames monoïques, à 5 ou rarement 4 pétales s'ouvrant en étoile et par des graines ellipsoïdes à face ventrale présentant deux longs sillons, à côté d'une carène médiane. Le plus grand nombre des Âmpelocissus appartiennent à l'Afrique tropicale. Mais il y en a aussi à Madagascar, dans l'Inde, dans l'Archipel Indien, en Australie, et chose inattendue, au Mexique et dans les Antilles. L'attention a été appelée sur ces Ampelocissus par une publication de M. Lecard, un jardinier français qui avait été en Cochinchine, puis au Sénégal. Je les ai appelées Vignes à tiges ammelles. Il a cru qu'elles pourraient être cultivées en Europe. Beaucoup de gens ont partagé cette idée, mais ils se sont préparé des déceptions. M. Ch. de Lavallée, M. Duchartre et moi, nous avons dit tout de suite qu'il était peu probable que les vignes d'une région absolument tropicale, comme l'Afrique occidentale, puissent être cultivées en Europe. Même dans des serres chaudes, ces vignes sont très mal venues. J'ai eu beaucoup de peine à les conserver trois ans. J'en ai même beaucoup perdu. Sous le nom de Vignes Lecard on a confondu un vrai Cissiis ( Vitis Durandi Lecard) et divers Ampelocissus. Grâce à la libéralité des administrateurs du Musée du Jardin botanique de Bruxelles, j'ai eu l'avantage d'avoir sous la main des échantillons types — m — des Vignes de 'Lecard. Des échantillons pareils m'ont été généreusement prêtés par l'herbier de l'Université de Genève. C'est grâce à ces matériaux que j'ai pu me retrouver dans les indications vagues et confuses de Lecard. Je vous distribuerai une petite note sur les Âmpelocissus , où vous verrez figurer plus de 30 e.^pèces. Ces plantes ont des raisins comestibles et le plus souvent des racines tubéreuses. Elles ont un mode de végétation très spécial. A un moment donné, elles passent à l'état de repos. Les tiges se dessèchent et quand l'humidité arrive, la plante s'élance. Elle a donc des tiges annuelles. Cela même rend à peu près impossible la culture de cette plante dans nos contrées. Les fruits des Ampelocissus sont quelquefois très gros et ressemblent tout à fait à nos raisins. J'ai vu des fruits qui m'ont été envoyés de diffé- rents pays. J'ai pu les étudier. Ils sont quelquefois énormes. Ceux de la vigne de Cochinchine sont également très gros. Seulement, le malheur c'est que ces fruits si gros, qui sont bons à manger, sont impropres à faire du vin de 'bonne qualité. Des expériences nombreuses ont été faites et il en résulte que la vigne de Cochinchine donnerait un vin qui aurait de 4 à 5 °/o d'alcool.. Peut être que, avec une addition de sucre, on pourrait en tirer parti; mais c'est un vin qui, par les chaleurs, doit tourner et aigrir. Cela ne veut pas dire que les vignes du genre Ampelocissus. soient dépourvues d'intérêt. Elles ont d'abord un intérêt botanique et elles peuvent offrir un intérêt pratique pour les pays chauds. On sait que dans les pays à temj)érature trop élevée, la vigne d'Europe s'emporte en bois et ne produit pas de fruits. Peut-être qu'il y aurait avantage à cultiver dans ces pays certains Ampelocissus. Au siècle dernier, longtemps avant que Lecard, mort récemment, eut parlé des vignes à fruits comestibles du Soudan, l'illustre voyageur Commerson avait découvert à Madagascar une vigne qu'il a appelée dans ses notes Vigtie éléphantine et dont un jardinier colonial de l'Ile de France, feu Martin, avait constaté les propriétés comestibles. {Ampelo- cissus elephantine, Planch.) Plus récemment, on a fait beaucoup de bruit autour de la Vigne de Cochinchine. C'est encore un Ampelocissus dont j'ai découvert un échantillon innommé dans l'herbier et que j'ai désigné sous le nom à' Ampelocissus Martini. Je n'insiste pas sur ce sujet. Il sera repris en détail dans la Monographie des Ampélidées que je prépare pour les suites au Prodrome de MM. Alph. et Cas. de Candolle. Ce que j'en ai dit suffira pour établir l'impossibilité de cultiver en Europe les Ampelocissus des pays chauds et pour laisser quelque espérance sur leur appropriation à la culture dans les régions tropicales. , M. Triana. — M. le professeur Bâillon vous a retracé à grandes lignes, — 37 — clans son chaleureux discours, les cultures de toute sorte qui peuvent être entreprises avec profit au Congo. Au nombre des plantes qu'il vous a signalées comme pouvant être introduites et cultivées dans ce pays, il ne pouvait manquer de mentionner les Quinquina dont les propriétés bien- faisantes sont si généralement connues. M. le professeur a ajouté avec raison que dans la famille des Rubiacées il y a différentes espèces qui jouissent de propriétés analogues. Jusqu'à une époque toute récente, on n'avait découvert des alca- loïdes auxquels on doit les principes actifs des Quinq^iina que dans le groupe générique tel que le constitua en premier lieu Linné sous le nom de Cinchona, et ce, au point qu'on s'était habitué à considérer comme un axiome qu'en dehors des espèces de ce groupe, il était presque inutile de rechercher les ak-aloïdes propres aux Quinquina. Ce n'est que dans ces derniers temps qu'on a introduit dans .le commerce de la droguerie, en Colombie, une écorce sous le nom de Quinquina cuprea, qui a fourni les principaux alcaloïdes des Quinquina. On se perdait en conjectures, sur l'origine botanique de la plante qui fournit cette précieuse écorce, car on avait constaté par l'examen anatomique qu'elle ne pouvait pas provenir de la véritable espèce de CincTiona. Pendant plusieurs années on vendait cette écorce en grandes quantités pour la fabrication du sulfate de qumine. Après des démarches réitérées que j'ai faites pendant ce temps pour obtenir des renseignements, j'ai été assez heureux de découvrir que le Quinquina cufrea n'était pas autre chose qu'une plante que moi-même j'avais découverte en Colombie, appartenant à un genre voisin des Cinchona et que j'avais signalée dans mes études sur les Quinquina sous le nom de Remijia pedunculata. A côté de cette première espèce de Remijia est venu s'en placer une autre très- voisine, le Remijia Pîirdieana, dont l'écorce contient un nouvel alcaloïde appelé Cinchona mine, six fois plus actif que la quinine et dont les propriétés physiologiques sont des plus remarquables. Malgré que les alcaloïdes des vrais Quinquina se retrouvent dans ces deux Remijia, l'analyse chimique confirme la distinction générique des Remijia et des Cincliona, distinction déjà constatée de bonne heure par l'examen microscopique des écorces. Les Remijia ne contiennent pas de la Cinchonidine des espèces de Cinchona, ils renferment au contraire d'autres alcaloïdes nouveaux, comme l'homoquinine, etc. Nous arrivons au point spécial qui m'a engagé à réclamer votre indul- gence pendant quelques moments. Ce n'est pas seulement au point de vue de la composition chimique que la découverte des alcaloïdes des Remijia a renversé les données scienti- fiques généralement adoptées, mais aussi au sujet de l'habitat, de la propagation et de la culture des Cinchona. Les vrais Cincliona à alcaloïdes se rencontrent dans le haut des Cordil- lières des Andes ; plus on montait, plus on était habitué à espérer que les alcaloïdes des écorces fussent plus abondants. Les plantes du climat tem- péré sont plus susceptibles aux influences défavorables et plus difficiles aussi à cultiver et à reproduire. Le choix du lieu convenable pour une nouvelle acclimatation est difficile ; il faut qu'il réunisse plusieurs condi- tions qu'il n'est pas toujours facile de rencontrer ensemble au Congo, Les Remijia, au contraire, sont des plantes très rustiques, qui végètent dans des localités plus chaudes, dans des endroits moins ombragés, dans des forets moins humides et naissent et prospèrent dans une terre plus aride et sèche. Sa reproduction s'opère facilement et parfaitement par le marcottage ; les soins à donner aux plantations doivent être moins minu- tieux que pour les Cinchona. C'est donc, entre les plantes fébrifuges, au Remijia qu'il faudrait donner la préférence pour l'acclimation dans une contrée comme l'Afrique tropicale . Le gouvernement anglais a si bien compris les avantages que j'ai signalés dans ma brochure sur les Remijia, qu'au prix de l'or et de grands sacrifices, il s'est procuré des graines du Remijia pednncuïata, qui a par- faitement réussi dans l'Inde où, sans doute, sa culture prendra une grande extension. Le Remijia pedmiculata finira par être préféré à toutes 'les autres espèces de Cinchona. L'initiative -du gouvernement anglais portera des fruits au point de vuejcommercial et au point de vue humanitaire. M. Planchon. — Je voudrais savoir de M. Triana, qui est au courant de la question, si ce qu'a dit M. Auguste Saint Hilaire des Remijia est exact. Il paraît qu'ils viennent au Brésil surtout dans les régions où les terrains sont ferrugineux. Ce serait peut-être une indication utile pour la culture de ces plantes. M. Triana. — Il y a deux groupes de Remijia. Celui des espèces du Brésil premièrement décrites par Saint Hilaire sous le nom de Cinchona , et celui des espèces plus récemment découvertes en Colombie. Ils diffèrent notamment par leur port et d'autres caractères que j'ai signalés dans ma brochure. Les Remijia du Brésil végètent, comme l'auteur cité l'a fait remarquer, dans des terrains ferrugineux. Leur port est très différent de celui des Cinchona et leurs écorces ne contiennent pas d'alcaloïdes, d'après des renseignements qui m'ont été donnés, ce qui les éloigne sensiblement des Cinchona vrais. Les Remijia colombiens, au contraire, ressemblent beaucoup plus aux Cinchona par leur feuillage, par la forme et la grandeur de leurs capsules qui ont dû amener leur découverte et surtout, par leurs écorces qui renferment des alcaloïdes propres aux quinquinas, et d'autres nouveaux caractères qu'on a découverts dernièrement. M. Planchon. — Vous confirmez qu'il y a généralement une différence — 39 — entre les Remijia du Brésil et les autres dont vous parlez dans votre brochure. M. Ch. De Rosschere. — Lorsque notre commission organisatrice a formulé, mi peu à la hâte, le questionnaire que vous connaissez, nous avions l'intention de solliciter des membres du Congrès la confection d'un questionnaire définitif. Tous ceux, d'entre vous qui ont reçu à temps les documents préliminaires, ont du remarquer que le questionnaire qui j figure à la page 270, est loin d'être complet. D'un autre côté, le temps n'a pas permis aux spécialistes qui sont au Congo de répondre d'une manière convenable aux questions que nous leur avions adressées. Il y a quelques jours, j'ai eu l'honneur d'avoir une entrevue avec le Président de l'Association internationale du Congo, M. le général Straueh. Il m'a demandé si le Congrès ne pourrait pas rédiger un formulaire complet qui serait immédiatement envoyé au Congo, par les soins de l'Administration supérieure ; les spécialistes qui s'y trouvent recevraient l'ordre de s'occuper de ce questionnaire, de fournir tous les renseigne- ments que les membres du Congrès désireraient obtenir et même de composer des collections de la flore et des productions naturels du Congo. Nous recevrions les réponses au questionnaire que nous adres- serions à l'Association internationale, vers la fin de l'année 1886. En 1887, la Société royale de Botanique de Belgique fêtera le 25® Anniversaire de sa fondation. Nous désirons vivement qu'à cette occasion, nous puissions continuer l'œuvi'e du Congrès d'Anvers. Si, à la fin de 1886, nous recevons un travail satisfaisant du Congo, si d'autre part, on nous envoie des collections botaniques et autres, je crois que nous pourrons étudier facilement et sérieusement la question qui vous est soumise aujourd'hui et qui est non seulement loin d'être élucidée, mais à peine un peu connue des botanistes. En conséquence je prie l'assemblée de bien vouloir déterminer de quelle façon elle juge que nous pourrions arriver le mieux à la confection d'un formulaire complet. Je crois qu'il entre dans les vues de tous que les renseignements les plus détaillés puissent nous parvenir sur la flore du Congo. Je vous soumets la proposition, dont je viens de vous entretenir, au nom de l'Association internationale africaine, qui a pris l'engagement de faire répondre par ses agents envoyés au Congo, aux questions que vous voudriez bien lui poser. M. le Président. — Nous aurons à nous restreindre autant que possible dans les limites fixées par M. De Bosschere. M. Palacky. — Messieurs! Qu'il me soit permis d'appeler votre atten- tion sur une partie de la flore du Congo, non encore mentionnée, qui, à mes yeux, pourrait peut-être devenir assez lucrative. Jusqu'ici on n'a — 40 — parlé que des forêts du Congo et de son agriculture, mais il y a aussi des /Savanes, de vastes terrains couverts de graminées plus ou moins arbores- centes, comme dans tout le centre de l'Afrique et même au delà. On les connaît de la Nubie, du Kordofan, du Soudan de la région des grands lacs, comme de l'Angola (d'après Monteiro), et le célèbre Roggeveld au Cap de Bonne Espérance n'était autre chose qu'une Savane (d'Arthratherum pun- gens), que les moutons ont détruit d'après Bolus. Mon ami Stocker, qui le premier a pénétré au sud-ouest de l'Abyssinie, m'a dit les avoir trouvées au sortir des montagnes éruptives du Schoa, et dans l'herbier de mon ami Molub, qui y est maintenant revenu du Zambèze, j'en ai vu des échantillons. Il suffit de citeriez proportions de la collection Serpa Pinto — sur 65 espèces rapportées, il 7 a 25 graminées. Les Savanes paraissent s'étendre à mesure qu'on s'avance de l'ouest à l'est dans l'Afrique centrale. Monteiro nomme le bassin central la région des Savanes par excellence. Grant décrit des Savanes dans l'Unioro 6' (Cjmbopogon finitimus), auprès du Nyanza (10' Pennisetum Benthami): Reade, Livingstone, Hartmann, Steudner et tant d'autres en ont parlé. Elles ne sont pas formées des espèces ligneuses comme dans les îles de la Sonde (vrais bambous), mais elles atteignent 20' auprès du Nil (Andropogo- nées) 12' (Saccharum spontané um), mais dans l'Uganda seulement 3', 8' dans le Loango — dans la Bahiuda elles dépassent un chameau, au Zam- bèze ont les dit impénétrables. On les brûle chaque année pour qu'elles repoussent. Eh bien, je crois qu'on pourrait utiliser ces grandes Savanes facilement à l'élève des bestiaux. Cela ne demanderait pas de grands capitaux, puisque dans l'Afrique avoisinante le prix du bétail n'est pas élevé. On pourrait y employer facilement les indigènes malgré leur paresse. On n'aurait pas l'énorme dépense du défrichement des forêts, toujours si malsain, et au détriment du climat déjà si sec du pays. Le bétail est en ce moment très recherché, sur tous les marchés du monde. Conserves alimentaires, cuirs, cornes etc., tout cela s'écoule facilement, et est capable d'une consommation plus étendue, puisque le transport est plus facile que celui des lourdes denrées de l'agriculture. Seulement il faudrait songer à une alimentation plus régulière du bétail que n'est celle des indigènes, où par suite du brùlement des Savanes il y a chaque année une disette. Il faudrait, ou diriger successivement le bétail sur les contrées momentanément encore moins arides et non brûlées — comme le fait la mesta espagnole des moutons, ce reste de la culture berbère — ou avoir recours au foin des branches coupées, comme les anciens Romains, ou comme on le fait aujourd'hui encore au Kashmir, Peut-être pourrait-on y joindre des expériences de domestication des grands animaux herbivores du pays, surtout des belles antilopes, pour élargir le cercle si restreint des animaux utiles à l'homme. Elles suppor- — 41 — teraient mieux le climat et le pâturage que les moutons, même les bœufs, qui aiment plus de sève dans la nourriture qu'il n'y en a ordinairement dans l'Afrique centrale. Enfin, permettez-moi de présenter en dernier projet, celui de la for- mation de parcs zoologiques comme, par exemple, à Léopold ville pour l'exportation des grands animaux des tropiques, devenus déjà si chers et si rares. L'Europe, avant la dernière guerre du Mahdi, achetait ces bétes surtout au pays de Bogos et Kassala était le grand marché du commerce des lions, girafes, rhinocéros, antilopes etc. Les jardins zoologi- ques de Gand et d'Anvei"s pourraient servir de dépôts d'écoulement pour la vente des animaux du Congo, par exemple des Plocéides (oiseaux) qui sont déjà assez répandus, même parmi les amateurs. Voilà ce que je puis dire dans le quart d'heure réglementaire. M'' Max, Cornu. — Je suis chargé par mon ami Paul Sagot, qui s'est occupé de la culture tropicale de présenter ses regrets de ce qu'il n'a pu venir ici prendre la parole sur un sujet qui l'intéresse au plus haut point. Il m'a prié d'annoncer qu'il met la dernière main à un manuel de culture dans les régions tropicales, ce travail rentre absolument dans les questions que le Congrès doit étudier. Il contiendra non-seulement des détails sur l'agriculture tropicale au point de vue des plantes, mais encore au point de vue de l'élevage du bétail. M. Paul Sagot, ancien chirurgien à la marine, est demeuré longtemps dans les tropiques. Il a passé sept années à la Guyane, où la France a un pénitencier important. Ses publications ne sont pas inconnues. Elles ont paru dans les bulletins de la Société d'horti- culture de France et de la Société botanique; elles ont été remarquées. Il y a déjà là des détails très-intéressants sur les essais de culture, notamment des plantes alimentaires, des légumes de diverse nature. Il indique les essais qui ont été faits, les résultats obtenus, et les amélio- rations qui ont été atteintes par des perfectionnements successifs. Il examine les uns après les autres les légumes d'Europe, les variétés des régions tempérées, et celles des pays plus chauds. 11 étudie les plantes qui ont réussi en Algérie, en Nouvelle Calédonie et il montre par quels degrés insensibles on peut arriver à transporter des plantes d'une région plus froide dans une région plus chaude. Les agriculteurs qui voudraient se rendre au Congo feront très bien d'étudier le volume de M. Sagot, qui renfermera des détails très-intéres- sants, soit d'une^application immédiate, soit d'une généralisation possible pour les cultures du Congo. M. Wittmack. — J'attire votre attention sur l'œuvre de M. P.-L. Sira- monds. Tropical Agriculture. Treafise on tke culture, préparation, com- merce and consumption of tke principal products of tke vegetable kingdom. — London et New York, E. and P. Spow. 1877. In 8% 515 pages. — -12 — M. le Président. — Personne ne demandant plus la parole, je ferai une proposition qui pourra servir de conclusion à la question qui vient d'être traitée. Ce n'est pas seulement la Belgique aujourd'hui, c'est l'Europe, c'est le monde civilisé tout entier qui attend de l'État libre du Congo des résultats pratiques et une activité d'ordres divers. Pour nous restreindre à la botanique, je crois qu'il j aurait lieu d'organiser et de diriger une exploration dans la région du Congo. Jusqu'ici c'est avec un vif sentiment de regret que je n'ai pas vu d'herbier ni de collection végétale d'aucune sorte rapportés de ces contrées par nos compatriotes si nombreux qui y ont été envoyés. Il y a à cela diverses raisons. Le but de leur mission n'était pas précisément celui que nous poursuivons. Les temps n'étaient pas propices encore. L'attention de ces premiers missionnaires de la civilisation là-bas n'était pas spécialement dirigée vers les sciences naturelles. Mais aujourd'hui que l'Etat libre est constitué, qu'il va avoir une sérieuse organisation, je crois que c'est un devoir pour nous en Europe et pour nous autres Belges surtout, qui aimons à nous rapprocher de l'œuvre du Roi, que de chercher à organiser le plus tôt possible une exploration botanique des régions du Congo. J'aurais voulu voir cette œuvre entreprise en Belgique par l'Académie ou par quelqu'une de nos institutions. Nous ne nous trouvons pas dans des conditions matérielles qui nous permettent d'accomplir seuls cette entreprise; cependant tous nous l'attendons, nous la désirons beaucoup. Nous ne pouvons sans doute pas aller immédiatement et directement étudier la flore du Congo sur les lieux. Il convient d'y envoj'er quelques personnes particulièrement aptes et bien préparées. Ne serait-il donc pas utile de constituer ici un comité international qui se mettrait à la disposition de l'État libre du Congo pour organiser et pour diriger l'exploration botanique de sa flore ? Les matériaux qui pourraient être ainsi recueillis seraient répartis entre les membres de ce comité pour être étudiés par chacun d'eux suivant sa spécialité, suivant ses aptitudes. Je pense que le dénombrement de la flore du Congo ne saurait être entrepris par un seul botaniste. Il y a là matière à beaucoup de travail et à beaucoup d'activité. Le Comité se mettrait en rapport avec l'administration de l'État libre du Congo, il étudierait les produits des explorateurs «cientifiques. Il faudrait herboriser, préparer les collections, les envoyer en Europe, à Bruxelles d'où ces matériaux seraient répartis parmi ceux d'entre nous qui en manifesteraient le désir. Comme l'a dit M. De Bosschere,on pourrait déjà, pour 1887, arriver à un premier résultat. J'ai pris l'initiative de cette proposition parce que je ne vois pas sortir — 43 — des différentes communications qui ont été faites, une solution pratique, une réponse directe, adéquate à la question qui a été posée. Si vous jugez la constitution de ce comité possible, nous pourrions procéder à sa formation. M. Planchon. — Si on fait «appel aux différents gouvernements pour arriver à une mission d'exploration, ce qui est très-désirable, j'admets que ce soit à Bruxelles que se centralisent les envois. Dans ce cas les gouvernements qui auraient contribué à l'exploration auraient sans doute part aux collections. M. le Président. — Évidemment. M. Planchon. — Bruxelles se trouve être le centre de l'administration politique du Congo. Mais comme il s'agit d'une œuvre à laquelle vous appelleriez les gouvernements à contribuer, il est naturel qu'on leur offre de leur en faire partager les bénéfices. Dans ces conditions je crois que la proposition qui nous est faite doit être accueillie. L'exploration a déjà commencé dans d'autres parties de l'Afrique. Plusieurs explorateurs récemment et autrefois dans l'ouest, les Portugais dans le sud, d'autres ailleurs, ont déjà réuni un grand nombre de matériaux. Mais pour l'intérieur de l'Afrique, il y a encore beaucoup à faire. On pourrait négocier avec les gouvernements sur la base que M. le Président indiquait tantôt. C'est une œuvre collective qui pourrait aboutir. On devrait j mettre une condition : c'est que Bruxelles serait le centre ou l'on enverrait le produit des explorations, mais que les collections seraient réparties équitablement entre les divers musées botaniques des pays qui auraient contribué à l'entreprise. M. Bâillon. — Peut-être que si le Congrès entier se prononçait en faveur de la mesure, afin qu'on put entrer définitivement dans la pra- tique, cela donnerait de la force à la proposition de l'honorable Président. M. Max. Cornu. — Je demande la permission de faire remarquer au Congrès qu'il y a eu déjà des missions envoyées par divers gouvernements dans des conditions semblables. Je ne sais si vous avez en mémoire le souvenir des missions qui ont exploré il y a deux ans l'Amérique du sud et notamment la Terre-de-feu. Il y a eu une série de missions qui ont été organisées par la France, l'Angleterre, l'Autriche, etc. et qui ont rap- porté les documents les plus intéressants sur ces contrées qui étaient très mal connues, documents particulièrement précieux pour la Météorologie. Si les gouvernements voulaient s'associer et envoyer, chacun de son côté, des missions vivant et agissant en commun, en bonne intelligence, des missions comme celle de l'Amérique du Sud, dans lesquelles on s'est réciproquement montré d'une extrême courtoisie, il y aurait à cela le plus grand profit pour la science et pour l'œuvre que la Belgique poursuit — 44 — en ce moment. Ainsi, la proposition que l'on émet a déjà reçu exécution dans d'autres pays et elle a produit les plus heureux résulats. M. Planchon. — Une seule expédition pourrait offrir des diflScultés, alors même qu'elle réunirait des personnes de différentes nations. Je me rappelle avec tristesse ce qui s'est passé au siècle dernier lorsque la France et l'Espagne ont envoyé une mission au Pérou, Dombej d'une part, Ruiz et Pavon de l'autre. J'appuie l'idée qui a été mise en avant de former plusieurs missions, à la condition qu'au lieu d'être antagonistes elles s'entendent. Je veux bien que les travaux, les envois, soient concentrés à Bruxelles, mais il faudrait que ces missions, dans leur organisation, ressemblent elles-mêmes à l'État libre du Congo, qu'elles en fussent en quelque sorte l'image. M. le Président. — On conservera' à la mission le caractère neutre et international que le Congo a lui-même et qu'il entend garder. M. Planchon. — On pourrait se partager le champ à explorer, et, au moyen des diverses délégations gouvernementales on créerait une émulation qui ne pourrait manquer d'être favorable à l'entreprise. M.Palacky. — Il serait bon de choisir le comité dans toutes les nations représentées ici et de lui donner des pleins pouvoirs pour agir comme bon lui semblerait dans cette question. Pourquoi? Parce qu'il ne dépendra pas du Congrès, il dépendra en premier lieu des gouvernements. Si nous donnons à ce comité une direction trop exclusive, il peut se faire que nous paralysions d'avance tous nos efforts et que nous gâtions notre oeuvre d'avance. Si ce comité a le droit d'agir à sa guise, cette marque de con- fiance universelle que nous lui doimerons sera une recommandation auprès des gouvernements et lui permettra de traiter avec eux sur des bases plus larges. Nous ne pouvons entrer dans des détails. Mieux vaut donc accepter purement et simplement la proposition de M. le Président et de recommander au Comité que nous choisirons, tout ce que les honora- bles préopinants ont dit qui mérite l'attention. Bornons-nous à décider la question de principe : la création d'un comité international en vue de l'étude de la flore du Congo. M. Lefèvre. — Ayez l'obligeance de faire exprimer un vœu par le Congrès, il aura plus de force qu'aucune commission même choisie d'une façon unanime. M. Ch. De Bosschere. — Il entre dans les intentions de M. le Prési- dent de solliciter un vœu, mais nous ne devons pas perdre de vue l'art. 10 du règlement du Congrès qui dit : « Le bureau du Comité de patronage et celui de la Commission organi- « satrice constitueront le Comité exécutif du Congrès. Ce Comité sera saisi « de toutes les propositions, questions et documents adressés au Congrès. — 45 — « Il pourra s'adjoindre les auxiliaires dont le concours lui paraîtra utile. » ^ Je crois que cet article permet de vous donner pleine et entière satis- faction. Ma proposition serait la suivante : le bureau du Comité de patronage et celui de la Commission organisatrice s'adjoindront des délégués de toutes les nations représentées au Congrès d'Anvers. Ce comité exécutif, avec ces auxiliaires, ferait les travaux préparatoires à l'organisation de cette mission que vous désirez voir entreprendre dans l'Afrique centrale. Si nous avons des auxiliaires dans les différents pays de l'Europe, il nous sera très facile d'arrêter un plan général, définitif, et d'étudier la manière dont on pourrait le mieux, dans l'intérêt de tous, répartir les collections qui nous seront envoyées, arriver à la rédaction d'un questionnaire, etc. Ce serait en quelques sorte un coinité d'études qui ferait les travaux préparatoires nécessaires. Lorsque le Congrès aura émis le vœu de voir organiser une mission scientifique internationale, nous pourrons demander qu'on nous adjoigne des représentants de toutes les nations indistinctement. Le Comité de l'Association internationale du Congo se met entièrement à notre disposition, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire tantôt. Dans l'intérêt de la science, nous devons profiter des dispositions bienveillantes des personnes qui se trouvent à la tête de l'entreprise du Congo (Marques d'adhésion). M. le Président. Je mets aux voix la proposition telle qu'elle vient d'être formulée en excellents termes par M. Ch. De Bosschere. ' — La proposition est adoptée. M. le Président. — La proposition est donc admise en principe. 11 nous reste à désigner par pays, un ou plusieurs membres qui continueront l'étude de la question de la flore du Congo, qui se mettront en rapport avec l'administration de cet État, et qui organiseront directement, si cela est possible, l'exploration botanique de ces contrées. M. Ch. De bosschere. — On pourrait, par pays, faire appel à la bonne volonté des membres présents ou à leurs amis. M. le Président. — La proposition est-elle appuyée? (oui! oui!) Le vœu est donc émis et la proposition est adoptée à l'unanimité, sans aucune observation. M. Ch. De Bosschere. — Je vais donner lecture, par ordre alpha- bétique, des noms des représentants des divers pays. M. Bâillon. — Je propose que le Comité organisateur du Congrès fasse lui-même le choix des membres. M. le Président. — Il n'y a pas d'opposition? ■ — Cette proposition est adoptée. — 46 — M. Van Huile. — Cette question du Congo sera-t-elle traitée par les sections ? M. le Président. — Elle est épuisée au point de vue général, il y a une quantité de détails dans lesquels nous ne pouvons pas entrer. M. Van Huile. — A la dernière minute j'ai préparé un travail au sujet du Congo que j'ai soumis à quelques uns de mes collègues. Ils m'ont déclaré qu'au fond j'ai raison, mais qu'on pourrait y voir une note discordante dans ce concert harmonieux que nous entendons depuis longtemps relativement au Congo. Je vais suivre le conseil que mes amis m'ont donné et renoncer à la lecture de mon travail. Si le bureau me le permet, je déposerai entre ses mains les quelques lignes que j'ai griffon- nées à la hâte. Je laisserai au bureau la liberté d'en disposer comme il l'entendra. iMoi, fonctionnaire de l'État, je n'ai nullement l'intention de faire publier quoi que ce soit qui irait à l' encontre de la généreuse entreprise du plus pacifique des monarques (1). (1) Note de M. Van Huile. Si la Belgique sentant le besoin de créer des colo- nies au delà des mers, avait pu les fonder aux États-Unis, en Californie, au Texas, au Mexique, au Brésil, en Australie, à la Nouvelle Zélande, là au moins elle aurait trouvé un sol fertile, un climat salubre. Au Congo ces deux éléments indispensables de colonisation semblent faire absolument défaut. Cela étant, peut-on y faire des essais de culture de rapport avec quelque chance de succès? Peut-on y acclimater facilement telle et telle série de plantes? D'abord deux mots au sujet d'acclimation. En principe nous la dénions à propos des végétaux. Le haricot, introduit dans nos cultures des régions tempérées depuis des siècles, est encore aujourd'hui aussi sensible aux froids de nos centrées qu'il l'a toujours été. Même fait pour les pommes de terre, concombres, pourpier, etc. Nous dénions même jusqu'à un certain point l'acclimatation de l'homme : en efifet, les nègres languiraient ici, les blancs succomberaient là-bas. Pour nous l'acclimatation n'est possible que par voie de croisement. Nous y revenons tout à l'heure. Entretemps le Congo restera presqu'entièrement peuplé de nègres et il n'y a que les produits de l'agriculture qui puissent les intéresser quelque peu. Au fait, enfants de la nature sauvage, les nègres se contentent d'elle et de leur liberté ; leurs désirs ne vont pas au delà. Pour ce qui est donc d'essais de culture, bornons-nous pour le quart d'heure à y faire cultiver plus rationnellement s'il se peut les plantes agricoles du Congo; à notre avis il ne servirait de rien de vouloir y pousser à la culture maraîchère. En effet, admettant qu'après avoir vaincu de grandes difficultés, on parvienne à produire, même abondamment tel et tel légume, qu'en fera-t-on? Le vendre aux Congolans! C'est peu probable : pour la consommation des légumes, il faut la classe civilisée plus ou moins aisée et celle-ci, pendant de longues années encore, restera beaucoup trop clair semée au Congo pour faire vivre les maraîchers. A plus tard donc la culture maraîchère dans ces parages. L'agriculture, soit, car c'est par elle que doit débuter la prospérité d'un pays naissant. Toutefois, tel — 47 — M. De Bosschere. — Je vais donner lecture par ordre alphabétique des noms des personnes qui représentent au Congrès les diflférents pays. M. flovelaque. — Pourquoi ne nommerait-on pas comme membres auxiliaires de la Commission organisatrice les Vice-Présidents du bureau pour former le Comité dont il vient d'être question ? M. le Président. — Cette proposition me parait très-sensée. M. Bâillon. — Il y a des personnes de la plus haute compétence qui ne sont pas présentes ici et auprès desquelles il conviendrait de faire des démarches. M. le Président. — Vous permettez au Comité exécutif de s'adjoindre encore quelques personnes dont les noms lui seraient signalés? (AdkésmiJ. La proposition est donc adoptée . (M. Bâillon remplace M. Morren au bureau en qualité de Président.) M. le Président. — L'ordre du jour comprend un grand nombre de questions dont M. De Bosschere voudra bien vous donner lecture. M. De Bosschere. — La première question que nous avons à discuter, et qui est comprise sous le numéro V du programme, est ainsi conçue : Dans quelle mesure conmendr ait-il de déulofper l'enseignement de la botanique, de l agriculture et de V horticulture dans les étallissemeuts d'in- struction mopennei^) . ne peut encore être le cas que pour autant que dans ce pays il y ait non seule- ment le pi'oducteur, mais aussi le consommateur, le preneur, et d'ici à long- temps, peut-être jamais, les Congolans ne seront ni l'un ni l'autre. Comme le chat reste un chat, le nègre restera nègre ; on ne le rendra pas travailleur et intelligent. Si cela est, la première chose à faire pour civiliser le Congo, c'est d'y intro- duire, d'y implanter une autre race d'hommes, capables avant tout de supporter ■ le climat, doués ensuite d'assez d'activité et d'intelligence pour pouvoir progresser. Étant admis 1° qu'il ne servirait à rien de cultiver si le produit de cette culture n'a pas de consommateur, 2" que pour cultiver il faut être travailleur et savoir supporter le climat, 3° que pour avoir des consommateurs il faut une population assez dense et accessible à la civilisation, 4» que les qualités requises à cette fin, les nègres ne veulent, les blancs ne peuvent les fournir, il reste cependant un moyen terme, à savoir le croisement entre Africains et Européens. On prétend que ce système n'a jamais donné des résultats satisfaisants. Il nous semble cependant, qu'en prenant les soins voulus à propos des reproductions, comme on doit du reste le faire aussi en culture pour les porte-graines, qu'à la 3« ou 4' génération on serait probablement arrivé à une race de métis remplissant les conditions essentielles pour coloniser fructueusement le Congo. Puisse ce que nous venons de px'éconiser à propos de culture maraichère et d'acclimatation être de quelquutilité à ceux qui sont en situation et ont de l'in- térêt à seconder l'œuvre de civilisation si généreusement entreprise au Congo, par notre auguste souverain, le plus pacifique des monarques. (1) Voir aux « Rapports préliminaires n le rapport de M, G. Kemna, pp. 9-16. — 48 - M. Lefèvre. — L'installation du Cercle Parisien de la Ligue de V Enseignement à l'Exposition d'Anvers, contient plusieurs séries d'images rentrant dans ce que nous appelons VEnseignement par les yeitx, autre forme de VEnseignement intuitif ■iA fort en honneur en Belgique. Je demande au Congrès de vouloir bien s'arrêter à ces images, parce que je considère comme un devoir de soumettre, à des hommes pratiques et compétents, les ressources nouvelles offertes aux tiilgari- sateurs des connaissances utiles et à tous ceux qui doivent apprendre, d'autant plus que, dans le rapport de M. E. Laurent!^-) je lis ceci : « Les images, quoiqu'on en dise, frappent toujours l'esprit, même chez « les profanes, et les impressions qu'elles produisent ne s'effacent pas « de si tôt de la mémoire » Page 235 des rapports 2}réliminaires du Congrès. Est-ce, par excès d'amour pour la science ou par inhabileté à se servir d'une langue parfaitement claire, que nos devanciers ont fait, de la botanique, l'étude la plus sèche et la, plus rebutante, quand elle devrait- être la plus attrayante des sciences ? A qui la faute ? Nul ne le dira, mais nous qui nous occupons de l'enseignement de la science au premier degré, nous devons la dégager des choses abstraites dont on l'a enveloppée. Un de mes meilleurs amis, grand vulgarisateur, Aug. Bourguin a écrit (2) : « La botanique, c'est le jardin de Dieu; jardin délicieux, « plein de lumière, de couleurs et de parfums, arrosé par de beaux fleuves « et par des clairs ruisseaux. « Les savants sont venus dire : Ce jardin est à nous. Aussitôt, l'entou- « rant d'un fossé large et profond, ils ont élevé, sur le revers, une « barricade, au pied de laquelle ils ont pris som de semer, en guise « de chausse-trappes, toutes sortes de barbarismes épineux. Une seule « porte est restée ouverte : la garde en est confiée à deux effroyables « dragons qui vous crachent à la face un qui tite dans une langue _ « inconnue. « Messieurs les savants, qui connaissent le mot de passe, ont seuls accès « en ce beau lieu. Ils y ont longtemps parlé latin, mais un latin que « Cicéron aurait eu quelque peine à comprendre. De nos jours, ils parlent « grec, et quel grec! Les dames de la halle, dans Athènes, eussent bien « ri, si l'on se fut avisé de parler ce grec-là devant elles. » Nous demandons qu'on ait pitié de l'enfance et de tous ceux qui ne peuvent accorder qu'im temps limité à l'étude. Le but de mon travail est de prouver que cela n'est pas impossible, il suffit, pour arriver à un résultat précieux, que nous supposions les (1) Professeur à l'École d'horticulture de l'État, à Vilvorde. (2) La Perruque du Philosophe Kant. — 49 — autres ignorants et que notre désir de les instruire égale leur empresse- ment à nous écouter. Trop longtemps on a fait de la science pour la science elle-même, c'est-à-dire pour les privilégiés; il faut enfin utiliser cette science, la vulgariser et la rendre accessible et aimable, si l'on veut que la science devienne une lumière pour tous. Dans mon enfance, j'ai entendu un chimiste se révolter à l'idée que j'émets. Etre savant et devenir industriel !... Avoir poussé l'analyse fort loin et passer de longues nuits à étudier les eaux livrées aux chaudières, à la teinture, au dégraissage de la laine et même les résidus impurs des usines! Il s'écriait à tout instant: < Matérialiser la science !... » L'avenir de l'industrie et des découvertes admirables étaient là pourtant. Je le dis à la louange des savants contemporains, il n'en est pas un seul qui ne soit fier d'avoir servi la cause de l'industrie la plus humble. Les rapports préliminaires du Congrès sont empreints de ces idées de vul- garisation et d'utilité générale. Qu'avons-nous à faire, nous tous qui nous occupons de l'enfance ? Imiter les chimistes dont je viens de parler; travailler pour le plus modeste des ateliers^ celui où toute l'humanité doit se transformer: l'école primaire, l'école du peuple. « Ne multipliez pas les êtres, disaient autrefois les philosophes; « Buffon ne cessait de répéter aux naturalistes : Ne mullipliez pas les « noms sans nécessité. Ces sages conseils n'ont guère été suivis. « La déplorable manie de changement a fait naître une science « nouvelle : la Synonymi ('), c'est-à-dire la concordance de tous les « noms successivement donnés à la même plante : science de mots et « non d'idées, mais absolument indispensable à qui veut se reconnaître « dans cette confusion. « Que faudrait-il pour renverser toutes ces barrières, et pour rendre, « comme le voulait Platon, la science accessible à tous? « Bien peu de chose. « Qu'un amant écrive pour sa maîtresse un traité de botanique, et « je réponds que tous ces retranchements tomberont d'eux-mêmes. « Quel beau livre ce serait ! Comme l'étude y serait rendue facile et a engageante ! Comme les mots seraient bien choisis, les définitions « simples, les descriptions riantes ! (1) Je vous dois des remerciements. Monsieur, pour les noms arabes que vous m'avez envoyés; ils enrichissent ma synonymie, déjà très-considérable du Mais (Lettre du 25 janvier 1825, de Jacques Gay à Victor Jacquemont) d'après le travail de J. E. Planchon, correspondant de l'Institut, communiqué à la Société de Botanique de France. — Mai 1883. E. L. — 50 — « Les amours des plantes, les mystères de la fécondation y seraient « retracés d'un pinceau fidèle, mais délicat, chaste et plein d'innocence. « Les noms de famille, les affinités des fleurs indiqueraient bien « leur degrés de parenté, leurs alliances, leurs rapports de bon voisi- « nage. « Les relations de la plante avec l'insecte, avec l'oiseau, avec le « mammifère, avec l'homme lui-même, n'y seraient point omises. « Les couleurs, les parfums, les saveurs, — dont la botanique « oflScielle ne s'occupe pas, — ont une signification mystérieuse qui « reste à découvrir. Tout n'est-il pas symbole dans la nature ? » Cette manière de s'attaquer aux abus n'est pas sans charme; M. Léo Errera ('), à propos de la première question du programme, dit, p. 23 : « Aujourd'hui que cet état de choses a heureusement cessé, on se figure « cependant encore le botaniste tel qu'il était à cette époque et tel que « Sehleiden l'a si spirituellement défini : marchand de latin et grand 4 accumulateur de foin desséché. » Je vous recommande ce passage très-fin où il est aussi question de latin barbare et d'herbes décorées, des noms les plus baroques. On dirait que Messieurs Hachette, les grands éditeurs français, parti- rent de considérations semblables, lorsque, il y a quelques années, ils commencèrent leurs collections d'images intéressantes -à plus d'un titre. Qu'on ne se trompe pas sur la simplicité du texte; il est parfaitement scientifique. Si on l'a dégagé de certaines longueurs ça n'a été qu'à force d'étude. Cette concision est d'autant plus admirable que, dans la masse des renseignements consignés, on trouve presque toute la botanique elle- même. Messieurs Hachette ont déjà publié : 1" Botanique 16 séries de 12 images ou 2° Insectes 7 » 12 » » 3° Travaux agric. et industr. 4 » 12 » » 4" Géographie. . . . ' 1 » 12 » » Total qui sont sous vos yeux. Il ne pouvait être question de suivre un ordre complet dans la publi- cation de ces jolies choses; c'est seulement en variant les objets à sou- mettre aux enfants qu'il devient possible de leur donner une idée de la science compliquée dans laquelle ils pénètrent peu à peu. Dans le tableau que j'ai l'honneur de soumettre au Congrès, l'ordre (I) Docteur agrégé à l'Université de Bruxelles. 192 images : SI » 48 > 12 9 336 images — 51 — alphabétique (il facilite les recherches) a été établi sans distinction de famille. Le gi^oupcment par familles vient ensuite. L'enfant en entend d'abord parler vaguement, assez cependant pour en saisir les caractères généraux. L'indispensable, au début, est d'oblig-er l'écolier à reconnaître, dans rimage et ;;«r Vimacje^ la plante trouvée dans le jardin paternel, dans la prairie, au bord du chemin, à la lisière du bois et dans l'épais- seur du taillis. Cela fait, la graine est semée; elle germera dans l'esprit de l'enfant. Supposons qu'il ait on mains les 8 images de la famille des Solanées : il saura, après avoir lu le texte, par ordre du maître, et après avoir revu l'image, par plaisir : 1" Que VAuherginc porte un fruit agréable mais ayant, avant maturité, un suc acre et malsain ; 2' Que la Belladone est un poison violent. La plante, assez agréable, forme dans les lieux frais et humides, à la lisière des bois, des buissons d'un beau vert, et porte des fleurs brunes, ou plutôt violettes, en forme de clochettes; 3" Que le Datura pomme épincicse est une belle plante ayant causé la mort d'enfants qui en avaient mangé ; 4" Que la triste Jvsquiame, dite Vherhe aux sorcières... du temps qu'il y avait des sorcières, peut aussi être appelée la dangereuse Jusquiame; 5" Que la MoreUe doiice-amère, jolie plante au feuillage vert, aime à trouver appui en s'entrelaçant dans une haie ou s'a[)puyant contre un mur; ses longs rameaux verts et lisses pendent gracieusement. Son fruit d'un goût doucàtre d'abord, remplit ensuite la bouche d'àcreté et d'amertume; G" Que la Pomme de terre ou parmenlière à une jolie fleur. La fleur tombée, le pistil grossit, devient une baie, c'est-à-dire un fruit en forme de boule, vert d'abord, puis rouge, enfin violet sombre, tendre lorsqu'il est mùr. Au pied de la plante, sous terre, il se forme des tubercules, des petites niasses arrondies de substance farineuse, nourrissante, qui sont nos précieuses pommes de terre; 7° Que le Tabac est une belle plante, dont les feuilles atteignent quel- quefois un mètre de longueur. Tabac, poison violent et remède utile. L'habitude de fuvier les feuilles de tabac desséchées et hachées ou de les priser réduites en poudre, est une habitude coûteuse, qui a raille inconvénients et nui avantage; 8° Enfin, que la Tomate, cultivée dans nos jardins, est un mets agréable ou l'élément principal d'une sauce. Il suffit de lire les rapports sur le Congo, pour apprécier la valeur de ce fruit. Je passe sur les détails spéciaux capables de faire ressortir les différences existant entre ces 8 plantes, mais je constate que déjà l'esprit de l'enfant, cherche une foule d'autres traits distinctifs ou des rapprochements curieux. Vienne — 52 — pour lui l'âge de l'étude sérieuse, il saura bientôt se servir du livre et de la classification rationelle. Donnez, à un enfant, comme récompense, les 16 images représentant les Rosacées, il appliquera sans cesse ce nom à VÉglajiline ou à la Rose» s'il connaît leur histoire. Ecoutez la légende : a La frêle et charmante églantine de nos bois, « la rose sauvage au parfum si frais, porte des fleurs simples, c.-à-d. « n'ayant qu'un petit nombre de pe'lales. Seulement, ces cinq pétales, « séparés, et tenant à la plante par une partie rétrécie qui est ce qu'on » appelle l'onglet, larges, étalées en couronne, forment la corolle de la « fleur rose-pâle ou blanche ordinairement, chez d'autres espèces rougc- « pourpre ou jaune-clair. « La nature n'a pas fait de roses doubles; elle a fait les roses sauvages. « Les roses doubles sont pour ainsi dire des créatures de l'homme. « Le jardinier, choisissant, parmi les sauvages, les plus belles et les « plus vivaces, les a transplantées dans son jardin; il leur a fourni la « terre la plus grasse sans cesse remuée et amollie; enfin il les a taillées « en retranchant des branches trop nombreuses et le feuillage inutile. « Par ses soins, la plante mieux nourrie qu'à l'état sauvage, est pour- « vue d'une sève surabondante. Et alors voici ce qui arrive : les fleurs « doublent, c.-à-d., qu'au lieu de cinq pétales seulement, elles en ont un « très-grand nombre. Une partie dos étamincs du centre de la fleur, au « lieu de rester grêles et minces, grandissent, s'élargissent, se teignent « de vives couleurs et deviennent des pétales; la fleur est plus large, plus « fournie et plus touffue. Puis, quand le jardinier a produit par ces soins, « ces rosiers à fleurs doubles, il les multiplie tant qu'il veut, en leur « enlevant des bourgeons qu'il greffe sur des églantiers simples. — « C'est de la même façon que la culture produit, avec des fleurs simples « sauvages, toutes les belles fleurs doubles qui ornent nos jardins. » Désormais l'enfant connaît la rose. Grâce à l'idée juste qu'il possède de la famille des Rosacées, il n'hésitera pas à y faire entrer la ronce et le fraisier^ V aubépine et le framboisier, le pêclier et V abricotier, V amandier et le cerisier, le pnmier et le né/lier, le pommier et le poirier, le coignas- sier et le sorbier. C'est ainsi, à petite dose, que les mots exacts entrent, avec l'image, dans la mémoire de l'enfant. C'est au professeur qu'il appartient de découvrir la science mise par l'auteur dans ces notices; le moyen le plus sur de professer une science est de la posséder à un degré suflisant. Le système des livres plus ou moins gros dispense souvent le professeur d'études personnelles sérieuses; l'image donnée aux élèves l'oblige à recourir sans cesse au livre, à la méthode. Que le maître sache ; qu'il parle surtout! Un professeur qui suit et qui — 53 — parle fait plus, pour sa classe^ que toutes les bibliothèques du monde. M. T. Vernieuwe (1) a terminé son travail sur la VP question du pro- gramme du Congrès, par ces mots : « L'enseignement du professeur « n'est fécond qu'à la condition que ce dernier soit lui-même un cher- « cheur, un savant » — (P''!)'^ 127). Je demande simplemeat à l'institu- teur, non d'être un savant, mais un sachant, parce que, M. H. Witte(2)le fait très-bien remarquer {i)age 129). « Nous n'avons pas ici à tracer à « l'instituteur le programme qu'il devra suivre dans son enseignement. « En homme intelligent, il saura se borner aux choses nécessaires, « directement utiles et il s'abstiendra de s'étendre sur les théories, sur « les problèmes de physiologie, auxquels les enfants ne comprendraient « rien ou qui finiraient par leur inspirer de la répulsion pour des notions a qui doivent rester simples et pratiques. ^ Dans son remarquable travail sur la IV^ question du programme, V Enseignement de la Cryptogamie, M. le D'" Marchand, professeur à l'Ecole supérieure de Pharmacie de Paris, cite les paroles de Duhamel (3) {page 86). « Les obscurités que certaines choses peuvent laisser dans l'esprit des a élèves, et qu'il est quelquefois si difficile de dissiper, tiennent le plus «« souvent à l'enseignement élémentaire. C'est presqu'au début d'une M. Cornu. — Je crois que dans certaines circonstances les Instituts sont la meilleure forme de groupement des établissements de botanique. Mais il y a des cas où ce groupement serait une gène pour l'enseignement. — 121 — M. Gravis. — (î'est pourquoi je dis : « Lorsque les circonstances le permettront » M. le Président. — L'assemblée" adopte-t-elle le vœu de M. Gravis ? {Adhésion). M. Cornu. — Je demande à dire un dernier mot pour essayer de démontrer que, dans certains cas, le groupement de tout ce qui se rapporte à la botanique, par exemple, dans un seul Institut constituerait un recul sur ce qui existe. Je prendrai comme exemple la ville de Montpellier. Il y a dans cette ville une Faculté de sciences qui donne l'enseignement supérieur, un Lycée qui donne l'enseignement secondaire, je passe l'enseignement primaire, la Faculté de médecine qui donne un enseignement appliqué aux futurs médecins, l'Ecole de pharmacie qui donne l'enseignement de la botanique approprié à la pharmacie, l'Ecole d'agriculture qui fait également de la botanique et enfin, une Station agronomique. Voilà six établissements dans lesquels la botanique se trouve repré- sentée à des degrés divers et avec des buts différents. Il est impossible que les mêmes professeurs se chargent de tous ces cours. L'enseigne- ment est distinct, il doit être donné à des endroits différents pour des élèves différents, aucun cours ne peut en remplacer un autre. Les élèves de 5« et de 6*= ne reçoivent pas le même enseignement que les élèves de l'École d'agriculture malgré la similitude des programmes. Dans chacun de ces établissements il y a plusieurs cours. Si ces cours sont séparés, c'est qu'il y a utilité de les maintenir séparés ; en réalité ils le sont comme fond, ils le sont comme forme; il le sont et doivent l'être comme conclusion, comme application, comme portée scientifique. Ce serait une lourde faute de grouper toutes ces personnes dans un même établissement. Ils n'auraient pour bien unique que cette chose virtuelle : le nom abstrait de la botanique. En réalité ils sont distincts sous tous les rapports; ils sont différents comme but, comme aspirations, comme méthode d'enseignement, comme tendance. Ils se sont groupés de la façon la plus naturelle suivant l'intérêt précis des élèves, suivant l'en- semble des connaissances dont ils ont besoin. En réunissant tous ces cours dans un seul Institut botanique on grouperait des enseignements qui n'ont entr'eux qu'un lien absolument théorique. On sacrifierait une unité réelle en faveur d'une abstraction. M. Lefévre. — Je propose de mettre aux voix les propositions et les contre-propositions. On verra si le Congrès les adopte ou les rejette. M. le Président. — La section les a déjà adoptées. M. Lefévre. — Elle ne s'est pas encore prononcée sur le 4" vœu qui émane de M. Gravis. — 122 — M. Ch. De Bosschere. — Il est bon de rappeler le texte de ce vœu « quand les circonstances le permettront, les laboratoires de recherches, les laboratoires de démonstration et les Jardins botaniques seront groupés dans un seul Institut. » M. Lefévre. — Sous cette rédaction, nous adoptons le vœu. M. le Président. — A propos de cette appellation d'Institut botanique, permettez-moi une observation. Ce terme peut donner lieu ici à des erreurs. En Allemagne, on entend par « Institut botanique » un Institut de l'Université où l'on apprend la botanique pure, non appliquée. Il y a d'autres installations pour l'enseignement technique ou appliqué. Dans le plus grand nombre de cas, ces Instituts botaniques ne sont même que des établissements où l'on enseigne l'anatomie, la physiologie et la morphologie. Il y en a d'autres qui enseignent la systématique. A Berlin, par exemple, il y a deux Instituts botaniques et une troisième installa- tion où est enseignée la botanique systématique. Tout n'est pas accumulé dans un seul et même établissement. La section se rallie-t-elle au vœu exprimé par M. Gravis? [Adhésion). M. Ch. De Bosschere. — Il est entendu que cette après-midi les sections de botanique et d'horticulture se réuniront pour discuter les questions d'intérêt commun. Cette assemblée générale commencera à 3 heures. Elle aura lieu dans la salle du rez-de-chaussée, parce que M. le D"" Van Heurck a besoin de notre salle l'après-midi pour préparer la séance de micrographie de ce soir. M. Planchon. Je demande qu'on soumette à l'assemblée générale la question des étiquettes. Il n'y a pas seulement ici une question matérielle enjeu. Je voudrais parler de l'étiquetage des plantes au point de vue de la valeur des noms [Adhésion). — La séance est levée à 12 '/a heures. SECTIONS RÉUNIES. Séance du 4 août 1885. Présidence de M. A. Fischer de Waldheim, professeur à l'Université impériale de Varsovie. M. Ch. De Bosschere, secrétaire-général, remplit les fonctions de secrétaire. Sommaire : X//"^ question du programme : Quel est le meilleur système d'étiquetage pour jardins botaniques, pour parcs publics, pour jardins privés et pour serres? par MM. Wittmack, Ponce, Wesmael, Palacky, Planchon^ NiEPRAsCHK, Fischer de Waldheim, Krelage, E. Laurent, Cornu. Z/X"'* question dwprogramme : De l'opportunité de la création dans les centres horticoles de Sociétés de prévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles, par MM. Bernard, D. Laurent, Baltet. XV* question : La culture des champignons utiles est-elle susceptible de s'étendre? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus, par MM. J. E. Planciion, Bâillon, Cornu, Magnus, Wittmack, Planchon fils. Ponce, Niepraschk, Wesmael, Fischer de "Waldheim. M. le Secrétaire-général. — Je crois être l'interprète de vos senti- ments. Messieurs, en priant M. Fischer de Waldheim, de Varsovie, de bien vouloir prendre la présidence de la séance. M. Fischer de Waldheim. — Avant d'accepter la présidence de la séance, je remercie bien sincèrement M. De Bosschere ainsi que les membres du Congrès. {M. Fischer prend place au fauteuil présidentiel .) Messieurs, nous avons à décider laquelle des questions de notre — 124 — programme sera portée à l'ordre du jour de la présente séance. Nous avons une réunion des deux sections de botanique et d'horticulture. Si je ne me trompe, nous étions d'accord hier pour entamer aujourd'hui la question des étiquettes et de décider : « Quel est le meilleur système d'étiquetage pour jardins botaniques, jjour parcs fublics, pour jardins primés et pour serres. » Nous étions également d'accord, je pense, pour aborder la discussion de la culture des Champignons, question énoncée comme suit au n" 15 des travaux de la section d'horticulture : XV. La culture des champignons utiles est-elle susceptible de s'éten- dre? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus. Si aucun des membres du Congrès n'a de modifications à proposer à ce programme, j'ouvrirai la discussion sur la question des étiquettes. Un membre. — Je ferai remarquer que c'est M. Planchon qui a demandé que cette question fut portée à l'ordre du jour et qu'il n'a pu être présent au début de cette séance. Je proposerai donc de retarder cette discussion. M. le Président. — Dans ce cas il ne nous reste qu'à aborder la seconde question. Mais je vois que M. Cornu, qui a bien voulu nous faire des communications importantes au sujet de la culture des champignons est également absent. M: Ponce. — La section d'horticulture a traité cette question et dressé un aperçu des espèces comestibles les plus communes. Elle a trouvé que cette discussion appartenait plutôt à la section de botanique. Nous avons entendu dans cette séance des communications très intéressantes sur la culture des champignons en France. Un membre. — Je crois qu'il vaudra mieux prendre d'abord la ques- tions des étiquettes. M. le Président. — Quelqu'un demande-t-il la parole sur cette question ? M. Wittmack. — Messieurs, j'ai publié un petit rapport sur cette question(l). J'ai lu dans le premier fascicule un travail, par M. Hansen, sur la même question, ce qui m'a permis de constater que nous sommes tous les deux d'accord. Nous arrivons à peu près aux mêmes conclusions, c'est à dire, que les étiquettes en porcelaine sont les meilleures, les plus lisibles et les plus élégantes. Je me suis permis d'ajouter à cette conclusion l'avis qu'en cas de crainte d'une trop grande fragilité des étiquettes en porcelaine, c'est le fer émaillé qui devait être recommandé. J'ai fait (1) Voir aux « Ripports préliminaires » les notices de MM. Carl Hansen, p. 110-111, et du Dr. L. WrrTMACK, p. 361-363. - 125 — remarquer dans mon rapport qu'on serait peut être étonné que je n'aie pas fait mention des célèbres étiquettes de M. Crépin, au jardin botanique de Bruxelles, qui indiquent outre le nom, la patrie de la plante sur un planisphère. Mais elles sont en fer, peintes à l'huile, et cette couche de couleur est très peu résistante, c'est à dire qu'en 5 ou 6 ans elle tombe complètement et doit être renouvelée avec l'inscription. A part cet incon- vénient, je n'ai rien à reprocher à ces étiquettes que je trouverais magni- fiques si l'on pouvait arriver à les faire en porcelaine, puisqu'elles réuniraient ainsi le double avantage de l'élégance et de l'indication par- faite de la distribution des plantes sur le globe. Il est vrai qu'en l'absence d'un planisphère on pourrait avec fruit se servir des signes convention- nels de M. Eichler, tels qu'il les a réunis dans son syllabus. Un astérisque placé au dessus d'une petite ligne horizontale, par exemple, signifierait «hémisphère boréal», tandis que l'inverse signifierait ■) les mémoires de MM. Ardissone, p. 30-34, Dr. M. Staub, p. 56-59, C. H. Delogne, p. 71-74, et Dr. L. Marchand, p. 83-107. — 157 - les éléments y sont déjà, mais attendent un arrangement définitif. M. Cornu n'a pu que mettre en train une œuvre aussi immense, qui réclamerait une chaire spéciale et des aides particuliers pour être menée à bonne fin. M. Bâillon. — Puisque les cryptogamistes émérites qui assistent à cette séance, ne veulent pas prendre la parole sur cette question, je me résigne à l'examiner à un tout autre point de vue. Je déclare cependant être, sur le fond même de la question, de l'avis des honorables préopinants. L'abandon dans lequel se trouve l'enseignement élémentaire de la cryp- togaraie, est une afl'aire d'habitude, de routine. Jusqu'à présent, nous avons été presque complètement privés de l'enseignement, à tous les degrés, de cette partie de la botanique. La crjptogamie est placée non seulement à un rang secondaire, mais surtout à un rang inférieur. On a supposé que, lorsque les élèves de tous les genres et degrés d'école seraient suffisamment familiarisés avec l'étude de toutes les autres bran- ches de la botanique, alors seulement il serait bon de les initier à l'ensei- gnement de la cryptogamie. C'est une manière de voir analogue à celle qui veut que, dans beaucoup d'écoles, on commence l'étude des sciences naturelles par la zoologie, puis qu'on continue par la botanique, et que la géologie ne vienne qu'en dernier lieu. Bien des enseignements ont déjà réagi contre cette coutume. Mais on a beaucoup moins renoncé à faire précéder l'étude de la cryptogamie par celle de la phanérogamie. On peut cependant dire que c'est le système contraire qui devrait être suivi, si l'on considère comme logique d'aller, dans les études botaniques, du simple au composé. Quand il s'agit de l'enfance, par exemple, il est plus simple de com- mencer par l'étude des cryptogames, à la condition qu'il sera fait un choix judicieux des objets à étudier. Or, le choix est d'autant plus facile que les matériaux d'étude sont plus multipliés. On a même l'avantage de les posséder dans presque toutes les saisons, et surtout à des époques de l'année où les matériaux phanérogames font généralement défaut. L'emploi du microscope est évidemment une des difficultés qui ont fait remettre à une époque avancée des études, l'examen des cryptogames. Mais il y a un grand nombre de ces végétaux qui n'ont pas besoin, pour être étudiés d'une façon sommaire, des grossissements considérables auxquels on suppose qu'il faudrait constamment avoir recours. On pourrait en dire autant de l'étude de la cryptogamie dans l'enseigne- ment secondaire ou moyen. Si l'on donnait aux élèves de nos lycées l'habitude et quelque peu le goût de la cryptogamie élémentaire, ils pourraient, dans leurs nombreuses promenades aux environs des villes, observer et récolter un certain nombre d'échantillons des plantes les plus communes. Il m'a paru toujours déplorable que des jeunes gens ne sachent point distinguer une Mousse, un Lichen, une Conferve. Ces végétations — 158 — vertes, qui se montrent à la surface des eaux douces, ne passent que trop souvent pour des mousses d'eau. Les Lichens sont souvent considérés comme des mousses croissant à la surface des arbres, des pierres. Ne serait-il pas facile de récolter ces exemplaires vulgaires de prétendues mousses et le professeur ne devrait-il pas avoir des notions suffisantes de cryptogamie systématique pour donner à ses élèves quelques détermi- nations générales, leur indiquant pourquoi telle plante est ou n'est pas une mousse, un lichen, une algue d'eau douce, etc.? Quant à l'enseignement supérieur, ce qui vient d'être dit est stricte- ment exact. La cryptogamie est demeurée plus théorique que pratique dans cet enseignement. On fait des cours entiers de cryptogamie à l'amphithéâtre. Mais lorsqu'il s'agit de la pratique, les étudiants n'ont souvent d'autre ressource que leur bonne volonté individuelle. Comment en serait-il autrement, alors que les botanistes de profession se trouvent dans la presque impossibilité de travailler fructueusement. Peut-on, par exemple, imaginer rien de plus défectueux que l'organisation nouvelle de notre plus grand herbier, celui du Muséum de Paris? On a séparé complètement l'herbier des cryptogames de celui des phanérogames : ils sont placés dans des rues différentes. Il semble que les cryptogames ne soient plus des plantes, puisqu'on ne peut les voir dans l'herbier classique de l'établissement. Il faut faire, pour les trouver, je ne sais quel trajet auquel presque tout le monde se refuse. Par une singulière contradiction, les Fougères qui, je le sais, sont pour certains botanistes, moins des cryptogames que les autres, sont restées avec l'herbier des phanérogames. Les autres cryptogames, celles qu'on a le plus besoin de consulter pour les déterminations, parce qu'elles sont difficiles à reconnaître dans les livres, se trouvent dans des conditions à peu près inaccessibles. Tous les botanistes qui travaillent et qui font passer l'observation et la pratique avant la théorie, feront donc des vœux pour que tout l'herbier du Muséum de Paris et des établissements analogues, soit rassemblé dans un même local. Je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'on sépare dans deux compartiments contigus la cryptogamie et la phanérogamie. Cette divi- sion est même toute naturelle. Mais je voudrais que le tout fut rapproché dans un même local. Il ne faudrait pas de barrière infranchissable entre les cryptogames et les phanérogames; ces barrières n'existent pas dans la nature. Ce que nous disons de l'enseignement supérieur, concerne aussi les enseignements spéciaux et appliqués comme celui, par exemple, de la botanique médicale. Jusqu'à ces dernières années, dans nos Facultés de médecine, l'enseignement de la cryptogamie était peu en honneur. Il semblait si difficile à aborder, qu'on s'abstenait généralement de l'intro- duire à l'amphitéàtre.On se bornait le plus souvent à quelques généralités théoriques qui n'apprenaient rien et qui servaient tout au plus pour les — 159 — examens. Or, on sait généralement ce que valent ces examens et l'on peut dire que, même dans les Facultés des sciences, ces épreuves ne prouvent pas grand' chose. On est aujourd'hui très disposé à faire des séries de licenciés-ès-sciences naturelles qui se fabriquent à peu de frais et l'on peut dire que bien peu d'entre eux ont des droits au titre de naturaliste. On se borne à leur enseigner des choses trop générales et trop théoriques. J'ai tellement été frappé de cette insuflSsance au point de vue pratique, que j'ai tenté de remédier au mal. S'il est permis de se citer soi-même en pareille occurrence, j'ai voulu que l'enseignement de la crjptogamie médicale fût surtout pratique. J'ai voulu montrer des faits, des objets, présenter des figures exactes là où les objets eux-mêmes pouvaient faire défaut. Avec cette façon de procéder, j'ai vu disparaître l'indifférence habituelle de nos étudiants. Ils ont suivi les leçons avec intérêt; ils ont surtout mordu à toutes les notions prati- ques qui leur étaient offertes; on aurait pu les mener très loin, et sans peine, dans cette voie. Pour ces raisons, et en attendant qu'on fasse mieux et davantage pour l'enseignement de la botanique à tous les degrés, je demande qu'on réserve une plus grande place à la cryptogamie et surtout à la cryptogamie pratique. Il ne faut pas sacrifier les cryptogames aux phanérogames et l'on doit se demander s'il n'est pas préférable de débuter par la cryptogamie dans l'étude de la botanique systématique, j'entends la systématique élémentaire. De là l'utilité d'un vœu qui pour- rait être formulé, s'il est jugé convenable par le Congrès. M. Cornu. — Je ne prends la parole que sur une invitation directe de M. le D'" Bâillon. Comme j'ai été mêlé directement à ce qui s'est passé au Muséum d'histoire naturelle de Paris, on comprendra la réserve qui m'est imposée, surtout aujourd'hui. Quant à l'enseignement de la cryptogamie par le laboratoire c'est, à mon sens, une chose particulièrement utile tant au point de vue de cet enseignement même qu'à celui de l'application des méthodes expéri- mentales. Je crois que c'est par la cryptogamie que les méthodes expéri- mentales de culture s'introduisent le plus aisément. Il est certain que les grands progrès réalisés dans la botanique depuis 25 ou 30 ans sont dûs à des méthodes de culture. Ainsi beaucoup de grandes découvertes relatives à la fécondation, relatives à l'hybridation et à une foule de faits de biologie sont dues à ce qu'on a abandonné l'étude sur les plantes sèches pour s'attacher à l'étude des végétaux vivants et continuant à vivre. Des progrès énormes ont été accomplis en biologie avec les expé- riences de culture. C'est la cryptogamie qui permet de les réaliser le plus facilement. D'abord les cultures sont très simples; elles n'exigent que quelques millimètres carrés de surface. Quoiqu'elles soient si réduites. — 160 — elles ne permettent pas moins d'en déduire des conséquences physiolo- giques du plus haut intérêt. Qu'on s'occupe des cryptogames qui pro- duisent les maladies de l'homme et des animaux, qu'on étudie les. cryptogames qui engendrent les maladies des plantes, il en résulte des faits physiologiques d'une haute importance. La question de l'ensemencement des germes et de la dissémination des spores est résolue par des expériences de cette nature. L'enseignement des laboratoires devrait attirer l'attention sur ce point parce qu'il en découle des conséquences graves pour l'hygiène populaire et la santé générale de l'homme et des animaux. A ce point de vue le laboratoire de la cryptogamie a donc sa raison d'être dans l'enseignement général et même dans l'enseignement très- élémentaire. Ainsi, il serait très bon d'insister, dans les écoles d'horticul- ture, dans les écoles d'enseignement primaire ou secondaire, sur l'action déterminée par tous ces germes qui sont charriés de toutes parts et con- taminent nos aliments, nos fruits, nos légumes, nos plantes cultivées etc. : C'est par l'observation continuée pendant plusieurs jours dans un labora- toire que ces faits peuvent être vérifiés, frapper l'esprit, être admis enfin partout d'une façon complète et faire partie de l'éducation individuelle. Sous ce rapport, la cryptogamie doit exercer une influence profonde sur l'enseignement populaire. En voici quelques exemples très simples : Les fruits, ainsi que l'a démontré M. Brefeld, le premier — et cela est d'une importance considérable dans la vie ordinaire — les fruits qui se gâtent dans l'endroit où on les conserve, dans les fruitiers, montrent généralement comme point de départ de l'altération, une solution de continuité dans l'épiderrae. Suivant le genre de cryptogame qui se déve- loppe autour de cette blessure, l'altération se produit dans un sens ou dans un autre. Mille autres cas pourraient être cités : ainsi les horticulteurs ver- raient qu'en arrosant leurs cultures avec des liquides chargés de certains germes, elles peuvent être mises à mort. Par les eaux pénè- trent un grand nombre de maladies des racines, les anguillules, champi- gnons divers ; en arrosant les semis de fougères avec des eaux qui contiennent des spores de Vancheria, on constate que ces semis sont rapidement entravés par le développement d'un byssus vert ; les pro- thalles ne se forment pas, ou du moins ils ont à soutenir une lutte dans laquelle ils succombent souvent. Si d'autre part, on apporte dans les arrosages des germes de certaines moisissures, il se produit à la surface du semis un réseau de filaments fatal au développement des plantes. Une des maladies les plus redoutables pour les boutures herbacées dans les serres se nomme « la toile ». Elle a causé dans les environs de Paris et à Paris même des dégâts considérables. Elle est constituée par le développement d'un réseau très délicat de Mycélium qui frappe — 161 — de mort toutes ces jeunes boutures, au niveau du sol. Ce champignon n'est pas unique; il y a, à mon sens, d'après quelques observations, plusieurs champignons qui produisent les mêmes effets. Ces effets sont si désastreux qu'on a vu chez nous des horticulteurs obligés de céder la place, de fuii' devant cet ennemi, et d'abandonner le siège de leur exploitation. Si les horticulteurs savaient combien certains parasites invisibles à l'oeil nu sont dangereux et comment les germes en arrivent dans leurs cultures, ou bien s'ils avaient des indications qui leur permettraient d'en concevoir l'importance, ils pourraient retirer de cette connaissance le plus grand profit et probablement ils arriveraient .à arrêter la marche de plus d'une maladie qu'on ne sait pas encore enrayer. Je cite ces exemples pratiques pour montrer que des choses très simples peuvent avoir des conséquences considérables. Une chaire de cryptogamie n'exige qu'une installation très restreinte, en dehors des livres et des collections qui lui sont nécessaires. On peut, avec un certain nombre de cloches et de bocaux, dans une petite salle, avec une serre étroite, poursuivre des recherches pendant des années et se trouver dans des conditions très favorables. On a, d'une part, le grand attrait des études; d'autre part, la modicité des installations. Pas n'est besoin de coûteux appareils, de grands espaces, de sujets d'études dispendieux, difficiles à entretenir. Pour les cultures, les germes de ces cryptogames se trouvent dans la campagne. On les y récolte aisément. Les échanges entre botanistes sont faciles; dans un millimètre cube, il peut y avoir des millions de ces germes. On se trouve donc dans des conditions véri- tablement peu dispendieuses pour entreprendre des études de cet ordre : elles ont en outre un intérêt considérable. On sait le nombre de questions actuelles qui rentrent dans l'examen des végétaux inférieurs; depuis des siècles, il n'y a pas eu de sujets plus intéressants que ceux qui sont à l'ordre du jour et qui rentrent dans les études de la cryptogamie. Les végétaux inférieurs se rattachent à tout ce qui nous entoure et interviennent sans cesse autour de nous; aussi la cryptogamie doit-elle entrer pour une part notable dans l'enseignement primaire, moyen, supérieur et particulièrement dans l'enseignement agricole et horticole. M. Magnus. — Je ne m'occuperai que des développements à donner à l'enseignement de la cryptogamie dans les universités. J'ai également donné des leçons de cryptogamie. Mon expérience me porte à croire qu'on doit surtout réserver pour l'université les démon- strations et les méthodes d'investigation, comme M. Cornu vient de le dire. Il est dangereux de s'attarder aux singularités nombreuses que l'étudiant apprendra à mieux connaître dans les livres spéciaux quand il sera à même de les comprendre. Les démonstrations et les méthodes doivent surtout occuper les étudiants dans les universités. Il ) — 162 — M. le Président. — Nous devons tirer une conclusion de ce débat. Je crois que tous les orateurs désirent que l'enseignement de la cryptogaraie soit plus développé qu'il ne l'est actuellement et qu'on l'introduise même dans les écoles d'horticulture, comme dans les écoles primaires et secondaires où il ne figure pas encore. (Adhésion). M. Planchon. — Nous sommes tous d'accord là-dessus. J'avais exprimé un vœu spécial. Comme je vois qu'il n'est pas appuyé par M. le professeur du Muséum de Paris, je n'insiste pas. Je n'ai pas méconnu l'importance des méthodes de culture, non plus que l'importance delà partie biologique des champignons. Je reconnais que ce sont des questions d'ordre général, des questions d'hygiène qui dominent tout. Seulement je croyais qu'on pouvait se placer au point de vue pratique, de la pratique courante, sur- tout pour les champignons et que l'on avait intérêt à posséder un enseignement systématique sur ces organismes. Toutle monde est d'accord que l'enseignement systématique de la cryptogamie a son importance, ne fût-ce que pour démêler les états divers de ces êtres polymorphes. Avec des connaissances générales d'évolution on y arrive bien vite. Je n'insiste pas, dis-je, parce qu'il me semblait que je devais être surtout appuyé par le professeur de culture. M. Cornu. — Il me semble, M. le Président, qu'on pourrait formuler le vœu du Congrès en résumant ce qui a été dit par les différents orateurs. Ce vœu comprendrait deux parties : la première constaterait les bons effets de l'enseignement et de la méthode tirés des végétaux inférieurs à tous les degrés ; la deuxième consisterait à émettre le désir que l'en- seignement de la cryptogamie fût particulièrement fondé sur des exemples. Je crois qu'on pourrait adopter la rédaction suivante : « La cryptogamie, qui a une importance très grande, doit être introduite dans l'enseignement primaire et secondaire. Pour l'enseignement supé- rieur il serait désirable d'établir des chaires spéciales. Cet enseignement de la cryptogamie, à tous les degrés, doit être basé sur des démonstrations faites avec des plantes vivantes et des cultures. » M. Bâillon. — Il me semble que nous n'avons pas à insister sur les moyens d'application. Si nous demandons que l'enseignement de la cryp- togamie soit favorisé à tous les degrés, cette rédaction me paraît suflS- sante. Quant aux moyens d'exécution, qui sont des points de détail, je ne crois pas aisé de les formuler dans un vœu. M. Cornu. — Il serait désirable de voir introduire ce vœu. M. Bâillon. — On pourrait le faire au point de vue pratique. « Quel « est le développement à donner à l'enseignement de la cryptogamie aux « différents degrés de l'instruction ? » Après avoir formulé ce vœu on pourrait ajouter : « en insistant sur les moyens pratiques. » — 163 — M. Ch. De Bosschere. — < Je désire savoir ce qu'on eutend par les développements à donner à l'enseignement de .la crjptogaraie, par exemple, à l'école primaire. Quelle partie de la crjptogamie convien- drait-il d y enseigner? M. Planclion. — Vous ne pouvez, dans l'instruction primaire, songer à parler beaucoup de détails anatomiques. L'esprit de l'enfant n'est pas apte à recevoir ces notions. Mais avec quelques règles très simples, on parvient aisément à montrer la difterence qui existe entre une mousse, un lichen et une algue. Il faut s'en tenir aux généralités pour être pratique, surtout dans l'école primaire. M. Cornu. — Il serait très désirable de faire entrer à l'école primaire certaines notions indispensables et de faire connaître aux commençants des groupes qui constituent autour de nous la moitié peut-être du règne végétal (algues, champignons, mousses). J'ai en vue aussi les phénomènes les plus importants de la fermentation et de la décomposition, par exemple,- des aliments, la fermentation du pain, du fromage, etc. Une foule d'opérations diverses sont fondées sur le développement des végé- taux inférieurs; toute l'hygiène repose là-dessus. C'est une question fondamentale et rien qu'à ce titre la cryptogamie mériterait d'obtenir une part considérable dans l'enseignement. Beaucoup de gens du peuple s'imaginent que les soins de propreté du corps sont des choses unique- ment réservées aux riches. Cette erreur est fondamentale. Toutes les classes de la société sont directement et réciproquement intéressées aux questions d'hygiène et solidaires entre elles. Quand les habita- tions d'une ville ou d'un village, sont mal soignées, quand des foyers d'infection y existent ou s'y déclarent, toute la population en souffre. Rien qu'au point de vue de l'hygiène, la cryptogamie mériterait d'être enseignée. De même pour les aliments; il est bon d'étudier leurs modifications et leurs altérations par l'influence de certains organismes; il est nécessaire de faire connaître dans l'enseignement primaire des végétaux qui, comme je le disais tout à l'heure, forment la moitié du règne végétal. Un sol stérile est couvert d'un nombre énorme de végétaux inférieurs ; une terre où l'on ne voit pas un brin d'herbe est entièrement occupée par des cryptogames. On voit ces populations végétales se renouveler sur des espaces énormes, sur des kilomètres carrés de superficie. Il est regrettable que dans l'enseignement élémentaire on ne dise pas un mot de ces végétaux. On ne parle jamais des phénomènes employés couramment dans la vie usuelle, dans l'industrie (fermentation, etc.) et qui sont dûs aux végétaux inférieurs. Cependant on pourrait apprendre aux enfants, comme l'a dit M. Bâillon, par des explications fort simples, à distinguer les mousses, les lichens et les algues. N'est-il pas regrettable que, non — 164 — seulement les gens illettrés, mais même des gens du monde, ignorent ce que sont ces plantes répandues en si grandes quantités sur toute la surface du globe. M. Ch. De Bosschere. — J'appelle votre attention sur le rapport de M. Marchand qui traite de l'enseignement de la cryptogamie aux diffé- rents degrés; il examine l'enseignement primaire, secondaire et supé- rieur. L'exposé que vient de faire M. Cornu complétera ce que M. Mar- chand a dit dans son rapport. M. Bâillon. — Voici les conclusions du rapport de M. Ardissone. Le texte de la quatrième question est très-net. En remplaçant les mots « écoles de pharmacie, » par ceux-ci « écoles à tous les degrés » et en substituant au mot « micrologie » celui de « cryptogamie » , on aurait une solution très satisfaisante de la question. Le vœu serait, dès lors, ainsi formulé : « Que dans les écoles à tous les degrés et dans les écoles d'application « des ingénieurs, l'enseignement de la botanique soit organisé de telle « façon que la cryptogamie y ait la part qui lui revient au point de vue « de son importance pratique. » M. Cornu. — J'insiste pour que l'enseignement de la cryptogamie soit basé principalement sur des dé-monstrations pratiques et des méthodes de culture. M. Lefèvre. — J'ai été fort heureux d'entendre MM. les professeurs des Facultés de médecine et M. le professeur du Muséum de Paris. S'ils consentaient à rédiger un petit programme élémentaire, comprenant une ou deux pages, sur cette question de l'enseignement de la cryptogamie, je leur offrirais une publicité très grande : celle de nombreux journaux et publications et celle du bulletin de la Ligue française de l'enseigne- ment, c'est à dire, une réclame tirée à plus de cent mille exemplaires. Je suis sûr à l'avance que la question traitée à un point de vue pratique ferait ainsi un très grand pas. M. le Président. — L'idée est très bonne. Pour la réaliser je propose de nom.mer un petit comité dont feraient partie MM. Bâillon, C6rnu et Planchon. Ils rédigeraient le programme sommaire demandé par M. Lefèvre [Adhésion). M. Ch. De Bosschere. Ne vaudrait-il pas mieux s'adresser à un plus grand nombre de spécialistes afin que l'idée put s'étendre à plus d'un pays? M. Planchon. — Quand on est trop nombreux et de pays différents on ne s'entend pas. — 165 — M. Bâillon. — Le principe a été admis; on s'adressera, pour les points de détail, aux gens compétents de chaque pays. M. Léfèvre. — On pourrait également extraire les points les plus saillants du remarquable travail de M. Marchand. Les subdivisions de son travail sont admirablement faites. M. le Président. — Nous laisserons le comité, qui vient d'être nommé, libre d'agir comme il le jugera convenable. (Adhésion). M. De Bosschere. — .Je prie M. Bâillon de bien vouloir formuler nettement le vœu qu'il soumet au Congrès. M. Bâillon. — Je propose de dire : « Le Congrès exprime le vœu que, « dans les écoles à tous les degrés — j'y comprends les écoles d'horticul- « ture, — l'enseignement de la botanique soit organisé de telle façon que « la cryptogamie y ait la part qui lui revient au point de vue de son « importance. » M. Cornu. — Nous pourrions ajouter : « il importe que cet enseigne- « ment soit fondé principalement sur des démonstrations pratiques et « des expériences de culture. » Je ne crois pas qu'on puisse appeler autrement qu'une culture la fermentation du vin, la modification si spéciale du moût de raisin et de bière. Il en est de même de la fermentation butyrique qui se fait sur une large échelle, dans des conditions différentes, quand on laisse pourrir des végétatix ou que l'on fabrique du fromage. On pourrait citer une foule d'expériences de tous les genres. D'autre part, il est facile de donner un exemple d'une démonstration pratique : blessez un fruit et déposez-y le germe de la décomposition. C'est une culture. Le nom parait pompeux mais la chose est simple. M. Magnus. — Je voudrais bien préciser, comme M. Bâillon, que dans les écoles supérieures, dans les universités, on doit prendre en premier lieu des méthodes de culture, de recherche et de démonstra- tion. Comme je l'ai déjà dit, il importe que les étudiants ne s'arrêtent pas aux singularités dont l'explication se trouve dans les livres spéciaux. M. Cornu. — Il me semble que M. Magnus insiste sur ce fait: l'on devrait dans les universités, enseigner les méthodes de recherche d'une façon générale plutôt que de développer des cas particuliers. M. Fischer de Waldheim. — Je donne aux étudiants-naturalistes, à l'université de Varsovie, un cours de cryptogamie spécial de deux ans. Pendant ce temps les étudiants sont obligés de s'initier aux parties de la science dont je fais la démonstration dans le laboratoire ; je leur montre également les méthodes de culture. Ce mode d'enseignement donne de bons résultats. Donc j'approuve complètement ce que vient de dire M. Magnus. — 166 — M. Planchon. — Il faudrait restreindre le vœu aux termes posés par MM. Bâillon et Cornu. Le reste est une affaire de détail. Du reste, les observations de M. Magnus seront consignées au procès- verbal. M. Ch. De Bosschere. — 11 est fort diâScile de formuler ces vœux d'une manière exacte séance tenante. Tout ce qui a été dit dans les diffé- rentes séances du Congrès vous sera transmis. Vous serez invités à revoir vos discours et à corriger les erreurs que la sténographie pourrait y glisser. De cette façon tout le monde aura pleine et entière satisfaction. M. Magnus. — Encore un mot sur cette question de la cryptogamie. En Allemagne on considère comme une chose très importante de donner, dans les écoles d'agriculture et d'horticulture, des notions générales sur la nature des champignons parasites, qui produisent les maladies des plantes cultivées et il faut s'y resteindre. Cette méthode a produit les meilleurs résultats (1). M. Planchon. — Nous sommes d'accord sur l'importance capitale de l'étude des maladies parasitaires des plantes. Il n'y a donc plus qu'à appuyer le vœu que dans les écoles d'agriculture et d'horticulture, on s'occupe de la cvyptogamie, surtout de l'étude des champignons. On pourrait y joindre les galles et autres excroissances produites par les insectes. M. E. Laurent. — Comme conclusion de ce débat, j'ai l'honneur de proposer au Congrès la rédaction suivante : Le Congrès émet les vœux : « l" qu'il soit créé un cours de pathologie végétale dans les diverses « écoles d'horticulture et d'agriculture et que ce cours ait un but essen- « tiellement pratique ; « 2» que ce cours soit appuyé par des expériences de culture. » M. Planchon. — Ce que propose M. Laurent se pratique à Montpellier et donne de bons résultats. M. Cornu. — Je proposerai de restreindre l'énoncé du vœu de M. le professeur Laurent pour lui donner plus de généralité. Au lieu de demander que des recherches personnelles soient faites, je deman- derai que des expériences soient faites. Il y a une chose qui a été contestée pendant longtemps, qui l'est encore quelquefois dans certains pays, par exemple en Angleterre : le transport de la rouille de l'épine-vinette sur le blé; l'effet nuisible du (1) Voir aux « Rapports prfliminaires » les notices de MM. AuG. Lameere, p. 42-45, et É. Laurent, p. 234-23G. " — 167 — Berberis sur les céréales. On fait à cet égard des expériences très simples et qui réussissent aisément. On laisse en contact pendant quelques jours un poirier avec un genévrier sabine atteint par le Podisoma Juniper i sabinae. Le poirier est bientôt contaminé. Ces expériences éclaireraient les praticiens et permettraient aux agri- culteurs et aux horticulteurs de se débarasser de certaines causes de maladies. J'appuie donc de toutes mes forces le vœu de M. Laurent en restrei- gnant son énoncé. M. Laurent. — Je me rallie à l'opinion de M. Cornu. M. Ch. De Bosschere. — Dans le rapport de M. Lameere sur la même question, je trouve à la page 4 un passage sur lequel je désire consulter l'assemblée. Il est ainsi conçu : a Mais il ne faudrait négliger aucun soin pour leur donner (aux jardi- niers) une connaissance complète des quelques parasites qui se rencon- trent le plus fréquemment et dont les autres pourraient être rapprochés par une similitude dans la manière de vivre, les dégâts commis et les remèdes à employer contre eux. Et il ne serait point nécessaire à cet effet de beaucoup charger les programmes actuels : les détails relatifs aux parasites végétaux prendraient naturellement place dans le cours de botanique, et une dizaine de leçons d'entomologie sufSraient pour expliquer ce que c'est que l'insecte, comment il vit et se transforme, quels sont les ravages causés par les plus redoutables, et quels moyens l'on a de s'en préserver. « Si je ne craignais de sortir du cadre tracé, j'insisterais encore sur la nécessité de ne pas limiter cet enseignement aux écoles d'horticulture et d'agriculture : il devrait s'infiltrer peic-à-peu dans le peuple par V école primaire^ où r histoire des principaux} parasites figurerait sur des tableaux pendus aux murs de la classe. Le campagnard apprendrait ainsi à faire connaissance avec les ennemis qui lui rongent ses récoltes, et sa vigi- lance serait éveillée : il faut bien reconnaître en effet que les cultiva- teurs éprouvent journellement des dommages à leur "insu et qu'il est malheureusement trop tard souvent quand ils s'aperçoivent de l'exis- tence du fléau. Je ne serais pas étonné que le même fait se produisit pour le Phylloxéra inconnu de presque tout le monde, et trop bien organisé pour que ses ravages ne s'étendent pas jusque chez nous: l'on signalera probablement sa présence lorsqu'il aura, depuis longtemps, pris possession du pays. (I Trop de millions sont annuellement employés à couvrir d'écaillés les aîles des papillons ou à polir la cuirasse des coléoptères pour que nous ne fassions pas les eflfbrts nécessaires à les détourner de cette destination : puisse le vœu que le Congrès émettra sans doute en ce sens, ouvrir les — 168 — yeux à ceux qui ont entre les mains les destinées de l'agriculture et de l'industrie horticole ». Un troisième vœu serait donc conçu comme suit : « 3^ (Le Congrès émet le vœu) que des notions sur les parasites des végé- taux de grande culture soient répandues dans les campagnes par l'inter- médiaire de l'enseignement primaire et de conférences populaires. » M. Bâillon. — C'est extrêmement sensé. M. De Bosschere. — Nous pourrions accepter cette proposition comme 3°"^ vœu, M. Cornu. — • Elle rentre dans le vœu de la 4'"*' section. M. E. Laurent. — H y a, encore un moyen de répandre en Belgique la connaissance des parasites des végétaux. L'enseignement horticole belge comprend non seulement des écoles d'horticulture mais aussi des conférences populaires. On n'y parle jamais de pathologie végétale. On pourrait résumer le vœu de M. Lameere et le mien dans cette rédaction unique : « il serait à désirer qu'on répandît dans les campagnes, par le moyen des écoles primaires et des cours populaires, la connaissance des parasites des végétaux. » M. Krelage. — Le dernier vœu exprimé sur cette question me paraît si important que je propose de l'élargir encore et d'y comprendre les Sociétés d'horticulture. La Société d'horticulture de Haarlem dite : Alge- meene vereeniging voor lloemhollen-cultmtr (Société générale pour la culture des plantes bulbeuses et tuberculeuses), a consacré, durant les trois dernières années, une partie de ses fonds à des recherches sur les maladies des plantes bulbeuses. Les maladies des Jacinthes principalement ont donné lieu à ces études. Ces travaux sont terminés et ont été formulés dans deux rapports des plus intéressants. Les autres recherches n'ont pas encore eu une solution si positive. Aussi les continue-t-on dans la mesure du possible. Par les soins de notre Société, une monographie sur les Narcisses a été publiée également. Au début, les cultivateurs ne se sont pas montrés très favorables à nos recherches parce que le but ne leur en était pas connu. Mais plus tard, lorsque mon ami, M. le professeur Hugo de Vries, d'Amsterdam, eût expliqué dans une assemblée de tous les membres de la Société, la grande importance des recherches sur les maladies des plantes bulbeuses, nous avons obtenu qu'on mît un crédit illimité à la disposition de la direction pour des recherches spéciales. Je crois que ce que nous avons fait en cette circonstance pourrait être imité ailleurs. Quand des maladies éclatent parmi certaines plantes, il serait à désirer que les Sociétés qui ont des fonds chargeassent un homme compétent, un botaniste, de se livrer à des investigations sérieuses. Je me réfère finalement à une note — 160 — que j'ai offerte au Congrès en réponse de la question III paragr. IV et qui a été accompagnée des divers travaux de notre Société. Ces brochures sont à la disposition de l'assemblée. M. Cornu. — J'appuie de toutes mes forces ce que vient de dire M. Krélage. Je demande la permission de citer un fait semblable qui s'est produit à Paris. Un groupe de onze maraîchers, dont M. Curé, conseiller municipal à Paris est le président, a proposé un prix de 10,000 francs pour celui qui trouverait le moyen de débarrasser les laitues d'une maladie qui les décimait. Il serait bon d'offrir des prix aux personnes qui s'occupe- raient de monographies spéciales sur les maladies des végétaux. M. Krélage. — De semblables recherches sont organisées en ce moment en Hollande par des sociétés particulières. Ainsi, la fabrique d'alcool, à Delft, qui est une grande association industrielle, a engagé le docteur M. W. Beyerinck, qui était à l'Institut agricole de l'État à Wageningen; elle lui a construit un laboratoire spécial. M. Beyerinck a fait un voyage pour étudier de pareils laboratoires afin de pouvoir faire construire celui de Delft d'après ses idées. Tout en travaillant pour cette association industrielle, il ne lui est pas interdit de publier d'autres travaux scientifiques. A mon avis, la méthode la plus sûre est, non pas d'offrir des prix considérables, mais d'inviter les personnes compétentes à s'occuper exclusivement des questions sur lesquelles on désire être éclairé. Offrir un prix est quelque chose de vague. On se livre à des tentatives et on n'obtient pas le prix. Un temps précieux est ainsi perdu. Quand des personnes compétentes se livrent à de semblables recherches, elles obtiennent toujours des résultats utiles, lors même qu'elles n'arrivent pas au but qu'on leur assigne. M. Fischer de Waldheim. — H y a quelques années, nos grandes plantations de choux en Russie ont beaucoup souffert d'une maladie qui n'était pas bien connue. Une Société horticole russe a offert un prix de 1000 roubles à celui qui ferait des recherches sur cette maladie et fournirait le moyen de s'en débarrasser. Ce prix a attiré l'attention des botanistes. Grâce aux recherches de M. Woronin nous savons maintenant que cette maladie des choux (maladie digitoire ou hernie) est produite par un organisme des plus simples — • le Plasmodiophora brassicae. En même temps on a pu proposer des moyens pour combattre la maladie. Il est évident que de pareilles mesures, sortant du sein des Sociétés horticoles, doivent donner d'excellents résultats. M. Planchon. — On pourrait peut-être ajouter au vœu un paragraphe portant que les Sociétés d'horticulture ou autres, intéressées dans ces questions, sont invitées à proposer des prix pour l'étude des maladies parasitaires des végétaux. [Adhésion.) — 170 — M. L. Radlkofer. — ^ur V a'ppUcation de la méthode anaiomique aux Myrsinées et sur les moyens d'appliquer cette méthode. Messieurs, après avoir établi dans mes études sur les Sapindacées la méthode 'anatoraique et après avoir obtenu des résultats bien favorables dans ma monographie des Serjania, j'ai conçu le projet d'appliquer cette méthode à d'autres familles et de lui donner une application plus générale. C'est ce que j'ai développé dans un discours intitulé : « Uber die Methoden in der hotaniscJien System,atik, inlesondere die anatomische Méthode » , publié par l'Académie des sciences de Munich en 1883. Je le dépose sur le bureau de M. le Président du Congrès. En dehors de mes travaux, j'ai engagé mes élèves de l'Université de Munich, les uns à étudier certaines familles au point de vue anatomique, l'es autres à rechercher dans les différentes familles, la constance de certains caractères anatoraiques, pour en déterminer la valeur systé- matique. Un de ces travaux fait par deux de mes élèves, MM. Boiiorny et Blenk, concerne les ponctuations transparentes communes aux feuilles de diverses plantes et qui constituent un moyen facile de distinguer certains groupes. Tel est le^cas de la famille des Myrsinées et particu- lièrement du genre Myrsine dont les ponctuations sont dues à des sortes de glandes internes, ou, pour dire plus exactement, à des lacunes remplies de résine. Il était étonnant de voir quelques espèces paraître dépourvues de ces glandes; c'était particulièrement le cas de trois plantes de l'herbier de Munich, étiquetées sous les noms de Myrsine mitis Spring., Myrsine margi7iala Hook. et Cyiianthus fuscus Mart. L'étude du bois de ces mêmes plantes, faite par un autre de mes élèves, M. Solereder à l'occasion d'une recherche sur la valeur systématique des tissus ligneux, a fait soupçonner, pour deux de ces plantes, que ce n'étaient pas des Myrsinées. C'était le M. mitis et le M. marginata. Pour le Cybianthus, cette observation n'était pas applicable et un examen plus approfondi m'a montré que l'indication de M. Bokorny sur l'absence des glandes était simplement une erreur. Elles existent, mais sont plus difficiles à observer que dans les autres Myrsinées. Voici ce qu'une investigation plus exacte m'a démontré pour les deux Myrsine : 1° le M. marginata étudié en même temps sur un petit fragment de la plante originale reçu de M. le D' Olivier, m'a montré le caractère des Sapotacées et doit être nommé Chrysophyllum marginatum; 2° le M. mitis montrait les caractères d'une Ilicinée. C'est la plante décrite par M. Sonder sous le nom (VIlex capensis avec le synonyme de Sideroxylon mite Jacq. M. Sonder n'a pas précisé si cette plante est identique au Sideroxylon mite L., ou si la plante de Linné est la même que le Sideroxylon melanophlœum L. Cette question avait un intérêt spécial, car dans le premier cas la plante aurait dû s'appeler Ilex mitis d'après les lois de la nomenclature botanique de M. Alph. De Candolle. — 171 — Il y a quelques mois, j'ai demandé des renseignements sur les spéci- mens de ces mêmes plantes renfermés dans l'herbier de Linné; je n'ai pu me renseigner suffisamment malgré l'obligeance de M. Jackson. Dans l'herbier de Linné se trouvent deux exemplaires (bien incomplets) sous le nom de S. melanophlœum, mais aucune plante ne porte le nom de S. mile. Cela résulte de ce que Linné n'a pas distingué suffisamment ces deux plantes auxquelles il a attribué comme synonyme la même phrase de Commelyn. Je me suis persuadé, par les communications de M. Jackson, qu'il serait trop long d'exposer ici, que l'un de ces deux spécimens n'est pas véritablement un Myrsine, mais plutôt identique à VIlex capensis Sonder. Comme je me rends sous peu en Angleterre, j'espère par l'examen anatomique, pouvoir démontrer l'exactitude de cette con- clusion. Il serait difficile à un botaniste, qui n'est pas familiarisé avec la méthode anatomique, d'arriver au résultat indiqué avec des matériaux incomplets. Je tiens à attirer spécialement sur ce point l'attention des membres du Congrès. Les exemples de difficultés telles que celles que je viens de citer sont fréquents. Aussi serait-il nécessaire de voir disparaître les nombreux obstacles qui s'opposent au perfectionnement de la botanique systéma- tique. C'est ce que j'ai indiqué dans mon discours dont je viens de vous parler. Il peut se résumer en deux mots : Organisation du travail et distribution des matériaux en rapport avec cette organisation. Il existe en Europe une douzaine de (.-entres botaniques importants, entre lesquels il conviendrait de répartir le travail d'une étude complète définitive des espèces végétales. Chaque centre recevrait un groupe déter- miné pour lequel il disposerait de tous les matériaux dispersés dans les diverses collections. Je prends un exemple. Supposons que Bruxelles soit destiné à s'occuper des Thalamiflores. Tout ce que les grands herbiers de l'Europe possèdent sur ce groupe serait confié à la direction du Jardin Botanique de Bruxelles, qui s'engagerait à accomplir le travail de revi- sion. Les spécimens-types seraient conservés indéfiniment à Bruxelles, sans toutefois aliéner la propriété qui resterait celle des herbiers ayant fait le prêt. Quant aux doubles ils seraient restitués. Par cette combinaison, on pourrait faire une étude complète des Thalamiflores tant au point de vue de la morphologie externe que de l'anatomie. Je n'espère pas que cette idée soit réalisée d'ici à bref délai, mais je la soumets au Congrès dans l'espoir qu'elle fera son chemin et que lors d'une prochaine réunion de botanistes, elle puisse être discutée. Je souhaite que dans le cas oii cette hypothèse se réalise, une commission interna- tionale, formée des directeurs des jardins botaniques intéressés, soit — 172 — chargée de prendre les mesures nécessaires pour la mettre en pratique(l). M. Wittmack. — Nous devons être fort obligés à M. Radlkofer de nous avoir présenté ce travail. Tous les botanistes, tous les spécialistes savent combien il est difficile de réunir des matériaux semblables. Espérons que ce vœu se réalisera plus tard s'il ne doit pas recevoir une application immédiate. Malheureusement le grand album de Kew ne communique pas ses plantes. Tant que ces communications ne seront pas la règle, nous ne parviendrons pas à notre but. Toutefois le Congrès ferait chose sage de se rallier au vœu de M. Radlkofer. M. Planchon. — Je crois qu'il faudra, dans la proposition de M. Radlkofer, prendre ce qu'elle a de pratique. Nous trouvons son vœu réalisé à peu près dans la mesure du possible, grâce à l'habitude que M. de Candolle a prise, en vue de son grand travail pour la continuation de l'œuvre de son père, de faire réunir entre les mains des monographes, les matériaux dispersés dans les différents herbiers. Je dis « des mono- graphes » d'une famille quelquefois vaste, quelquefois étroite. Mais supposer que cette concentration pourra se faire pour des groupes plus étendus, c'est rêver l'impossible. Je ne crois pas que les grands herbiers albums d'Europe se privent, même pour un temps court, de tout un ensemble de plantes. De plus, il ne me parait pas possible de demander aux herbiers de l'Europe le sacrifice de ce qu'on appelle les types. Ce qu'on peut espérer, c'est qu'on distribuera libéralement, de plus en plus, dans de grands centres, les duplicata de ces types. Les grands herbiers le font. Celui de Kew lui-même a suivi cet exemple. Il peut y avoir ainsi des erreurs, il y en aura certainement mais on arrivera de la sorte à avoir des types à peu près partout. Certes, il y a une idée généreuse dans ce projet de concentration de matériaux dans des centres déterminés, mais je crois qu'il faut se borner, pour arriver à un résultat pratique, à des monographies. Pour ma part, je ne crois pas pouvoir appuyer l'idée que des groupes immenses de (1) Revenu d'Angleterre, je peux maintenant ajouter que ma supposition sur ridendité du Sideroxylon mile L. avecVIlex capensis Sonder s'est, bien vérifiée, mais doit être modifiée. Les deux exemplaires du Sideroxylon melanophloeumy (|ue j'ai vus à Londres, représentent en effet une même plante, le Myrsine iiielanophlaea R. Brown ; mais à côté d'eux se trouve aussi le type du Sideroxylon mite L., de l'étiquette duquel le mot " mite n a été découpé par hasard. Cette plante est tout-à-fait la même que le Myrsine mitis Spreng et VIlex capensis Sonder. Comme je l'ai indiqué ci-dessus et comme je l'ai exposé au « Meeting of the Britisli Association l'or the Advencement of Science at Aherdeen «, le 14 septembre 1885, elle doit donc s'appeler Ilex mitis. Munich le 23 novembre 1885. L. Radlkofkr. (Note ajontife pendant f impression). — 173 — . plantes soient centralisés sur un seul point, au risque d'en priver ailleurs les travailleurs pendant tout un temps. On pourrait seulement émettre le vœu que les échanges de plantes entre les divers herbiers s'étendent de plus en plus, de manière à favoriser les recherches des monographes. Dans ces limites-là, j'appuierai le vœu ; pour le surplus on vise un idéal qu'on n'a pas d'espoir sérieux de réaliser. M. Krélage. — Sans vouloir entrer dans la question qui me paraît élucidée, je voudrais attirer votre attention sur un autre point. Nous autres horticulteurs, nous avons un grand respect pour les Jardins bota- niques. Nous tâchons d'en tirer profit, mais ces jardins pourraient être encore d'une utilité plus importante pour l'horticulture. En général, ces jardins possèdent des collections de plantes de différents genres. Ne serait- il pas possible d'établir dans chaque Jardin botanique, à côté de ces collections générales, une collection spéciale d'une certaine famille ou d'un certain genre, dont on garderait toujours une collection aussi com- plète que possible? Toutes les cultures qui font l'objet de nos études pourraient se trouver ainsi réunies dans les divers Jardins botaniques. Les horticulteurs éprouvent de grandes diflScultés à garder toujours dans leurs collections toutes les plantes possibles . Ils ont aussi à tenir compte de la mode qui se jette tantôt sur un végé- tal et tantôt sur un autre. Si on pouvait parvenir à conserver tous les types du règne végétal dans les divers Jardins botaniques qui s'appli- queraient à cultiver chacun une certaine famille restreinte, on rendrait service, non seulement à l'horticulture, mais aussi à la science, qui se procurerait aisément tous les individus nécessaires aux études. Cette question est des plus importantes parce que dans les lieux natals, par diverses raisons, les plantes indigènes deviennent souvent rares et risquent de se perdre. On pourrait de cette façon tâcher de les garder en état vivant dans les cultures. Les Jardins botaniques qui ont de grandes ressources à leur disposi- tion s'occuperaient des familles plus importantes et dont l'entretien est coûteux. Les autres pourraient s'occuper d'une famille ou d'un genre de plantes vivaces dont l'entretien est relativement peu coûteux. Il n'y a pas un seul Jardin botanique, même avec les ressources les plus res- treintes, qui ne pourrait pas donner son apport à cette œuvre utile. {Applaudissements.) M. Bâillon. — La question que vient de soulever M. Krélage est particulière aux plantes cultivées. Quant à ce qui concerne les collec- tions d'herbiers, je ne crois pas qu'aucun Congrès puisse réaliser la généreuse conception de mon ami M. Radlkofer. Les règlements d'une foule de grands albums s'opposent absolument à la distribution des plantes. Si vous insistiez pour qu'ils fussent violés, on vous enverrait — 174 — promener, permettez-moi cette expression vulgaire. Nous pouvons émettre un vœu, c'est que les grands herbiers communiquent les types d'une même famille à celui qui s'occupe d'une monographie, même qu'on lui en donne les doubles. Le Congrès pourrait adresser une circulaire dans ce sens à tous les directeurs d'albums pour les engager à se départir, dans l'intérêt général, de la règle qu'ils se sont imposée ou qu'ils ont acceptée. Nous ne pouvons exercer ici qu'une influence morale. M. Radlkofer. — Toutes les objections que l'on élève contre mon idée ne sont pas si graves que les inconvénients subis par la science avec la pratique existante. Je n'ai voulu qu'émettre mon idée. J'espère qu'elle fera son chemin. M. le Président. — Je pense que la proposition de M. Radlkofer et celle de M. Krélage seront appuyées par la section. {Adhésio7i). M.. Triana. — Publication des de&sins de lotanique de Mwtis. Messieurs, en parcourant la belle exposition d'horticulture organisée par les soins de la Société royale d'agriculture et d'horticulture d'Anvers, qui vient d'être inaugurée, je me suis cru transporté soudaine- ment dans une forêt tropicale. .Je dirai mieux, dans une forêt de la Colombie, car malgré que cela puisse étonner plusieurs personnes, une grande partie des plantes qui donnent tant d'éclat à l'exposition sont originaires de mon pays. J'ai donc éprouvé une véritable satisfaction en voyant autour de moi, dans l'exposition, ce choix remarquable de végétaux que j'avais jadis contemplés avec enthousiasme au début de ma carrière. Comme d'anciennes connaissances qu'on retrouve au bout de longues années, je les ai saluées de mon regard attentif, ravi de les revoir jeunes et luxuriantes, pleines de fraîcheur et plutôt rehaussées d'une beauté nouvelle que leur ont donné les soins d'une culture intelligente, loin de leur pays natal. Inutile d'insister sur l'impression que j'ai éprouvée à la vue de cet ensemble de plantes artistiquement groupées, remarquables à différents titres, surtout quand c'est moi-même, j'ose le dire sans vouloir me flatter, qui ai fait connaître le premier ici, dans ce pays, plusieurs de ces belles conquêtes de l'horticulture ornementale. Doux souvenir de jeunesse qui me rattache involontairement à la Belgique. Je les ai vues sous la voûte verdoyante, tiède et embaumée des hautes forêts vierges, grimpant et escaladant les arbres séculaires, ces Gdontofflossum, ces Oncidium, ces Epidendrum, ces Cattleya, ces Anguloa, ces Masdevallia, ces ISlanliopea, ces (xongora, etc. etc. qui entrelacent leurs guirlandes ou confondent leurs fleurs singulières et capricieuses. Sur les troncs robustes des arbres ou cachées dans l'inextricable confusion de verdure, je les ai trouvées ces magnifiques Aroïdées, Broméliacées, Marantacées, etc. qui font l'admiration du visiteur, tels que ces Anthîirium, Caladium^ — 175 - Dieffenbachia, Philodendron, Spathi'phjllum, ces Maranta à feuillage panaché, ces Pitcairnia^ Billbergia, Guzmania^ Vriesea, etc. Là-bas, les fougères en arbre coudoient les palmiers et leur disputent l'élégance générale de leurs formes. Plus à la lumière se tiennent ces Oreopanax et d'autres arbustes qui sont devenus aujourd'hui un besoin dans l'ornemen- tation. Dans les lieux humides se tiennent plus modestement les Eucharis, les Crinum, les Amaryllis et bien d'autres plantes à feuillage panaché. Je n'en finirais pas si je voulais faire l'énumération de tant d'autres plantes que la Colombie a fournies à l'horticulture en Europe en général et particulièrement à la Belgique, ce pays qui a tant contribué à répandre, à entretenir et à épurer le goût des plantes exotiques dans l'ornementation. Mais ne croyez pas, Messieurs, que ce jardin privi- légié, que cette pépinière de si belles découvertes horticoles ait pu être épuisé. De nouvelles surprises attendent toujours les explorateurs, à preuve ces Anthurium Andreanum et A. Gustavi qui étonnent les ama- teurs. Ce ne sont pas seulement les plantes ornementales qui abondent en Colombie. On y trouve aussi des végétaux remarquables utilisées en thérapeutique, en industrie, dans les arts, etc. Vous tous, Messieurs, qui aimez les plantes, vous devez d'après ce que je viens d'énumérer, vous intéresser naturellement à cette Flore de la Colombie qui vous procure tant de richesses à différents points de vue; et c'est àee titre que je vous demande un moment de bienveillante attention. A la fin du siècle dernier, quand la connaissance des plantes exotiques passionnait les esprits en Europe, l'Espagne, sous les auspices du roi Charles III, monarque éclairé et ami de tout progrès, organisa et main- tint longtemps trois grandes expéditions pour explorer la végétation des colonies espagnoles de l'Amérique, L'une alla au Pérou et au Chili dans la région méridionale, l'autre visita le Mexique dans la région septentrionale et la troisième fut fondée (1798) dans les régions centrales, à la Nouvelle Grenade, aujourd'hui la Colombie. C'est de cette dernière que je désire vous entretenir pendant quelques instants. La direction de la dite expédition fut confiée à Mutis, célèbre botaniste espagnol, qui put disposer de la libéralité du gouvernement espagnol, qui n'épargna aucune dépense, pendant les trente années que dura, à peu près, cette entreprise . L'expédition eut à ron service des aides-naturalistes, zoologistes, botanistes, astronomes, etc. et ce qui était plus remarquable, on fonda sous la direction des peintres espagnols, une école de dessinateurs — 176 — néo-grenadiens, qui devinrent eux-mêmes de véritables artistes dessina- teurs de plantes. Tout ce personnel si nombreux, qui coraptaitau moins trente personnes, travailla avec ardeur et assiduité, pendant la longue période de l'existence de l'expédition, à amonceler les matériaux d'une Flore du pays qu'avait projetée Mutis. On arriva ainsi à réunir de grandes collections d'objets d'histoire naturelle, minéraux, végétaux et animaux; on prépara de nombreux herbiers; on rédigea des notes et l'on fit des descriptions. Enfin, on confectionna une nombreuse, grandiose et brillante collection de dessins de plantes, d'après nature, sur beau papier grand in-folio, les uns à la plume, les autres admirablement coloriés à la manière des miniatures, tous étonnants d'exactitude et de finesse, rivalisant presque d'éclat avec leurs originaux. Jamais on n'avait mis à exécution une oeuvre aussi grandiose et en de telles proportions, et je ne sais pas si l'on pourrait songer aujourd'hui ou plus tard à en entreprendre une semblable. Humboldt et Bonpland, en arrivant à Bogota, furent ravis d'admiration à la vue de ces dessins magnifiques et des richesses scientifiques réunis au sommet de la Cordillère des Andes, alors presque inaccessible au voyageur, et ils paj^èrent leur tribut d'admiration à Mutis. Malheureusement, au commencement du siècle (1808), Mutis mourut sans avoir même commencé sa Flore, ouvrage colossal à en juger d'après les matériaux qui étaient restés en voie de préparation. A la mort du savant directeur, ses collections restèrent comme isolées et indépendantes les unes des autres: les dessins, les plantes desséchées qui avaient servi de modèles, les descriptions ou notes manuscrites, n'avaient pas la numé- ration concordante si désirable, aucun lien ne les réunissait. Pour la plupart, ces éléments divers manquaient de classification et de dénomi- nations techniques que, du reste, il était presque impossible de leur donner à une époque ou presque toutes les plantes de la contrée étaient inconnues pour la science. Survint après (1810) la proclamation de l'indépendance des colonies espagnoles, et au moment où le mouvement révolutionnaire fut momen- tanément comprimé, le général pacificateur Morilor, étant arrivé triom- phant à Bogota (1814), reconnut la valeur exceptionelle et la richesse des collections formées par l'expédition botanique du nouveau Royaume de Grenade. 11 prit tout ce qui se trouvait dans l'établissement et expédia à Madrid, sous la garde d'un de ses lieutenants, les herbiers, dessins, manuscrits et objets d'histoire naturelle; le reste fut vendu. A leur arrivée, les collections furent déposées au .Jardin des plantes et grâce à Lugasca, son directeur, qui comprit tout l'intéri/, scientifique et toute la valeur intrinsèque et artistique qu'elles comportaient, surtout les dessins et les manuscrits, obtint du roi, les fonds nécessaires pour la — 177 — confection des armoires, avec boîtes en bois doublées de fer blanc, pour renfermer et conserver précieusement ces dessins comme un véritable trésor. Les dessins, en particulier, ont été retrouvés intacts au bout de tant d'années et comme s'ils venaient de sortir des mains des artistes. Les herbiers restent dans leurs caisses encore assez bien conservés, d'après ce que j'ai pu voir et les manuscrits n'ont pas été détériorés. Je n'ai pas vu les collections d'histoire naturelle. Le gouvernement espagnol, comprenant la nécessité de faire profiter la science de tant de documents importants, si chèrement acquis, nomma, à diverses reprises, pour les mettre en ordre, les classer et déterminer, des savants espagnols. Lagasca fut le premier chargé de cet important et difficile travail qui fut confié après à Pavon, un des explo- rateurs du Pérou et du Chili qui s'était familiarisé avec la végétation Sud-Américaine, et ainsi en furent nommés d'autres moins célèbres. Mais, on se heurta toujours à des difficultés, pour ainsi dire, insurmon- tables, à cause de l'état, d'après ce que je viei.s de vous dire, où se trou- vaient les collections. Le défaut de numération et de corrélation naturelle et indispensable entre les dessins, les herbiers et les descriptions, l'insuf- fisance d'indications utiles et surtout d'analyses des organes reproduc- teurs accompagnant les dessins, ou la circonstance de se trouver sur des feuilles séparées, rendaient la classification de ces documents à peu près impossible. C'est ainsi que ces matériaux ont dû rester de longues années renfer- més et ignorés presque complètement du monde savant, au préjudice de la science. Il était nécessaire, pour débrouiller ce chaos, d'avoir vu toutes ces plantes à l'état vivant dans leur pays natal, il fallait les avoir étu- diées, classées et déterminées d'avance afin de pouvoir les reconnaître à la simple inspection et arriver à leur donner leur nom et leur assigner leur rang dans la classification. Sans cela, les recherches devenaient lon- gues, pénibles et la plupart du temps, infructueuses. Par des circonstances exceptionnelles qu'il est inutile de rappeler ici, je me suis trouvé dans les conditions ci-dessus indiquées, et préparé d'avance pour rendre la tâche moins difficile, moins longue, tout en ayant la probabilité d'exactitude dans les déterminations, afin que l'œuvre puisse se trouver à la hauteur qu'exigent les connaissances actuelles sur la botanique. J'avais parcouru les mêmes régions que Mutis pour étudier la même végétation, et comme lui j'avais formé un grand herbier. Après avoir étudié les plantes vivantes, j'étais venu en Europe avec mes collections et, entouré de tous les moyens qu'offrent les pays civilisés, je complétais mes déterminations et recherches sur toute cette végétation. Je pouvais donc reconnaître assez facilement au coup d'œil, sur le dessin, la plante qu'il représentait et lui assigner son nom scientifique, 12 — 178 — ou déterminer les échantillons d'herbier. Désireux de rendre utiles ces matériaux précieux venant de mon pays, j'insistais à plusieurs reprises auprès du gouvernement espagnol, pour obtenir la permission d'entre- prendre le classement et la dénomination, surtout de la partie la plus importante, c'est-à-dire, des dessins. Enfin, il n'y a pas longtemps que cette autorisation m'a été accordée par la munificence du gouvernement qui a à sa tête, le jeune, illustre et éclairé monarque, Alphonse XII, auquel je me plais à donner ici un témoignage public de gratitude et de reconnaissance au nom de tous ceux qui aiment la science. J'ai donc profité de cette permission ample et généreuse, que j'ai obtenue par l'entremise de son Excellence M. Carlos Holguin, ministre plénipotentiaire des États-Unis de Colombie en Espagne, et avec l'aide de mon gouvernement, je me suis mis à l'œuvre. Après un rude et opiniâtre labeur de quelques mois, je suis arrivé à classer et à déterminer techniquement la collection de plus de 6000 dessins. Elle constituerait aujourd'hui un grand et magnifique album composé de 40 volumes. Tous les dessins qui représentent la même espèce, soit en noir, soit en couleurs, se trouvent réunis; les espèces du même genre, ainsi que les genres, se suivent dans l'ordre de la méthode naturelle. J'ai formé, en outre, dans le même ordre, un catalogue général des dessins d'espèces, genres et familles, avec l'indication du nombre et de la nature des dessins qui représentent chaque espèce. J'ai voulu aussi conserver la liste avec l'énumération primitive des dessins dans la dispo- sition où je les avais trouvés. Le résumé complet des dessins, indique qu'il y a à peu près 2000 espèces de plantes représentées et qu'elles le sont en général par deux, même trois, ou plus de dessins dont il y a, en général un en couleur et les autres en noir, à la plume. Ces documents précieux pour la science, sont aujourd'hui à la portée du public au Jardin des plantes de Madrid et peuvent être facilement et fructueusement consultées au profit de la botanique ou de l'art. Le trésor qui risquait d'être perdu a été sauvé, ce qui était le point essentiel et le plus important ; mais il serait désirable de pousser plus loin le rachat entrepris. Aujourd'hui on peut bien songer à la reproduc- tion des dessins si admirablement faits. A une autre époque, le projet aurait été presque impraticable, surtout suivant le plan primitif, à cause du prix élevé qu'aurait coûté la gravure, du grand nombre de graveurs qu'il aurait fallu employer et du temps qu'aurait exigé l'exécu- tion de l'œuvre. Mais grâce aux progrès accomplis actuellement dans la gravure par des procédés mécaniques et d'après l'étude approfondie que j'ai faite de la question, l'entreprise est devenue praticable, relativement économique et d'exécution rapide. Parviendrai-je à pouvoir entreprendre la seconde partie de la tâche ? Pourrai-je me flatter en moins de la commencer ? — 179 — Je l'ignore, parce que cela dépend de circonstances indépendantes de ma volonté et surtout de l'aide et de l'appui qui pourraient ra'être accordés. Je ne doute pas que je trouverai, en Colombie, un concours empressé en faveur de cette idée, mais il pourrait être paralysé par des événe- ments imprévus. C'est pour cela que je fais appel ici aux botanistes et savants européens dont l'encouragement serait précieux. Je viens donc Messieurs, vous prier de vous intéresser à une œuvre qui, comme je l'ai dit en commençant, doit vous être sj^mpathique; je viens vous demander votre action personnelle ou officielle, afin de m'aider dans la mesure du possible en faveur de cette œuvre grandiose pour la botanique. Nous avons soumis à votre examen les spécimens des photogravures obtenus à très bon marché. On faciliterait la publication en la mettant à un prix minime, qui ne serait que le prix de revient de l'impression et du tirage, sans compter l'énorme dépense qui a été faite pour l'établis- sement des originaux. M. Planchon. — M. Triana a accompli son œuvre d'une manière très-satisfaisante. 11 a eu le mérite très grand de publier les dessins originaux de Mutis relatifs au Quinquina. 11 en a fait une œuvre très-sérieuse. 11 est plus capable que personne de faire connaître aux savants les trésors qui sont restés ainsi enfouis, pendant près de cent ans, dans les archives du Jardin botanique de Madrid, qu'il a eu le mérite de retrouver et de mettre en lumière. • Le Congrès doit accueillir le vœu de M. Triana, que les Gouverne- ments qui sont à la tête des sciences, qui ont de grandes collections, favorisent par des souscriptions et des encouragements la publication d'une œuvre aussi importante que celle des dessins de Mutis. M. le Président. — Je pense que tout le monde est d'accord. M. Ch. De Bosschere. — L'insertion de la communication de M. Triana dans les actes du Congrès et l'expression du vœu qui vient d'être émis, permettront à M. Triana de déclarer qu'il a obtenu pleine satisfaction au Congrès d'Anvers. Nous nous empresserons de donner à cette com- munication la plus grande publicité possible. M. Triana. — Je remercie M. De Bosschere. Le moyen qu'il indique est le plus puissant d'aider à la publication. M. Ch. De Bosschere. — La Section botanique avait cliargé une commission spéciale, composée de MM. Bâillon, Cornu, Planchon, père et fils et Wittmack, de dresser une liste des champignons vénéneux et des champignons comestibles. Cette liste vient de m'être transmise. Nous l'insérerons dans les Actes du Congrès. — 180 — TNous avons adopté hier une proposition tendant à terminer les tra- vaux du Congrès ce matin même. Plusieurs membres de l'assemblée m'ont exprimé le désir de voir remettre l'assemblée générale à l'après- midi. Je devrai pouvoir donner lecture de tous les vœux qui ont été exprimés aux assemblées générales antérieures ainsi que dans les diffé- rentes sections, seulement ces vœux ne sont pas encore définitivement rédigés. Je pourrai, grosso modo, vous en donner connaissance. M. Planchon. — On pourrait s'en rapporter au bureau. Un membre. — D'autant plus qu'il a été entendu que les vœux seraient adressés à leurs auteurs pour en revoir les formules. M. le Président. — Alors toutes Us questions sont épuisées. La séance est levée à midi et demi . SECTION HOKTICOLE. Séance du 4 août 1885. Présidence de M. Carl Hansbn, professeur à l'Académie supérieure d'Agriculture et d'Horticulture de Copenhague. M. Ch. Van Geert, J', secrétaire du Congrès, remplit les fonctions de secrétaire. Sommaire : X7« Question du programme : L'utilisation des eaux d'égoiît des grandes villes. Quels sont les résultats obtenus dans les divers pays? Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour généraliser la pratique du sewage? par MM. BoËNS, Ch. Joly, Palacky, de Gerlache, Mertens. — XF» Question du programme : La culture des champignons utiles est-elle susceptible de s'étendre? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus, par MM. Wesmael, Baltet. — XVIII^ Question du programme : Quels sont les remèdes employés jusqu'ici contre les ravages du Phylloxéra et quels résultats ont-ils donnés? par MM. Bal- tet, Mertens. — XIX" Question du programme : De l'opportunité de la création dans les centres horticoles, de Sociétés de prévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles, par MM. Palacky, Baltet. — XXI" Question du, programme : Tarification et conditions des envois horticoles par chemin de fer, par MM. Baltet, Joly. La séance est ouverte à 9 1/2 heures ; M. le Président. — L'ordre du jour comporte cinq questions de la plus haute importance. Je crains que nous n'ayons pas le temps voulu pour les traiter, aussi j'engage les orateurs à être aussi brefs que, possible. — 182 — Voici deux des questions qu'il s'agit de traiter : X. De V emploi des engrais artificiels pour la culture des fiantes dans les serres, les appartements et les jardins W, ^I. L'utilisation des eaux d'égoût des grandes miles. Quels sont les résultats oUenus dans les divers pays? Quels sont les moyetis à mettre en œuvre pour généraliser la pratique de sewage?{^) La parole est à M. Boëns sur la XI° question du programme. M. Boëns ayant réclamé le manuscrit de son discours, nous nous voyons dans l'impossibilité de le reproduire icii^). M. Gh. Joly. — M. Boëns aurait dû se placer, dans son travail, non pas au point de vue de l'inventeur, mais au point de vue général. Nous connaissons tous l'amour paternel des inventeurs pour leurs découvertes, mais avant de les discuter dans un Congrès, il faudrait qu'elles aient été examinées par des hommes spéciaux et soumises au contrôle de l'expé- rience. Si l'on procédait autrement, les discussions n'auraient pas de fin et elles se passeraient en d'interminables discours sur les mérites de chaque invention. Ceci dit, j'arrive au sujet pour lequel j'ai demandé la parole. Quand on étudie les deux grandes lois qui régissent le monde : la loi de vie et la loi de mort, on reconnaît que tout corps organisé, que ce soit un animal ou un végétal, est soumis, lorsque la vie l'a quitté, à une loi uni- forme, à une série de transformations, qui sont opérées par des organismes vivants que la nature a préparés pour accomplir son œuvre et que les médecins désignent sous le nom de microbes, de ferments, etc., mais que j'appellerai les ouvriers de la mort, parce qu'ils sont chargés de trans- former tout ce qui a eu vie : ils se transforment eux-mêmes successi- vement au fur et à mesure de l'accomplissement de leur oeuvre. Si tous les êtres organisés n'étaient pas soumis à cette loi providentielle, la vie ne pourrait pas exister à la surface du globe. Eh! bien, c'est dans cette période de transformation, ou de fermentation, qu'est le danger pour nous, c'est là que doivent se concentrer les efforts des hygiénistes, c'est là ce qui fait que l'on doit ou désinfecter sur place, ou chasser au loin, par tous les moyens possibles, tout ce qui a servi à nos besoins et que la nature rejette par les moyens que vous connaissez. Nous avons hélas! l'habitude, par incurie ou par ignorance, de laisser séjourner près des habitations les déjections animales et les détritus de tout genre : nous nous empoisonnons nous-mêmes. C'est le cas d'appli- (1) Voir aux " Rajiports •préliminaires » le mémoire de M. L. De Nobkle, p. 225-233. (2) Voir aux « Rapports in'éliminaires « le rapport de M. Joia', p. (55-70. (3) Note du Secrétaire-Général. — 183 — quer le proverbe: «l'homme ne meurt pas, il se tue». Qu'on examine les causes de cette légion de maladies: fièvre jaune, choléra morbus, vomito négro, fièvre typhoïde, fièvre pernicieuse, etc., tout cela provient de la même cause, produit des phénomènes presque semblables et ne disparaîtra que par l'observation rigoureuse des lois de l'hygiène. Pourquoi hélas! nous apprend-on, dans nos classes, tant de choses superflues et rien ou presque rien de la science suprême, celle qui nous conserve la santé sans laquelle tous les biens de ce monde ne sont rien? Mais nous sommes réunis pour étudier uniquement les questions hor- ticoles et ici, la question est double : laissons l'hygiène aux médecins et ne nous occupons que de l'utilisation des eaux d'égoùt; qu'il soit bien convenu, une fois pour toutes, que les détritus animaux et végétaux ne doivent, à aucun prix, séjourner près de nos habitations : ce serait déjà là un grand pas de fait, si chacun de nous était bien convaincu de cette vérité. Qu'allons-nous faire de tous ces détritus des villes? Allons-nous agir comme les Chinois ou comme cela se fait dans le nord de la France et dans les Flandres, recueillir les matières à l'état frais pour les répandre sur nos champs? Franchement, l'agriculture y gagne, mais nos mœurs répugnent à ce moyen barbare. Allons-nous faire des canalisations sépa- rées sous nos rues, pour les télégraphes, les téléphones, les eaux de rivière, les eaux de source, le gaz, les eaux de pluie et les eaux ména- gères comme on le propose à Paris? Vraiment, c'est bien compliquer la question et s'exposer à des dépenses énormes. — En économie domes- tique, tout ce qu'il y a de plus simple est le meilleur. Pas de machines à entretenir, pas de clapets, pas de robinets, pas de valves qui fonction- nent mal, deux simples syphons, l'un au départ des eaux vannes, l'autre à l'entrée de l'égout, puis pour ces égouts une pente suflSsante et quand la pente est faible, des chasses d'eau automatiques deux fois par jour. Voilà, en un mot, toute la question pour la majorité des villes. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on ne draine pas Venise ou Amsterdam, comme Paris ou Bruxelles. Employer des moyens artificiels pour épurer nos eaux vannes est une utopie jugée depuis longtemps : le moyen est bon pour certains cas particuliers, mais nous nous plaçons toujours ici au point de vue général. Qu'il soit bien entendu surtout, que si l'on n'a pas le droit d'empoisonner l'air que nous respirons, si l'on a fait des lois contre les établissements insalubres, on n'a pas plus le droit d'empoisonner les eaux des rivières et de détruire les poissons qui sont, dans certains pays, une source d'alimentation si abondante et si économique. Déjà en 1826, plusieurs savants, MM. Chevreuil, Wurtz et Dumas, consultés sur le meilleur moyen de désinfecter les eaux des distilleries, avaient conseillé d'adjoindre aux usines des terrains spéciaux pour y — 184 — faire de l'irrigation et pour profiter de la propriété si remarquable que possède le sol pour la désinfection des matières organiques. Depuis ce moment, on n'a rien trouvé de mieux et l'on ne trouvera jamais rien de plus simple et de plus pratique, surtout quand il s'agit de volumes d'eaux vannes considérables. Imiter la nature, voilà le but à atteindre, comme elle nous le montre à chaque pas, quand elle fait jaillir de la terre sous forme d'eaux pures, les pluies qui ont entraîné les poussières atmosphériques, à travers les détritus de tous genres qui jonchent le sol. Où faudra-t-il conduire les eaux d'égoùt ? Evidemment sur des terrains perméables quelles que soient leurs autres qualités, puisque les eaux van- nes renferment presque tous les éléments nécessaires à la culture : au premier abord, c'est à qui n'aura pas les eaux d'égoùt près de sa propriété, comme s'il s'agissait d'un cimetière! N'a-t-on pas vu cela à Genevilliers il y a 15 ans ? Ah ! comme l'on crierait aujourd'hui si l'on portait les eaux ailleurs! Disons de suite que les procédés de culture à l'eau d'égoùt sont quelque peu différents des autres : il faut irriguer d'une manière intermittente les racines des plantes, au moyen de billons, en écartant les sillons d'irrigation de mètre en mètre par exemple : et qu'on n'oublie pas ici que l'hiver, les eaux vannes ne gèlent pas, car ces eaux circulant dans les égouts, conservent longtemps la température du sol. On a craint les maladies provenant des irrigations et l'on a bâti là dessus des montagnes d'erreurs. Qu'il me suffise de demander s'il y a des maladies spéciales parmi les égoutiers ou les vidangeurs, s'il y en a à Pantin et à Bondy où sont les vidanges de Paris, s'il y en a à Edimbourg, à Milan, à St-Étienne, à Berlin et à Valence ou à Grenade, où l'on utilise les eaux d'égoùt depuis si longtemps. Et à Genevilliers, où les expé- riences se font sur 600 hectares aujourd'hui, y a-t-il plus de maladies qu'ailleurs ? Ah ! que la mauvaise foi et l'ignorance ont beau jeu dans ces questions! Mais je dois insister ici sur une vérité qu'on oublie: jusqu'à présent, on s'est occupé d'amener les eaux dans les villes, sans savoir ce qu'elles deviendraient quand elles auraient servi à nos usages domestiques : on a bien voulu payer pour les amener, mais on hésite à payer pour s'en débarrasser: il le faudra cependant et on l'a dit cent fois, l'argent qu'on dépensera en égoùts, en soins d'hygiène, en propreté, on l'économisera sur les frais d'hôpitaux et l'on aura prolongé la vie humaine. A l'œuvre donc, messieurs les Conseillers municipaux: voyez où le choléra, cette année, fait le plus de victimes, n'est-ce pas dans les villes où les lois de l'hygiène sont le moins bien observées ? Je n'aime pas, en général, l'intervention de l'autorité, quand il s'agit d'intérêts que nous pouvons gérer nous-mêmes; mais, dans le cas qui ~ 185 — nous occupe, il est bon que les villes prennent l'initiative, qu'elles se procurent les terrains nécessaires, qu'elles y amènent des cultivateurs en leur oifrant des avantages particuliers et temporaires. Rien n'est conta- gieux comme l'exemple et comme la pratique : on l'a vu à Genevilliers, près de Paris; quelques maraîchers intelligents ont ouvert la voie, d'autres ont suivi, entraînés par leur intérêt et par la vue des faits; aujourd'hui, la population y a quintuplé depuis cinq ans et la valeur locative de terrains presqu'incultes, a monté de 90 fr. à 4,500 fr. l'hectare. Je me résume : il n'y a pour les grandes villes qu'un moyen simple, pratique et économique d'utiliser les eaux d'égoût, c'est de les déverser en proportion convenable et d'une manière intermittente sur des sols perméables et cultivés. Qu'on vienne visiter, sans parti pris, sans vues d'intérêt privé, les champs de Genevilliers et l'on se demandera com- ment, en 1885, il est encore tant de villes décimées par les maladies infectieuses, quand la nature leur offre un moyen simple et pratique d'assurer la propreté de nos habitations et, par suite, la longévité humaine. RI. le Président. — Nous remercions M. Joly de son intéressante communication. M. Palacky. — Y a-t-il quelqu'un ici qui pourrait nous expliquer les expériences qui ont été faites à Milan ?(1) Sans doute nous profiterons des expériences de Genevilliers, mais tous les terrains ne se prêtent pas au même système. A Prague, par exemple, nous n'avons pas de plaine (1) M. le Prof. Dr. Gaétan Cantoni, directeur de la « R. Scuola superiore di agricoltura » à Milan, a bien voulu, à notre demande, nous fournir les renseigne- ments suivants, ce dont nous le remercions ici publiquement : « La ville de Milan, située au milieu d'une large plaine arrosée depuis long- temps par de nombreux canaux, a su, depuis longtemps aussi, utiliser ses eaux d'égoût pour l'arrosement des prairies d'hiver (marcite), qui donnent de huit à neuf coupes par an, avec un produit de 1000 à 1200 qx. d'herbe par hectare. « Le Nirone,\e Seveso, le Lambro méridional et le Nedefosso^ entrent dans la ville par la partie la plus élevée, formant sous les rues et sous les maisons un réseau compliqué de petits canaux, destinés à recevoir la plupart des matières fécales et des résidus inutilisables des industries. « Tous ces petits canaux se réunissent avant de sortir de la ville dans un grand canal qu'on appelle Vetabbia (Vehet alibi). Hors de Milan, la Vetabbia va arroser les prairies d'hiver qui, à cause de cela, peuvent se passer d'une fumure directe quelconque, quoique à présent, la Vetabbia ne reçoive pas autant de matières fécales et de résidus des industries qu'autrefois. « Les eaux de la Vetabbia perdent de leur faculté fertilisante d'autant qu'elles s'éloignent de la ville et qu'elles ont déjà arrosé des prairies. « Le prix de fermage pour les fermes qui jouissent des eaux de la Vetabbia près - 186 — d'irrigation ni surtout de gravier. Les roches ne se décomposent pas assez vite, de sorte que je crois que l'on ne peut pas y employer ce système. Nous possédons de la chaux, mais nous n'avons pas du déchet de charbon, comme à Paris et à Bruxelles. A Rastadt on emploie, depuis une trentaine d'années, le système japo- nais des tonnages mobiles empotés. C'est celui qui a produit le meilleur résultat financier. Chez nous, nous avons mesuré tous les terrains qu'on peut irriguer et ils ne suffisent pas. Il faudrait un système en rapport avec les besoins de la localité. M. de Gerlache. — Dans le pays de Waes, nous faisons transporter dans les campagnes tous les déchets de la ville, non seulement les matières fécales, mais les mauvaises eaux des usines, des établissements industriels et on les utilise à la façon de Genevilliers. Ces matières sont enlevées par des entrepreneurs qui les transportent comme engrais et les livrent à l'agriculture et surtout aux jardiniers maraîchers qui les emploient. Au moment des découvertes de Pasteur il y a eu de l'affolement. Les de Milan, est de 500 à 550 fr. l'hectare et l'ensemble des impôts de 110 fr. éga- lement par hectare. « Ces fermes ne produisent avantageusement que de l'herbe, n'ont que des vaches, quelques chevaux pour les transports et bien peu de bœufs. « Un exemple expliquera mieux ce que je viens de dire: " Une ferme, à Gudo Visconti, de 58 hectares et dans les conditions susdites, compte; Prairies d'hiver (marcite), hectares . . . 33.3 id. en assolement 11.3 Blé et maïs 12.0 Bâtiments 1.4 Total hectares 58 « Dans cette ferme se trouvent 83 animaux : 73 vaches, 4 bœufs et 6 chevaux. « Le produit annuel en lait est de 34 hectolitres par vache, qu'on achète en Suisse et que l'on paye de 600 à 700 fr. par tête. « A cette ferme on produit: Lait : 2500 hectolitres vendus à 15 fr. l'hect. . . . fr. 37.500 On vend : 900 quintaux de foin à 10 fr „ 9 000 90 hectolitres de blé à 20 fr » 1.800 427 hectolitres de maïs à 15 fr » 6.315 De l'herbe pour » 4.000 « Le fumier produit 1370 tonnes évaluées à 6 fr. la tonne. " Les dépenses, sans compter les impôts, sont calculées ordinairement au tiers du produit brut. » — 187 — voisins craignaient d'être empestés, mais on est un peu revenu de ces idées. Je ne connais pas M. Boëns. Il réclame un vœu du comité exécutif du Congrès. C'est une question très délicate. Les études du genre de celles qu'il a faites sont toujours envoyées à des commissions d'ingénieurs, ou à la commission supérieure des travaux publics. Cela entraîne des len- teurs, mais c'est une garantie nécessaire. Le gouvernement n'autoriserait pas une Administration publique à consacrer des capitaux considérables dans une affaire s'il n'y a pas des hommes spéciaux, des ingénieurs, des hommes de science et de pratique qui ont étudié le système que vous voulez employer. Je crois, que la publication dans les mémoires du Congrès, du travail de M. Boëns est le maximum de ce que le Congrès peut faire. Il nous faudrait des mois, des années d'études avant de connaître et de pouvoir recommander son système. Je ne parle pas contre son procédé, mais je me place au point de vue du règlement du Congrès. M. Mertens. — J'abonde dans le système de l'honorable M. Joly, d'autant plus que, pour les grandes villes, il s'agit dans l'espèce d'une énorme dépense . A Anvers nous dépensons 670,000 fr. pour le service de la régie, c'est à dire, pour l'enlèvement des boues, des immondices. Nous avons le système français Talard. Les vidanges s'enlèvent en plein jour, le produit de ces vidanges ne paie que la moitié du coût annuel de ce service. Chaque ville doit néces- sairement agir selon la configuration de son terrain. Nous serions fort heureux de rencontrer un système qui allégerait cette charge annuelle. Sur le chiffre de 670,000 fr. il y aurait moyen de créer une annuité pour trouver un service mécanique. La ville de Bruxelles qui a une altitude supérieure à celle de certaines parties de la Campine, ne pourrait-elle, par une simple canalisation, y conduire ses eaux de sewage ? Les grandes villes doivent se débarrasser au plus vite des eaux qui leur sont défavorables par leurs émanations et les conduire au loin où elles pourraient, dans la bruyère, s'évaporer et y laisser un dépôt fertile. Quand à faire insérer dans les Actes du Congrès, le plan de M. Boëns, je n'en vois pas l'utilité, le plan n'est pas même fait sur échelle. Rien n'y est indiqué. C'est un essai fort louable mais qui doit avoir la garantie de l'expérience acquise. Nous devons nous placer sur le terrain de la pra- tique sans laquelle on ne fait rien de bon. Nous avions à Anvers, au 31 décembre 1884, 26070 maisons, presque chaque maison a sa fosse. L'Administration est convaincue que, dans l'intérêt de l'agriculture, pour que la gadoue ne se perde pas, ces fosses doivent avoir une certaine contenance. — 188 — Je viens de voir à l'Exposition universelle, dans le compartiment de Bruxelles, un rapport sur le service de la régie. A Bruxelles, il paraît qu'il n'y a que 78 fosses à gadoue, tout le reste passe dans les égoûts. A Anvers rien ne passe dans les égoùts en fait de gadoue. En 1852, sur les 13626 maisons existant à Anvers, il n'y en avait que 1368 dépourvues de fosses. De 1853 à 1884 inclus, il a été construit 13578 nouvelles maisons sans compter les reconstructions totales ou par- tielles. Le nombre des maisons dépourvues de fosses, doit donc être nota- blement diminué. Pour obtenir une solution pratique de la question on pourrait l'intro- duire au programme du prochain Congrès de botanique et demander aux membres de chaque pays, d'expliquer d'une façon succincte et claire, comment les grands centres se débarrassent de leurs eaux d'égoùt (eaux de sewage) de la gadoue et des balayures des rues en été et en hiver. Dans nos Chambres législatives, une pétition a été présentée en 1853, concernant les mesures qui pourraient être adoptées pour empêcher la perte des engrais de ville et pour garantir en même temps l'intérêt de la salubrité publique. Une enquête très-intéressante a été faite à ce sujet, elle est reproduite dans les Annales Parlementaires (voir Chambre des représentants 30 jan- vier 1854 et mars 1854 (N" 121) Engrais des villes. — Rapport page 1125 à 1143 inclus). L'enquête a été faite par M. Schmit, professeur agrégé à l'université de Liège, qui a recueilli tous les renseignements sur 86 localités, les plus importantes de la Belgique. En prenant ce travail pour base, il serait facile de le continuer jusqu'à l'époque actuelle. M. Joly. — Malheureusement l'opinion publique n'est pas suflBsam- ment éclairée à cet égard. Nous pourrions émettre un vœu dans ce sens. Nous devons tous être convaincus que la culture à l'eau d'égoùt peut se faire pour la culture maraîchère. 11 faudrait dire que le Congrès, con- vaincu que la culture à l'eau d'égoùt est à la fois avantageuse au point de vue des industries particulières, émet le vœu que les Administrations communales et autres dirigent leurs études vers l'extension de ces cultures pour l'amélioration des champs dans les abords des villes. Les villes ont toujours des champs, de grandes cultures, des jardins, on ne peut émettre qu'un vœu général qui prouve qu'on s'est occupé de la question. M. le Président. — Voici le texte de la proposition de M. Mertens : « Le Congrès émet le vœu, qu'au prochain Congrès, chaque ville inté- ressée envoie des délégués chargés d'indiquer les moyens qu'on emploie dans ces villes pour se débarrasser de la gadoue et des balayures, » — 189 — M. Ch. van Geert propose de compléter le vœu en y ajoutant: « tout en venant en aide aux grandes cultures. » Ces deux propositions sont elles adoptées? (Adhésion unanime). M. le Président. — Nous passons à la question XV : La culture des champignons utiles est-elle susceptiiïe de s'étendre? On demande un aperçu des espèces comestiiles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus? (1) M. Wesmael. — Depuis quelque temps, en Belgique, on fait usage comme litière des chevaux de nos grandes compagnies de tramways et, dans certaines villes, pour les chevaux de la cavalerie, de la tourbe qui nous est expédiée de Hollande. Cette tourbe, pour la débarrasser de rénorme quantité d'eau qu'elle recèle au moment de l'extraction, est soumise à l'action de puissantes presses hydrauliques et expédiée sous forme de cubes. Au moment où elle arrive, elle est donc complè- tement sèche. Il y a utilité à la conserver à l'abri des eaux pluviales, de manière que la dessiccation soit complète quand on l'emploie à l'écurie. On la dépose à la surface du sol à l'état de morceaux de la grosseur du poing, et par le piétinement des chevaux, quelques heures après, cette tourbe est réduite à un état analogue à celui du tan. Elle a la propriété d'absorber des matières liquides, d'emmagasiner de grandes quantités d'ammoniaque et elle constitue un engrais des plus riches en matières azotées. Ce qu'il y a de remarquable, c'est la facilité avec laquelle on crée des champignonières à l'aide de la tourbe en question, alors qu'elle a passé par les écuries . Nous avons un horticulteur à Mons qui, dans une serre de 35 à 40 mètres de longueur a, le long des murs, installé une couche. Il est curieux de voir l'énorme quantité de produits que l'on récolte tous les jours, et la grosseur des champignons. Ce qu'il y a de plus frappant, c'est le peu de temps qui sépare le dépôt du blanc du jour de la première récolte. Nous avons constaté qu'elle était obtenue en 4 semaines, tandis que, quand on emploie du fumier de cheval ordinaire, ce laps de temps est beaucoup plus considérable. Dans la confection des couches à l'aide du fumier de paille, comme on la pratique en Belgique, on a l'habitude de recouvrir la meule d'une couche de terre d'une épaisseur de 2 à 3 centimètres, opération qui est complètement inutile dans la culture de l'Agaric comestible à l'aide du fumier de tourbe. Ce fumier se vend à des prix très-bas. La Société des Tramways •bruxellois nous l'expédie à raison de un fr. les 100 kilos. Cent kilos (1) Voir aux « Rapports préliminaires Jtle mémoire de M. C. Roumkguèbe, p. 1-8. — 190 - ont, à peu près, un mètre cube en volume. Dans ces conditions on peut établir des champignonières à des prix excessivement minimes. D'autre part, lorsque la culture du champignon est terminée, nous sommes en présence d'un excellent engrais, pour la petite comme pour la grande culture. Cet engrais de tourbe est excessivement précieux quand on l'emploie comme couverture, comme paillis pour les semis et surtout pour la mosaïeulture. Le sol ne se dessèche pas, les racines des plantes à feuillage se développent très bien. Je me résume en disant que, au nombre de toutes les matières employées jusqu'à présent pour la création des couches à champignons, la substance la plus convenable est le fumier de tourbe. M. Baltet. — J'ajouterai que ce fumier est excellent pour les plan- tations d'arbres, surtout dans les terrains secs et sablonneux. Dans nos pépinières nous avons un fond tourbeux. Nous ne mettons pas de fumier, c'est la tourbe qui, mélangée à des terres nouvelles, de natures différentes, alluvions, sables, calcaires, forme le chevelu des arbres de la pépinière. De sorte que, lorsqu'on a planté des arbres, cet engrais est des plus précieux pour aider à la formation des jeunes che- velus : c'est un emploi qu'il faut propager. Quant aux champignons inédits pour la consommation, leur propa- gation en sera lente, témoins l'Igname, le Cerfeuil bulbeux, parfaitement inoffensifs et qui ont si peu de succès sur nos marchés. X VIIl^ Question. — Quels sont les remèdes employés jusqu'ici contre les ravages du Phylloxéra et quels résultats ont-ils donnés^ M. Baltet. — J'ai été délégué pour étudier différentes opérations et spécialement le greffage de la vigne de Bordeaux à Nice, de Dijon à Mar- seille, etc. J'ai parcouru tous les vignobles. Il y a trois systèmes princi- paux pour détruire le phylloxéra. D'abord le sulfure de carbone, le sulfocarbonate de potassium, procédés coûteux. Les syndicats de proprié- taires, les administrations avec des subventions du ministère ou des administrations départementales, peuvent en faire la dépense tout en agissant énergiquement. Comme il est difficile d'atteindre un insecte invisible, on recommence l'opération l'année suivante. Un autre moyen de destruction du phylloxéra, mais qui n'est appli- cable que dans certaines situations, c'est la submersion. Voilà pourquoi le Midi réclame avec tant d'insistance la dérivation du Rhône et l'éta- blissement de canaux qui puissent fournir de l'eau à certaines époqueS déterminées. Il faut avoir de l'eau à sa disposition, renouveler l'opération et amener des engrais spéciaux, car ce lavage pourrait finir par fatiguer — 191 - le sol et enlever les principes fertilisants utiles à la vigne ou nuire à la saveur du raisin. Un dernier procédé, plus praticable, se résume dans la plantation de cépages qui résistent à l'ennemi souterrain et se prêtent au greffage de nos cépages vinifères. Les espèces américaines issues des Vitis cordifolia (var. riparia) et montkola (var. rupestris) ont fourni ces types. Il y a eu des déceptions au début, il a fallu essayer beaucoup de plantes avant de connaître celles qui pourraient le mieux réussir. Les déceptions sont sur- tout venues de ce qu'on a fait des greffages sur des boutures, sur des rameaux, dans des terrains insuffisamment préparés. La plante est alors devenue rachitique. Mais l'accroissement en superficie, des terrains cultivés au moyen de plants américains, prouve la valeur du système. Après 5 ou 6 années de greffage sur les plants choisis dans les espèces résistantes, tout va bien et une seule récolte indemnise le vigneron des sacrifices qu'il a faits depuis le moment de la plantation. La présence du bourrelet de la greffe sur l'arbuste contribue à la concentration sur le branchage des éléments atmosphériques. Il en résulte plus de fertilité au cep et plus de qualité au vin. On a reconnu, en outre, que beaucoup d'espèces qui ne vivraient pas franches de pied, réussissent au greffage. Donc par la greffe on pourra varier la nature du vin. Dans les pays menacés, un moyen de lutter contre le mal, c'est de se syndiquer. Que les vignerons forment une fédération de finance et de travail ; la mutualité et l'union leur permettront de lutter avec succès. Si l'horticulture a souffert de l'invasion phylloxérique, nous n'en sommes pas moins reconnaissants à l'Etat et à toutes les administrations, d'avoir secondé les propriétaires pour ramener les vignobles à leur ancienne prospérité. M. Mertens. — N'a-t-on pas trouvé un ennemi qui puisse dévorer le phylloxéra ? M. Baltet. — Pour détruire un animal invisible, il faut un ennemi invisible: c'est ce qui est difficile à trouver. Lorsqu'on nous apporte un végétal d'un pays étranger, si l'on n'a pas importé son ennemi, nous pourrons vivre longtemps sans craindre de le perdre. Mais le phylloxéra a, en une année, produit des millions d'enfants. La nature fournira son ennemi, peut-être tout ce que l'on a dit à ce sujet ne s'est pas encore confirmé . M. Mertens. — H y a encore, dans cet ordre d'idées, la plantation d'une plante intermédiaire. M. Baltet. — A diverses époques, il a été question d'introduire dans les vignobles des plantes à odeur forte. Je les ai essayées, mais le résultat — 192 — n'a pas été concluant. J'avais également supposé qu'en en fouissant des rameaux verts de sapin, le phylloxéra disparaîtrait. Les effets de ce procédé n'ont pas été les mêmes partout; on l'a abandonné. On a essayé d'entourer les vignes de sable à la suite des cultures luxuriantes dans les sables marins d'Aiguës Mortes ; on a dû y renoncer. Je me résume : quiconque visiterait les pays vignobles frappés par le fléau pourra se convaincre des efforts tentés par les intéressés. Au début de l'invasion, appliquer énergiquement les remèdes insecticides; recourir à la submersion quand les circonstances le permettent, enfin si la vigne succombe, chercher une derniers planche de salut dans la greffe des cépages sur plant résistant. Ce système prend chaque année une exten- sion considérable. J'ai le droit d'en être fier, car le premier j'ai conseillé l'emploi du Vitis riparia, le plus répandu aujourd'hui, au titre de porte-greffe. XIX. — De r opportunité de la création, dans les centres horticoles, de sociétés de 2irévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles. M. Palacky. — Je désire appeler votre attention sur le mode de crédit agricole qui existe en Bohème. Tout possesseur d'une terre est, par ce fait même,memhve d'une société de crédit mutuel dans le district oix il a sa terre. Ce sont ses concitoyens qui décident de la limite du crédit. Tous les propriétaires choississent un Comité qui est chargé de distribuer l'argent. Ces sociétés, qui sont au nombre de 300 environ, réescomptent dans les grandes banques du pays. Elles ont un point d'appui dans la banque centrale du crédit foncier de Bohème. Cette manière de procéder est une solution d'un problème économique très diflScile, dans le sens le plus large et le meilleur. Tout propriétaire, par le fait même qu'il possède, a donc droit à un crédit que ses propres concitoyens lui accordent et il choisit lui-même ses juges. Les sociétés disposent d'un fonds considérable: vingt deux millions de francs. Elles distribuent aussi l'intérêt de ces fonds, mais la chose essen- tielle c'est que chaque propriétaire a droit au crédit. S'il est mauvais créancier, les censeurs, que les propriétaires choisissent, le lui retirent. Ces sociétés nous ont rendu de grands services, dans la crise actuelle surtout, dans la crise sucrière de l'année passée qui a profondément atteint mon pays. Chaque année on doit recevoir 20 à 30 millions de francs d'impôts sur les betteraves. Or, vous savez ce qui s'est passé l'année dernière. Ces sociétés ont empêché bien des faillites et de la disette. La philantropie recommande cette solution. Si en Belgique tous les cultivateurs formaient des associations mutuelles de ce genre, je ne doute pas qu'ils s'en trouveraient très bien. — 193 — M. Baltet. — M. Bernard se proposait de traiter la question de l'opportunité de la création de Sociétés horticoles de prévoyance mutuelle. Jusqu'ici, il n'y a pas beaucoup de ces sociétés, elles seraient cepen- dant très-utiles. On pourrait en examiner le fonctionnement et le régler d'après ce qui se passe dans les sociétés ouvrières. Il y a beaucoup de sociétés de secours mutuels qui embrassent toutes les classes de tra- vailleurs. Il y a les caisses d'épargne, puis les corporations de métiers, de professions. Nous avons des corporations de jardiniers, de vignerons, de laboureurs. Elles ont différents titres : S*-Fiacre, S'-Vincent, S'-Éloi, etc. Souvent ces corporations n'ont qu'un but, célébrer la fête annuelle, puis assister aux enterrements d'un des affiliés ou d'un membre de sa famille. J'avais eu le projet d'organiser une société entre les jardiniers de mon pays, mais les entraves administratives d'alors m'ont arrêté. Je n'ai pas besoin de dire que ces associations doivent être distinctes en tous points des sociétés et comices agricoles ou horticoles. Le but n'est plus le même et la caisse d'épargne et de prévoyance ne doit pas être soupçonnée de pouvoir servir à un autre usage. Dans l'industrie, il y a beaucoup de risques, la vie est moins longue, les besoins y sont grands et les accidents de travail assez fréquents. La culture offre plus de sécurité. Les jardiniers vivent plus longtemps et sont moins souvent malades. Avec une cotisation relativement faible, on pourrait intéresser et le chef de famille et les autres membres (femmes, vieillards, orphelins) suivant les statuts qui seraient adoptés. D'après l'organisation actuelle de certaines sociétés, le médecin est appelé gratuitement au chevet du malade, et les médicaments, les four- nitures de pharmacien, sont distribués soit gratuitement, soit moyennant une faible rétribution si la dépense dépasse les limites habituelles ; ces conditions sont acceptables, Il y aurait encore quelque chose à prendre dans nos corporations de vignerons, ce sont les journées de travail en cas de maladie, pratiquées par les sociétaires. Lorsqu'un jardinier tomberait malade, ses voisins, ses confrères, pourraient venir faire sa besogne suivant leur temps et suivant leur nombre. Ce serait là une coopération humanitaire qu'il importerait beaucoup d'établir. La somme versée par chacun constituerait un petit capital qui, à un certain âge, pourrait servir, soit à doter la tille à son mariage, soit à aider le garçon à faire son service militaire ou à créer un établissement de jardinage. Habituellement, quand les jardiniers placent leurs enfants, ils leur achètent un terrain, les fournissent de matériel. Le versement mensuel formerait_, par conséquent, un petit capital au bout de quelques années, 20 ans par exemple, ce qui ne serait pas à dédaigner. La pension de retraite a été introduite dans nos sociétés des sapeurs- 15 _ 194 — pompiers, dans les sociétés de secours mutuels. La retraite est basée sur l'âge du sociétaire et sur la durée de son sociétariat. Le règlement des sociétés industrielles attribue volontiers un franc par jour. La quotité a son importance, alors que le sociétaire arrive à l'âge où l'on est fatigué, rompu par le travail et qu'on n'a plus la force de se créer des moyens d'existence. Voilà quelques données générales sur l'organisation des sociétés de prévoyance. Tout se perfectionnerait. Au bout de quelques années on verrait s'il n'y a pas lieu de modifier les statuts. Il conviendrait donc d'émettre un vœu au point de vue de l'utilité maté- rielle, morale et philanthropique qu'il y aurait d'organiser des caisses de prévoyance en faveur des travailleurs de la terre, en y intéressant d'une façon toute spéciale les vieillards, les veuves et les orphelins. XXP Question. — Tarification et conditions des envois horticoles par chemin de feriX). M. le Président. — Cette question a été traitée dans un Congrès, à Paris, au mois de mai. M. Baltet. — Nous demandons toujours que les végétaux, les produits vivants voyagent rapidement. Je ne dirai pas par les trains express, mais il y a des vitesses moyennes, c'est la petite vitesse hâtée ou la grande vitesse un peu ralentie. Ici, on dit Tarif n" 1, Tarif n° 2. Les plantes devraient voyager comme les animaux, car ils ont l'un et l'autre besoin d'arriver en hâte à leur point de destination. Demander que les prix ne soient pas élevés, c'est la condition réclamée par tout le monde; mais il s'agit surtout d'éviter des lenteurs dans les points de bifurcation, dans les transits. 11 faudrait que les wagons com- plets jouissent d'une réduction du prix de transport. On taxe les arbres en 1'° catégorie, et la moitié en plus; cette majoration est onéreuse. Un chargement complet est réduit à la 3" ou à la A." catégorie ; mais le proprié- taire, qui n'a qu'un petit lot d'arbres, ne peut envoyer un wagon complet. Quant à songer au groupement de lots de ce genre, il faut y renoncer. La Belgique a obtenu beaucoup de satisfaction sous ce rapport. Pour les expositions elle fait voyager ses produits en grande vitesse et ne paie que pour la petite vitesse. Nous voulons les mêmes avantages. On a dit avec raison qu'il est à désirer que les autres puissances imitent la Belgique pour les facilités de transport. En France, depuis la guerre de 1870, quand nous expédions des végétaux en Allemagne, nous sommes obligés de payer d'avance, le (1) Voir aux « Rapports préliminaires » les mémoires de MM. A. Amelin, p. 132-134, et Ad. D'Haenk, p. 348-352. — 195 - transport jusqu'à la frontière, ce qui ne se faisait jamais auparavent. Généralement c'est le destinataire qui paie le transport. Pourquoi inventer un système vexatoire pour l'expéditeur et qui ne peut qu'entraver les affaires ! Il serait vraiment à désirer que les diverses compagnies puissent établir un tarif uniforme ; un Congrès international aurait ensuite plus de force pour réclamer une unification générale entre les différents États. M. Joly. — Il y a une commission constituée à Paris pour la solution de cette question. J'ai l'honneur d'en être le Président. Nous attendons M. Léon Say pour pouvoir arriver à des mesures d'exécution. Comme il a beaucoup d'influence (il est directeur du chemin de fer du Nord), nous ne désespérons pas d'aboutir, non seulement sous le rapport du prix, mais aussi au point de vue de la rapidité du transport et de la délivrance des produits. On n'a pas idée de la barbarie avec laquelle les choses ont lieu. Nous expédions beaucoup de plantes d'Algérie sur Paris et sur d'autres villes de France. Un envoi arrive à Alger, il y reste un jour, il faut le mettre sur le navire. A Marseille nouveau transbordement, nouveau délai. Il y a un progrès immense à réaliser à cet égard. C'est le vœu de la commis- sion qui est établie à Paris. Quand nous nous réunirons, j'espère que cette question viendra à l'ordre du jour et qu'on aboutira à un résultat. Les fruits et les légumes jouent un très grand rôle dans l'alimentation, surtout aujourd'hui qu'il n'y a plus de saisons et qu'on mange dans le Nord les fruits du Midi, deux mois avant qu'on en ait soi-même. La question de la délivrance des produits acquiert, par le fait même, une importance considérable. Il y a une maison de Turin qui prend tous les produits qu'elle peut trouver dans toute l'Italie. Cette maison envoie quelquefois 50 wagons à Saint-Pétersbourg et dans d'autres villes du Nord. Elle a des wagons complets qui passent par le St-Gothard. Nous avons encore beaucoup à faire au point de vue du transport des fruits et des légumes, mais nous avons le ferme espoir que, dans un avenir prochain, des progrès seront réalisés dans cet ordre de faits. M. Baltet. — Le transport des produits horticoles cueillis a déjà subi quelques améliorations. Les fleurs de Nice voyagent maintenant par trains rapides dans des conditions très favorables. Pour les fruits et les légumes il y a des sections sur la ligne de Lyon où le prix est relativement minime. La Belgique a un système de transport très-avantageux, signalé par M. Rodigas, dans les bulletins du Cercle d'Arioriculture. Il y a des régions en Belgique qui produisent beaucoup de fruits, — 196 - Tongres notamment. On en expédie beaucoup en Angleterre. On indique aux stations des producteurs les prix de vente, les jours de marché de Londres, les jours d'embarquement et le dernier cours de vente. Le ministère de l'agriculture qui a installé, dans ses bureaux, une division des chemins de fer, ne fournit-il pas aux producteurs des paniers d'emballage, pour les fruits et légumes transportés, avec retour gratuit? Voilà de l'administration paternelle, tant au point de vue des com- pagnies, qu'au point de vue des producteurs. Tout le -monde y trouve son compte. M. le Président. — Je remercie les orateurs qui nous ont fourni des éclaircissements sur cette question. La séance est levée à 5 heures. SECTION DE CULTURE MARAICHERE ET FRUITIÈRE. Séance du 5 août 1885. Présidence de M. Palacky, professeur à l'Université de Prague. M. H. De Bosschere, secrétaire du Congrès, remplit les fonctions de secrétaire. Sommaire : XIV"^ question du programme : Quels sont les fruits et les légumes dont la culture peut s'étendre et être avantageuse à la consommation intérieure et à l'exportation? Installation de halles dans les ports d'embarquement pour la vente directe, par les producteurs, de légumes et de fruits d'exportation, par MM. H. Millet, Baltet, Gilbert, Niepraschk, É. Durand, Dklrue- ScHREVENS, Theyskens, Hanskn, Tyman, Palacky, Fauvel. — XVI"** question du programme : Nos méthodes de culture des arbres fruitiers sont-elles suscepti- bles de se perfectionner? par MM. Baltet, Millet. La séance est ouverte à 9 1/2 heures. M. le Président. — Appelé à l'honneur de présider cette séance, je viens vous en remercier au nom de mon pajs, dont je suis le représen- tant parmi vous et que tant de liens fraternels unissent depuis des siècles à la Belgique. La question XIV, dont nous abordons la discussion, est ainsi conçue : « Quels sont les fruits et les légumes dont la culture peut s'étendre et être avantageuse à la consommation intérieure et à r exportation! Instal- lation de halles da^is les ports d' embarquement pour la vente directe par des producteurs de légumes et de fruits cCexportationi^). » (1) Voir aux a Rapports préliminaires » les mémoires de MM. Delrue- Schkevens, p. "5-79, F. Burvenich, p 247-256, et A. Amelin, p. 257-258. — 198 — M. H. Millet. — Les fruits dont il faut surtout recommander la culture sont les beaux et les bons fruits de commerce. Si on me deman- dait quels sont les fruits que l'on doit cultiver, je donnerais le conseil de visiter d'abord les exploitations et de voir quelles sont les variétés qui produisent, dans chaque endroit, les plus beaux fruits et les plus demandés par le commerce. C'est-à-dire, je conseillerais d'étudier les fruits locaux puis, de faire un choix parmi les plus beaux et les meil- leurs fruits, et d'en faire l'essai dans les différentes localités; car il est à remarquer que certains fruits viennent parfaitement dans telle localité et y sont d'un excellent rapport, qu'ils soient cultivés en plein vent, ou en espaliers, tandis que, plantés dans d'autres localités, ils ne réussissent pas. Il y a là une question d'expérience qui nous force à recourir aux connaissances spéciales des personnes qui s'occupent de ces plantations dans chaque localité. Par exemple, dans le pays de Tournai, certains fruits viennent admi- rablement en plein vent, tandis que dans d'autres localités, malgré tous les soins, ils ne réussissent bien qu'en espalier, et même à très bonne exposition. J'ai vu à Liège d'admirables poiriers {Beurré d'Hardenpont), des arbres gigantesques qui, en plein vent, donnent des fruits que vous n'obtiendriez peut-être pas en espalier à Anvers, ou dans d'autres con- trées. Par conséquent nous ne pouvons dire d'une façon générale : cul- tivez tel ou tel fruit. Nous devons d'abord examiner ce que la nature nous donne dans les diverses localités. Faisons ensuite notre choix parmi ces variétés, et essayons-en de nouvelles. Parmi celles-ci j'ai cru bien faire de vous apporter quelques échantillons d'un fruit qui réussit admirablement chez nous, qui est d'une fertilité extraordinaire et qui est mûr déjà depuis environ 15 jours : voici ces échantillons. Je dois vous faire remarquer cependant que ces fruits n'ont pas acquis leur plus grande grosseur. Voici pourquoi. Ce sont les produits de pommiers greffés sur francs âgés seulement de 3 à 4 ans. De plus, ils sont cultivés en pépinière à l'ombre des autres arbres. Lorsque l'arbre est arrivé à un âge plus adulte, et qu'il est exposé parfaitement en plein air, les fruits sont de moitié plus gros, et de qualité supérieure encore. Cette pomme c'est le Comte Orloff, qui mûrit du 20 juillet au 5 ou 10 août. L'arbre est tellement fertile que nous sommes obligés d'enlever des fruits, même lorsqu'il se trouve en pépinière et qu'il est jeune. Tous les fruits que vous avez sous les yeux sont récoltés sur de jeunes arbres. Je vous conseille d'en faire l'essai car, à l'époque où mûrit ce fruit, nous n'avons encore que quelques abricots et quelques pêches. Je recommande cette variété pour la culture en verger, comme nos Belles-fleurs, nos Couri-pendues et d'autres variétés de ce genre, mais je — 199 - la recommande particulièrement pour la culture en buissons et sur franc. La grande fertilité de cette variété permet de la cultiver partout. J'ai fait des plantations en buisson, dans des sols ingrats, secs, arides, dans le pays de Verviers, de Spa, sur des montagnes et dans le schiste. Dans ces contrées, qui certes ne sont pas les plus favorisées du pays, on obtient des fruits splendides. Il faut encore remarquer la grande rusticité de cette variété. Pendant l'hiver de 1879 à 1880, qui a été si rigoureux, elle a résisté parfaitement. Tous les autres sujets ont été gelés. Le pommier Comte Orloff, ainsi que la Duchesse cf Oldenbourg n'ont pas été atteints. Je crois donc que nous pouvons, en toute confiance, conseiller de mul- tiplier les plantations de cette variété. Vous savez que la plantation des arbres fruitiers, au point de vue de la spéculation commerciale, est à l'ordre du jour et pour cause : elle est d'un rapport considérable lorsqu'elle est faite convenablement et que l'on sait choisir les bonnes variétés. Eh! bien. Messieurs, je vous engage beaucoup à cultiver le Comte Orloff en buisson, en haut-vent, dans tous les coins où vous pourriez planter un Seringat, un Lilas ou autre chose. Vous ne manquerez pas d'obtenir des résultats magnifiques. A l'époque où mûrit ce fruit, nous n'avons guère encore que le raisin de serre. Nous avons eu dimanche dernier un splendide banquet au Grand Hôtel. Nous a-t-on présenté une belle pomme, une belle poire? Non. Je crois donc que si nous faisions parvenir aux marchés des grands centres et des villes d'eaux, la pomme Comte Orloff qui mûrit si tôt et qui est relativement bien fine, on en retirerait les plus grands profits. Il y a certainement beaucoup d'autres variétés de fruits qui sont recommandablês. Nous avons parmi nous des pomologues des plus distingués qui, je l'espère, voudront bien nous éclairer à ce sujet et nous aider de leurs conseils. M. Baltet. — Les variétés fruitières destinées à la consommation intérieure et à l'exportation doivent être de nature robuste, au double point de vue de la culture facile et rémunératrice, et de la docilité aux remaniements de l'emballage et du transport. La liste doit en être restreinte et cependant elle doit comprendre un nombre suffisant d'espèces, étant données les utilisations multiples de nos fruits. En voici quelques exemples. Poiriers. — A côté des Williams, Duchesse, Louise-Bonne, Clairgeau, Diel, Amanlis, Mérode, Durondeau, si productives et tant demandées, il ne faut pas oublier les variétés suivantes qui ont également fait leurs preuves : Beurré Dilly et Duhuisson, bonnes poires d'automne, nées en Belgique ; — 200 - Beurré Lebrun très fertile, beau fruit allongé, d'origine troyenne, comme les trois variétés ci-après; Charles Cognée, arbre généreux, bon fruit d'arrière-saison, robuste en plein air ; Charles- Ernest, joli arbre, joli fruit de novembre; Docteur Jules Guyot, véritable William, privée du goût musqué, arbre des plus généreux; Délices Cuvelier, fruit belge, beau et bon; Doyenné de Montjean, sorte de Doyenné gris d'hiver; Duchesse de Bordeaux, arbre fécond, bon fruit d'hiver; Favorite de Clapp, la plus jolie, peut-être, des variétés de première saison ; Madame Treyve, c'est une poche remplie d'eau sucrée; Marguerite Marillat, arbre fertile, beau et bon fruit; Nouvelle Fulvie, bon fruit d'hiver, assez robuste aux intempéries; Olivier de Serres et Passe-Crassane^ arbres trapus, excellents fruits d'hiver; Président Mas, fruit de bonne vente et de bonne qualité; Pierre Joigneaux, arbre des plus vigoureux, fruit beau et bon. Pommiers. — Les pommes les plus recherchées aux Halles sont les Calville liane, Reinette du Canada, Reinette grise, Reinette franche. Api rose^ Belle-Jleur, mais dès que les variétés ci-après seront plus connues, le consommateur et le négociant en fruits les réclameront tout autant : Aslralan rouge, arbre robuste au froid, joli fruit coloré, de première saison; Belle-fleur jaune, arbre pyramidal par ses formes et remarquable par sa qualité, le fruit mérite le nom de « Calville-reinette »; Baldwin, arbre très fertile, fruit tardif, coloré, rustique à l'exportation; Calville de S^-Sauveur, pour basse-tige, d'une grande production; Cellini, arbre robuste, généreux, joli fruit strié, d'automne; London pippin, arbre ramifié, fécond, fruit beau à voir, bon à manger; Pippin de Parker, genre Reinette grise; arbre de production soutenue ; Pippin de Sturmer, fruit ferme, juteux, tardif, lent à se flétrir; Reine des Reinettes, arbre fécond, joli fruit, de première qualité; Reinette Bauman, floraison demi-tardive, fruit coloré rouge sang, abondant ; Reinette de Caux et Reitiette de Cuzy, arbres robustes, pour verger, bons fruits de consommation et de marché; Transparente de Croncels, arbre des plus vigoureux et des plus robustes au froid, beau fruit recherché pour les desserts et pour la fabrication des gelées ; Wagener, arbre productif, fruit coloré d'un goût agréable. — 201 — Pruniers. — La Reine-Claude et la Mirabelle, incomparables de qualité, n'empêchent pas le mérite des suivantes; Coé àfruit violet, beau fruit de maturité tardive; Des Béjonnières, presque l'égale des Reine-Claude et Mirabelle; Mirabelle précoce, bon petit fruit de marché ; Reine-Claude d'Althan, genre de Reine-Claude violette', Reine-Claude d' Ecully, forme vigoureuse et exquise du type ; Tardive musquée, bonne espèce pour la table, la pâtisserie, le séchage. M. Millet. — J'ai signalé la pomme Comte Orloff. Il y a sans doute d'autres variétés de pommes et de poires très recommandables. Signalons- les; essayons-en la culture. M. Gilbert. — Dans cet ordre d'idées je me permettrai de recom- mander une pomme qui vient un peu plus tard, mais qui peut rivaliser avec le Comte Orloff. Elle est également d'une grande fertilité. C'est la Rose de Virginie. M. Millet. — La Duchesse d'Oldenbourg est également un fruit superbe, d'une production des plus abondantes. Il y en a encore bien d'autres: Je recommanderai notamment le Rambourg Papeleu, qui est un fruit admirable que l'on ne saurait trop propager. M. Niepraschk. — Il est bon de recommander ces variétés, mais elles ne peuvent pas convenir pour toutes les contrées, pour tous les pays. En Allemagne il y a également eu des Congrès de pomologie. On a dressé des listes d'espèces recommandables, mais elles ne peuvent servir que pour le milieu de ce pays. Pour le Nord et le Sud, il faudrait une autre liste. Dans les pays rhénans et à Cologne notamment, nous avons des collections de toutes sortes. Mais j'ai trouvé que quelques uns de ces fruits recommandés ne venaient pas chez nous. Nous avons souvent de fortes gelées tardives dont il faut tenir compte. La Bergamotte Crassane, par exemple, n'a pas du tout réussi. Tous les arbres de cette espèce que j'avais en pyramide et en espalier ont été gelés pendant les derniers hivers rigoureux. Les arbres ne sont pas tout à fait morts, mais ils ne donnent que quelques mauvais fruits. Il faudrait donc dresser une liste d'après les pays. Quant au Comte Orloff, je crois que nous l'avons chez nous sous le nom de Foxlei/s russian apple. Notre climat n'est pas propre à toutes les espèces de pommes, mais celle-là y vient très-bien. Je vous la recom- mande, elle a un bon goût et une odeur exquise. Nous avons encore une autre variété qui est peut-être déjà mûre maintenant et qui est excellente: c'est V Astrakan. Je n'ai pas cette variété sur haute tige, ou en pyramide, mais sur cordon. Elle n'a jamais — 202 — souffert des gelées. Les arbres restent en bonne santé et tous les ans j'ai eu des fruits. M. Baltet. — A mon avis, les méthodes ne sont guère susceptibles de se perfectionner, mais c'est leur application qui demande à être examinée de près et à être perfectionnée. Il faudra toujours tenir compte des milieux où la plantation sera installée, examiner quelles sont les conditions de sol et de climat, s'enquérir des vents s'ils sont froids, secs, chauds, examiner s'il y a des brouillards, de la chaleur, etc. Il ne faut pas mettre, par exemple, des fruits d'hiver dans les terrains secs, où la sève s'arrête de bonne heure. En Algérie et dans le midi de la France, on ne pourrait avoir ni des pommes à floraison tardive, ni des poires d'hiver, alors que la sève s'arrête au mois de juillet. On doit-y planter des arbres précoces, abricotiers, cerisiers et autres fruits d'été. Ce côté de l'arboriculture, a-t-il été abordé par les auteurs? Rarement. En examinant la condition dans laquelle on se trouve, il faut savoir si l'on doit appliquer les tailles longues, les tailles courtes, les formes buissonneuses ou plates. En Hollande on ne cultive pas comme en Espagne. On parle de traditions; c'est l'expérience de nos ancêtres, — il ne faut pas la confondre avec la routine. — Il conviendra d'en tenir compte dans une juste mesure en l'associant aux conséquences du progrès moderne. Quant aux fruits locaux il faut s'y attacher, non comme fruit, mais comme méthode de culture, en appliquant les perfectionnements de l'arboriculture. A ce sujet on ne peut qu'engager les planteurs à suivre les conférences, les Congrès, etc. C'est ainsi qu'on arrivera à un progrès sérieux. Il faut que les amateurs, les Sociétés d'horticulture et d'arboriculture étudient les fruits qui sont peu connus et les diverses méthodes de culture, pour les recommander quand ils donnent de bons résultats, de manière que tout y gagne, les producteurs, les consommateurs, et les industries auxiliaires de l'arboriculture. M. Durand. — En 1879-80, il y a eu un fait qui m'a semblé intéressant et qui s'est passé dans la province de Liège, J'ai eu l'occasion de remar- quer que dans la vallée de la Vesdre, dans la vallée de l'Ourthe, les pommiers ont été gelés complètement, tandis que dans les parties plus élevées ils ont résisté. Je demanderai si le pommier Comte Orloff a résisté dans les vallées au bord de l'eau. M. Millet. — Mes cultures ne sont pas au bord de l'eau, tant s'en faut, car à 300 mètres de ma demeure le sol est de 15 mètres moins élevé que chez moi. Mes arbres ont été gelés parce qu'ils étaient vigoureux et sains- Ceux qui n'ont pas été gelés sont les arbres qui avaient été replantés, - 203 — dont la sève s'était retirée avant l'arrivée des grands froids qui ont été précoces cette année-là. Les variétés Comte Or lof et Duchesse d'Olden- bourg qui ont résisté au milieu des autres, se trouvaient dans des condi- tions identiques. C'est ce qui me fait dire que ces variétés sont plus rustiques que les autres. Elles viennent de Russie. Nos Court-jjendues, nos Belles-fleurs et d'autres variétés ont succombé, mais les deux pommiers dont je parle ont si bien résisté que je n'en ai pas perdu un seul arbre. M. Delrue-Schrevens. Je n'aurai que quelques mots à ajouter au rapport que j'ai eu l'honneur d'adresser au Comité organisateur. Il serait d'ailleurs superflu d'entrer dans de longues dissertations pour démontrer toute l'importance de la question que nous sommes appelés à examiner. Je ne me dissimule pas les difficultés qu'elle présente et les contesta- tions qu'elle peut soulever. En effet, le climat, le sujet, l'exposition et la nature du terrain exercent une influence si considérable sur la qualité des fruits, que des divergences d'opinion doivent nécessairement se produire quant à leur valeur et à leur qualité. Il serait donc téméraire de vouloir déterminer d'une manière générale et précise les variétés les plus recommandables. Je me suis borné à indiquer une quinzaine de variétés de poires que je coasidère de premier choix et qui pourront être multipliées et propagées sans crainte de déception. Ce sont : le Citron de Carmes, le Doyenné de Juillet, l'Epargiie, le Beurré Giffart, le Bon chrétien William, le Beurré Dilhj, le Beurré Degallait, le Beurré Durondeau, la Louise Bonne d'Avranches, le Beurré Dumont, la Fondante des Bois, le Beurré Diel, la Casteline, le Doyenné du comice et la Nouvelle Fulvie. Bien d'autres variétés pourraient être ajoutées à cette liste. Le Beurré d'Amanîis, le Beurré superfln, le Seigneur Espcren, le Beurré Hardy ^ la Marie-Louise, le Soldai Laboureur, la Duchesse d'Angoulème, la Bronzée d'Enghien, le Passe-Colmar, le Beurré d' H ardenfont, la Berga- motte Esperen, sont également des fruits précieux pour la culture en plein vent, mais les uns manquent de rusticité, exigent impérieusement un terrain profondément défoncé et largement amendé, les autres n'étant pas suffisamment adhérents à l'arbre, perdent une partie de leur récolte aux premiers vents de l'équinoxe; plusieurs enfin produisent parfaitement dans les jardins de ville, mais se gercent et se maculent à la campagne. Il appartient donc aux propriétaires et aux cultivateurs de faire un choix judicieux et de s'assurer s'ils se trouvent dans des conditions favorables pour planter ces variétés. N'oublions pas de mentionner les poires à cuire et notamment le Martin sec et le Catillac, deux fruits de grande production, de conser- vation facile et résistant parfaitement au transport. Le développement de la culture des variétés que nous venons d'indiquer — 204 — donnerait certainement aux cultivateurs un rapport des plus lucratifs et des plus rémunérateurs. En approvisionnant nos marchés de tous ces fruits délicieux, les classes déshéritées de la fortune trouveraient des jouissances qui leur sont inconnues. La propagation de tous ces fruits d'élite aurait donc pour résultat, non seulement d'augmenter la richesse publique, mais elle constituerait en même temps une œuvre essentiel- lement humanitaire. M. Baltet. — Vous savez que, depuis quelques années, les Etats-Unis et le Canada expédient, surtout à Liverpool, des quantités de fruits qui sont emballés en tonneaux. La pomme populaire en àmérique est la Nentoivii Pippin. Une autre qui tend à se propager c'est la Daldwin. L'arbre est excessivement fertile, son fruit est coloré et se vend toujours mieux sur les marchés que l'autre qui est verte. Elle est lente à se flétrir et lourde au poids. Dans les essais comparatifs qu'on a faits, on a même trouvé qu'elle était la plus lourde. Comme la vente se fait au poids, les producteurs américains ont trouvé qu'elle était du plus grand profit. C'est absolument ce qui se passe quand on cultive des fraises, on préfère les plus grosses et les plus pesantes parce qu'un panier d'une sorte (Héricart) est vendue 2 fr. de plus qu'un panier d'une autre sorte {Marguerite), à cause de la différence de poids. C'est le côté commercial, mais nous ne pourrions recommander une variété que lorsque le fruit est méritant. Il n'y a rien à dire contre ceux de la nature que j'indique. Nous avons étudié la pomme Comte Orloff dans un terrain tourbeux qui, dans les parties basses, a subi jusque 30 degrés de froid: il y a très bien résisté. La Rose de Bohème, pomme allemande, les Irisch peach et M. Gladstone, pommes anglaises, ont également résisté dans les mêmes conditions. S'il nous fallait signaler les variétés de pommier qui ont bravé les rigueurs du grand hiver, nous nommerions encore les Transparente de Croncels, de Vigne, Belle de Pantoise, d'origine française ; Joséphine Kreuter, que nous avons reçu d'Autriche ; les Astrakan, Borovitsky, Alexandre, Transparente blanche et autres variétés d'origine russe. A ce sujet, nous rappeleroiis que la province de Moscou a d'immenses vergers (arbres en buisson et groupés) composés des principales sortes : Titomka, Anisowka, Antonoivka. Nous en avons reçu des greffons de l'honorable D"" Regel de St. Pétersbourg. Déjà, la culture et la fructification nous ont fait reconnaître dans Antonowka, la Cellini des Anglais que nous avions jugée assez méritante pour figurer dans notre « Traité de culture fruitière » . En même temps, nous avons reconnu la London pippin dans les Calville du roi et Citron d'hiver de quelques pomologues. N'est-ce pas une nouvelle preuve qu'il convient d'étudier minutieusement la nomen- — 205 — clature et l'habitat des fruits locaux avant de les propager ou de les recommander? M' Millet. — M. Delrue vient de donner une liste de fruits recomman- dables dans le pays de Tournai, le paradis de la Pomologie. Je signalais tout-à-l'heure que le Beurré a Hardenfont recommandé par M. Delrue pour la culture en plein vent, et qui vient parfaitement dans les vallées du pays de Liège, ne vient pas du tout en plein vent dans les autres localités belges, malgré tous les soins qu'on lui donne. Il ne vient pas non plus en buisson ni en haut vent. C'est pour cela que je recommande l'étude des bonnes variétés locales. Je ne puis recommander pour être planté en plein vent le Bon Ckrélien William. C'est une excellente variété, mais chez nous, au premier vent, lorsqu'elle est à demi-grosseur, elle se détache. C'est le vent qui fait la récolte : le pédoncule n'est pas assez solidement attaché. Je ne sais si dans les localités que vous habitez ce fruit ne tombe pas au premier coup de vent. Je vous engage à bien examiner ce point avant de le faire entrer dans la culture en grand. M. Theyskens. — Je donne complètement raison à M. Millet, lorsqu'il dit que bien des variétés, telles que le Beurré d'Harden'pont, préconisées pour la grande culture de spéculation en verger, ne donnent aucun résultat en Belgique. Je trouve aussi que pour les cultures de ce genre on recommande généralement, dans les traités d'arboriculture comme dans les Congrès, bien trop de variétés. Pour ce qui regarde le poirier, je ne connais pas un arbre donnant de meilleurs résultats dans notre pays, que le DouUe PMli'p'pe. Il est très vigoureux; il vient bien dans tous les sols, même en pleine Campine, pourvu qu'on prenne les soins nécessaires lors de la plantation. Le fruit gros et abondant se vend régulièrement pour l'Angleterre à des prix très élevés. La consommation en Belgique même en est énorme, car sans être de toute première qualité, il figure avantageusement sur la table du riche comme sur celle de l'ouvrier. C'est la vraie bonne et belle poire populaire du pays. Une variété encore fort recommandable c'est la Calebasse Bosc. Excellent fruit de table, connu comme tel de chacun, il se vend toujours à un prix très élevé. Les marchands, dans les grandes villes, le recherchent particulièrement. L'arbre est cependant moins vigoureux que le Double Philippe et je ne conseille pas de le planter dans les sols maigres de la Campine. Si aujourd'hui j'avais à planter un verger dans une terre de valeur moyenne, je planterais neuf Double Philippe sur un Calebasse Bosc, Dans les sols privilégiés, par exemple aux environs de Tournai, on pourra faire un choix parmi les autres variétés préconisées. Quant aux pommiers, les bonnes variétés sont encore le Court-pendu et la Belle-Jleur quoique bien des Reinettes soient très reeommandables. — 206 — Depuis quelques années la culture des arbres fruitiers et entr'autres du poirier et du pommier en buisson ou sur demi tige, tend à s'établir en Belgique. A cet effet on greffe sur Coignassier et sur Doucin. Ces cultures sont très lucratives et d'autant plus agréables qu'elles produisent trois ou quatre ans après la plantation, contrairement aux vergers plantés en haut-vent qui ne donnent qu'après une dizaine d'années de plantation. Elles se font beaucoup en Angleterre et j'en ai vu de très remarquables aux environs de Londres entre Hayes et Hampton-Court. Les arbres ne sont plantés qu'à trois ou quatre mètres de distance les uns des autres. La chute des fruits qui empêche bien des variétés très méritantes d'être cultivées en haut vent est peu à craindre dans ces plantations. En effet, le venta peu de prise sur les arbres qui n'acquièrent que trois ou quatre mètres de hauteur; on peut les abriter par des plantations de Conifères et aussi les relier entr'eux par des fils de fer galvanisés pour obvier au balancement. Pour la culture du pommier faite de cette façon, je recommande surtout les Reinettes et entr'autres la Remette de Caux et la Rei7ie des Reinettes. On y ajoutera quelques variétés à très gros fruits comme le Grand Alexandre, le Warner' s King , etc. Pour le poirier, je ferai un choix de variétés donnant de bonnes et belles grosses poires de table. Je les choisirai de manière à avoir des fruits mûrs avant et après le Double Philippe, c'està dire, avant et après l'époque de la grande abondance des poires du marché. Ce seront des fruits à emballer soigneusement dans des caisses, petits paniers et non pas à vendre par 100 kilos. Voici, à mon avis, les variétés les plus estimables: Avant le Double Philippe: 1° le Beurré d'Amanlis, beau et excellent fruit. 2° le Bon Chrétien William, gros et très bon. Après le Double Philippe. 1" La Poire de Tongres, fruit excellent et magnifique, mûr en Novembre. 2" La Duchesse d'Angoulême, très beau fruit, excellent dans les sols sablonneux. Novembre. 3° Le Beurré Dumont, gros fruit de toute première qualité, mûr en Novembre, Décembre. 4° Le Beurré Six, excellent fruit très gros pour Décembre. 5° Bergamotte d'Esperen^ arbre très productif. Excellent fruit de Janvier à Mars. Recommandable surtout pour les sols sablonneux. On peut ajouter à ces variétés la Calebasse de Tb'lemontf qui d'après M. Millet, est un excellent et beau fruit. M. Millet. — Lorsqu'on cultive au point de vue du commerce je crois — 207 — aussi qu'on doit se borner à un petit nombre de variétés pour l'exportation et même pour les expéditions à quelque distance de chez soi. Il faut pouvoir envoyer des quantités assez considérables. Les marchands ne vont pas trouver un amateur chez qui ils rencontrent la plus belle collection de poires et de pommes, chez qui ils pourront se procurer 100 fruits d'une espèce et 100 d'une autre. Il vous demanderont plutôt : combien de centaines de kilos pourrez-vous me servir de telle ou telle variété ? Pour un amateur, pour celui qui veut charmer ses loisirs, une belle et riche collection de pommes, de poires, de prunes, de pêches etc., c'est parfait ! Mais, pour le commerce, ne collectionnons pas : bornons- nous à cultiver peu de variétés et cultivons-les bien et en masse, pour pouvoir les écouler facilement. A St-Trond, on cultive une mauvaise poire que l'on appelle Eool Stock ce qui signifie bâton de choux. Or, cette marchandise se vend en moyenne 30 fr. les 100 kilos et on en expédie en Angletterre autant qu'on en a. Les fruits sont mangés dans les rues de Londres par les bambins et les ouvriers et ils sont d'un rapport considérable. Il ne faut rejeter aucun fruit qui donne un produit rémunérateur. Aussi conviendrait-il de demander des renseignements sur les variétés cultivées dans les divers pays. Chacun de nous mentionnerait les fruits les plus récommandables de telle ou telle localité, en donnant un petit aperçu de la culture qui leur convient le mieux. Cela pourrait nous aider à connaître les meilleures variétés pour le commerce et celles qui produisent le plus. M. Hansen. — Je partage tout à fait l'avis de M. Millet, qui dit qu'il faudrait, dans tous les pays, dresser une liste des meilleures espèces. Cela s'est déjà fait dans quelques pays ; il est fort intéressant pour nous, étrangers, de suivre les articles publiés sur ce sujet par le Bulletin du Cercle d'arboriculture de Belgique. Nous avons un avantage dans le Nord, c'est que certains fruits y sont plus parfumés qu'ailleurs. Il y a notamment la pomme Graasiener (en allemand : Gravensteiner) qui se développe très bien chez nous et y est fort apprécié; on n'en exporte pas beaucoup, sauf parfois à Paris. Il me semble qu'une pomme aussi excellente et, avec elle, plusieurs autres excellentes variétés, sont beaucoup plus récommandables pour le dessert que les oranges acides. Nous avons en Danemark bien des variétés qui ne seraient pas dédaignées dans d'autres pays. Voici, par exemple, une poire, le Comte von Moltke dont, en ces dernières années, on a vendu beaucoup d'arbres, sous le nom de Roi Christian. Les facilités que les moyens de communication offrent aujourd'hui, - 208 — permettent de faire des échanges sur une vaste échelle. J'ai eu le plaisir d'être utile à plusieurs de mes correspondants en France, en Allemagne, en Autriche, etc., en leur envoyant des greffes d'arbres fruitiers danois ; s'il y en a parmi vous, Messieurs, qui veulent faire des essais, je me ferai un véritable plaisir de vous envoyer des rameaux. Je ne puis assez me féliciter, Messieurs, de pouvoir, à titre d'étranger, rappeler à un Congrès international, les grandes obligations que nous devons aux Belges. C'est à eux que nous sommes redevables des bonnes et belles variétés que nous possédons. Des pomologues de tous les pays ont pu se rattacher, en qualité d'adeptes ou de confrères, aux grandes célébrités belges. Je suis convaincu, Messieurs, qu'il n'y a parmi vous personne qui ne désire s'associer à l'hommage de sympathie et de haute estime que nous présentons aux arboriculteurs belges. ( Vifs applaudissements). M. Niepraschk.— Je viens d'entendre recommander la poire William; c'est une bonne poire d'espalier, mais en haut-vent elle réussit rarement chez nous. C'est pour éviter ces déceptions que je voudrais avoir une liste dressée par région. On a recommandé également, le Beurré d'Harden- pont : chez nous cette bonne poire devient pierreuse. Ce n'est donc pas une poire de commerce pour notre pays. Comme l'a très bien dit M. Hansen il y a le Gravensteiner qui est recommandé partout en Allemagne. Il a jadis obtenu le 1' prix au Congrès de Reutlingen ; c'est une pomme qui vient très bien dans toutes les parties de l'Allemagne et qui réussit presque dans tous les pays de l'Europe. J'appuie donc l'idée de dresser une liste générale, par pays, et par localités, là où c'est nécessaire. M. Tyman. — La question qui nous occupe a fait l'objet de discussions dans plusieurs Congrès. La grande culture a été discutée au Congrès de Bruxelles en 1880. En 1881 elle a fait l'objet de nos travaux au Congrès de Mons. Je ne parle que des poires. Au Congrès de Bruxelles de 1880, le questionnaire comprenait la ques- tion suivante : A Quelles sont, d'après la qualité du sol, V altitude et V exposition, les meilleures et les plus productives variétés de fruits de verger à planter dans les diverses provinces de Belgique ? A. — Pommes. B. — Poires. B. Même question pour les jardins de ferme et de métairie. La liste qui a été arrêtée à l'assemblée générale en 1881 comprenait pour les bonnes zones 17 numéros. — 209 — 1. Double PJiilippe. 2. Beurré d'Amanlis. 3. BergamoUe d'automne. 4. Louise lonne d'Avranclies. 5. Joséphine de Malines. 6. Beurré Capiaumoni. 7. Calehasse Bosc. S. Durondeau. 9. Beurré- Gif art. 10. Cuisse-Madame. 11. Rousselet de Reims. 12. De Curé. 13. Besy de Chaumontel. 14. Triomphe de Jodoigne. 15. Conseiller à la Cour. 16. Catillac. 17. Marie Louise Delcourt. La section a recommandé spécialement pour les terres sablonneuses. 1. Beurré Diel. 2. Bergamotte d'automne. 3. Rousselet de Reims. Vous voyez qu'on a fait la distinction d'après le sol. Cela n'est pas sans importance, ^ Au Congrès de Mons qui a eu lieu l'année suivante, en 1881, le ques- tionnaire portait : Des meilleures variétés de fruits du Tournaisis et de leur culture. Le rapporteur était M. Griffon, professeur à l'École d'arboriculture de Tournai. Dans son rapport il présente, comme poiriers hautes tiges, 14 variétés. 1. Beurré DurondeaU' 2. Beurré de Gallait. 3. Beurré Duhuisson. 4. Beurré Dilly. 5. Bergamotte d'automiie ou Beurré Cuvelier. 6. Beurré Dumont. 7. Crassane Dumortier. 8. Beurré de Ghelin. 9. Beurré des Augustins. 10. Castelline. 11. Louise lonne d'Avr anches. 12. Beurré d' H avdenimit. - 210 - 13. Passe Colmar. 14. Beurré Rance. Dans cette nomenclature ont été acceptées sans débats, les variétés suivantes : 1 . Beurré Durondeau. 2. Beurré Dilly. 3. Délices Cuvelier. 4. Louise bonne d'Avranches. Ont été négligées : 1. Beurré de Gallait, pas assez connu. 2. Beurré Dubuisson, trop chétif pour la grande culture. 3. Beurré Dumont, ne convenant pas pour la grande culture. 4. Beurré de Gheîin, id. 5. Beurré des Augustins, pas assez connu. 6. Castelline, trop petite. 7 . Beurré d'Ha rdenpont . 8. Passe Colmar. 9. Beurré Rance. Les trois dernières variétés ne convenant pas pour la culture en plein vent. Za Crassane Dumortier, variété fort douteuse. La section aurait voulu voir figurer dans cette liste quelques autres variétés très recomman- dables, telles que : Double Philippe, Beuri'é d'Amanlis, Joséphine de Malines, Nouvelle Fulvie, Besy de Chaumontel, Beurré Qiffarl, Calebasse Base, Cuisse Madame, etc. La question posée aujourd'hui est celle de savoir quels sont les fruits dont la culture peut s'étendre et être avantageuse à la consommation intérieure et à l'exportation. Cette question ainsi posée doit se rapporter à la grande culture, c'est ainsi, me semble-t-il, que l'honorable rappor- teur l'a traitée. Nous allons passer en revue les variétés ou les espèces préconisées par M. Delrue-Schrevens. Beurré Dilly, fertilité ordinaire. — Cet arbre a un grand défaut, qui doit le faire négliger pour la grande culture ; son bois est trop fin et il se met très laborieusement à fruit. Beurré de Gallait, toujours inconnu. Beurré Dumont, laisse à désirer pour la grande culture: le fruit se crevasse trop souvent et demande une très bonne exposition ; en espalier, il est du reste succulent. Beurré Diel. Absolument pas : Le Beurré Diel exige, sous notre climat, l'espalier au mur et en plein midi, sinon il devient pierreux, se crevasse et tombe avant maturité ; pour les sols sablonneux seuls, il pour- rait y avoir une légère exception. — 211 — Castelline, produit d'une manière convenable sur cognassier, mais cependant pas suflSsararaent pour la grande culture; cet arbre a un avantage, c'est qu'il n'a pas besoin de serpette. Il reste donc : Beurré Durondeau . Louise tonne cf Avranches . Fondante des Bois. Doyenné du comice d'Angers. Nouvelle Fulvie [Grégoire). Cette liste ainsi arrêtée semble très exclusive. Il y a d'autres espèces de poires qui ne sont pas sans mérite et dont la grande culture peut être vivement recommandée. Je propose d'y adjoindre, sauf discussion, les variétés suivantes : 1. Double Philippe. 2. Beurré d'Amanlis. 3. Bergamotte d'automne. 4. Joséphine de Malines. 5. Beurré Capiaumont. 6. Calebasse Bosc. 7. Beurré Giffart. 8. Cuisse Madame. 9. Bousselet de Reims. 10. De Curé. 11. Besy de Chaumontel. 12. Triomphe de Jodoigne. 13. Cotiseiller à la Cour. 14. Caiillac. 15. Marie Louise Delcourt. Une autre variété est surtout digne d'occuper une place dans cette liste : elle a un mérite exceptionnel; seule elle a résisté aux froids tardifs de l'année dernière et encore cette année elle n'a pas laissé mar- chander sa bonne volonté. C'est le Beurré Six qui a été négligé dans tous les Congrès, parce que le mérite de ce fruit n'a été reconnu qu'à la suite des intempéries du printemps 1884. Voici la description de cette variété : Beurré Six. (Six). F. n. 1. Synonyme : Six. V. Nos poires, Van Houtte, PI. K. Poire de première qualité, mûrissant en novembre et décembre, chair blanc-verdâtre, des plus fines, fondante, contenant quelques filaments, — 212 — d'une eau excessivement abondante, sucrée, acidulée, possédant un arôme exquis. Arbre de moyenne vigueur, se greffant sur franc et sur cognassier, très recommandable pour haut-vent, formant des pyramides des plus remar- quables et bien garnies, venant bien aussi en espalier, d'une fertilité régulière. — Précieuse variété. Fruit volumineux. M. Palacky. — L'Autriche est un pays d'exportation de fruits plutôt que de légumes. Goritz(?) seule (Gortz allem.) est si favorisée qu'elle produit toute l'année. Son principal produit est le choux-fleur d'hiver qui remplit presque tous les marchés pendant cette-saison. Pour les fruits il n'y a que deux pays d'exportation, ce sont le Tyrol méridional et la Bohème. Cette partie du Tyrol exporte surtout des pommes en Autriche et en Allemagne. Parmi ces pommes, la plus chère et la plus connue est la Rosmarinap/el, qui a l'odeur du romarin. (Rosmarinus officinalis.) J'ai assisté aux débats relatifs à l'impôt foncier à la commission autrichienne dont j'étais membre. Là, il a été établi d'une manière générale, que le rendement moyen de chacun de ces arbres est de quarante fr. par an. C'est sur cette base que l'impôt est fixé. Cet arbre ne vient que sur le versant méridional du Tyrol et dans des prés qui sont bien arrosés, Comme ses branches sont très larges il faut au moins, dans la plan- tation, laisser quinze mètres d'intervalle entre les arbres. Il y a une grande maison d'exportation, la Société anonyme, aupa- ravant Rigler, qui exporte ces pommes en les emballant très bien et qui les vend très cher. La culture des arbres fruitiers en Bohème est en décadence par suite des conditions climatériques. Nous souffrons d'une grande sécheresse l'été. On mange en Bohème, en certaines quantités, même des poires de Cali- fornie. On exporte des cerises, des pommes, des poires (si l'année est bonne). Les variétés du Nord sont ordinaires, je ne veux pas les recom- mander. Il y a aussi l'exportation des prunes qui se pratique chez nous, spécialement dans la vallée de l'Elbe. Il y a dans un village (Dolan), une excellente variété de prune, mais ce n'est pas une variété constante. Elle dégénère et c'est la localité qui lui donne ses qualités. Cet arbre croît sur un terrain d'exposition méri- dionale très fertile et bien arrosé. Je ne parlerai pas des pruniers de la Bosnie. Ce n'est pas un arbre fruitier, c'est un arbre forestier, qui ne demande aucun soin. Je ne le mentionne que pour mémoire. Les États-Unis exportent des poires jusqu'en Autriche. Le Vaccinium macrocarpnm est une variété de Myrtille qui rapporte beaucoup et qui donne lieu à des affaires comportant des chiffres énormes. Il croit dans les marais et dans les tourbières du nord des États-Unis. Comme il y a des — 213 — tourbes en Belgique il serait peut-être possible d'y faire cette culture. C'est un fruit très see qui contient beaucoup de tannin. Il est très bon pour la digestion et ne coûte pas grand'chose. Les personnes qui pour- raient s'intéresser à cette culture trouveront des renseignements dans les rapports annuels du Ministère de l'Agriculture des Etats-Unis. Je me mets au service des membres du Congrès qui désireraient avoir ces renseignements. M. Hansen. — Il y aurait beaucoup à dire encore sur cette question. La variété de pomme, le Cfraastener danois, dont j'ai parlé, qui se porte très bien chez nous et qui produit les meilleurs fruits du Danemark, ne réussit pas partout comme, par exemple, à Angers, où M. André Leroy ne la considérait que comme une bonne pomme à cuire. Vous savez que le duché d'Oldenbourg a des possessions dans le Holstein, cette pomme s'y développe très bien, d'après ce que M. l'Inspecteur des jardins de la cour grand-ducale d'Oldenbourg m'en a dit, tandis que dans l'Oldenbourg lui-même, elle est de qualité inférieure. Cela prouve que les renseigne- ments que l'on récolte de tous côtés ont une très grande importance. Il faudrait dresser des listes dans tous les pays et les dresser par contrées. Nous avons eu, à Copenhague, un Congrès et une Exposition Scan- dinave de fruits; il a fallu diviser le petit Danemark en plusieurs régions. On a décerné des prix pour le nord et pour le midi du Jutland, pour les îles, puis pour la Suède, la Norwège, etc. Le plus grand malheur pour l'arboriculture, c'est le grand nombre de variétés que l'on possède. On s'est trop longtemps trompé en croyant que les variétés qui réussissent dans un pays, réussiront également dans les autres. Après les Allemands, ce sont les jardiniers danois qui ont voyagé le plus ; de là cette multitude de variétés cultivées au Danemark et rapportées un peu de partout. De bonne heure, je me suis livré à l'étude spéciale des fruits, de sorte qu'il m'a été possible, avant l'âge de vingt-cinq ans, de recueillir, de dessiner et de décrire mille variétés de fruits, principalement des pommes et des poires cultivées en Danemark. Le travail le plus important à effectuer aujourd'hui dans les jardins fruitiers, est celui qui consiste à choisir avec discernement dans la masse des variétés qui nous envahissent continuellement. Dans ce but, il faudra prendre des notes minutieuses sur les arbres et leurs fruits; s'attacher surtout à observer la rusticité des arbres et même de leurs fleurs, et s'assurer comment ces dernières résistent à la gelée blanche, etc. Il y a bien des choses à étudier, entre autres les propriétés des fruits, surtout par rapport à l'époque de la maturité, la durée de leur conservation, leur prédisposition à se gâter, etc. Il est, de nos jours, très facile, d'échanger non seulement des idées et des observations, mais aussi les fruits et de faciliter de cette façon, l'étude — 214 — d'une matière aussi importante pour tous les pays où l'on cultive et apprécie les fruits. M. Palacky. — M. le secrétaire me communique un projet de résolution qui me paraît très sage. On propose que le Comité exécutif du Congrès se mette en rapport avec les spécialistes étrangers, pour se communiquer les fruits les plus recommandables de leurs localités respectives ; pour demander des renseignements sur les variétés cultivées dans les différents pays, sur les conditions qui leur sont nécessaires pour se développer et surtout sur les terrains qui leur conviennent. Si cette proposition est acceptée, il y aurait lieu, pour chaque membre du Congrès, de donner des renseignements et d'en demander à ce Comité. M. Delrue-Schrevens. — Je désire ajouter quelques mots aux obser- vations très judicieuses qui ont été présentées. Nous avons constaté, bien souvent, que des fruits très méritants, très recommandables à tous les points de vue, restaient localisés pendant de nombreuses années, dans les régions où ils avaient été obtenus. Cet état de choses, éminem- ment déplorable, tient à la diflSculté extrême de faire parvenir aux sociétés étrangères, des spécimens de ces fruits afin de les faire connaître et apprécier. Et cela, uniquement à cause des ennuis et des tracasseries que l'on éprouve à la frontière, où les colis sont ouverts, visités, déballés et toujours détériorés ! Tous les gouvernements de l'Europe étant réprésentés à ce Congrès internatmt,al de Botanique et d'Horticulture, je demande si nous ne pourrions pas profiter de cette circonstance heureuse, pour tâcher d'obtenir de toutes les nations européennes, l'autorisation d'expédier direc- tement, en FRANCHISE DE DOUANES, des spécimens de fruits, aux Sociétés régulièrement constituées et reconnues ? Pour éviter tout soupçon de fraude, les colis dont le poids et la dimension pourraient être déterminés, seraient préalablement visés, soit par le Consul, soit par d'autres agents expressément désignés; ce qui donnerait tous les apaisements et toutes les garanties désirables. Ce serait en un mot, le libre échange pomologique ! Si cette proposition que j'ai l'honneur de vous soumettre est adoptée, Messieurs les délégués des gouvernements pourraient s'entendre avec le Comité exécutif, pour la négociation . M. Tyman. — J'appuie la proposition de M. Delrue. Seulement il ferait bien de ne pas la développer comme il l'a fait. Si elle était conçue dans des termes plus simples, plus élémentaires, elle aurait plus de chances de succès. Je me contenterai de formuler un vœu pour que ces relations s'éta- blissent entre les différentes catégories des membres du Congrès et je — 215 — m'arrêterais là. Je laisserais les membres du Comité exécutif seuls juges de la manière d'opérer, c'est-à-dire, de la manière dont ils doivent s'y prendre. C'est l'unique moyen d'arriver à un bon résultat. M. le Président. — La question XXI a été traitée hier. La note de M. Delrue sera communiquée au Comité exécutif. Je vous propose de voter la résolution de M. Millet : « Le Comité exécutif du Congrès pourrait se mettre en rapport avec les spécialistes étrangers pour se communiquer les fruits les plus recom- mandables de leurs localités respectives. » M. Millet. — Je vous prie d'ajouter un mot à la demande de M. Delrue. On parle de l'échange de fruits, je propose d'y ajouter: «et des greffons. » M. le Président. — Personne ne s'oppose à l'adoption de cette première résolution? — Ado f té. Voici la seconde partie. Il s'agit de demander des renseignements sur les variétés cultivées dans les différents pays, sur les conditions qui leur sont nécessaires pour se développer le plus et surtout sur les terrains qui leurs conviennent. — Adopté. Nous transmettrons la résolution au Comité exécutif qui arrangera la chose comme cela lui conviendra au point de vue de la rédaction. Je crois que M. Delrue n'insistera pas sur sa proposition. Il lui est donné satisfaction par celle qui vient d'être adoptée. Il s'agit maintenant de décider si la section émet le vœu qu'on facilite les transports de fruits et qu'on leur donne la franchise de douane. Je suppose que vous accepterez l'amendement de M. Millet qui propose d'ajouter aux fruits les greffons. — Marques d'adhésion. Un membre. — Le visa du Consul serait peut-être une formalité difficile à remplir. On n'a pas toujours le Consul sous la main. M. Millet. — Dites alors : « légalisé par le bourgmestre ou le maire de la commune. » M, le Président. — Je propose de dire: « légalisé parles autorités. » — Adopté. Est-ce que la section accepte l'amendement de M. Delrue? — Adhésion. Le Bureau sera chargé avec MM. Delrue et Millet de s'entendre sur la rédaction. L'heure étant avancée je vous prierai de monter à l'étage où les deux sections doivent se réunir. M, Fauvel. — Un mot seulement. Parmi les fruits recommandables on n'a pas recommandé la Transparente de Croncels que nous devons à M. Baltet et qui a le mieux résisté pendant l'hiver de 1880. La modestie de M. Baltet l'a empêché d'en parler. La séance est levée à II 1/2 heures. Assemblée générale du 5 août 1885. Présidence de M. le D"" H. Van Heurck, directeur du Jardin botanique d'Anvers. M. É. Marchal, secrétaire du Congrès, remplit les fonctions de secrétaire. Sommaire : Les vœux exprimés au Congrès, par MM. CIi.'De Bosschere et Planchon. — Lettre à adresser à M. le D"^ Treub, à Buitenzorg. — Discours de clôture, par MM. Bernard, Ch. de Bosschere, Van Heurck, Bâillon. La séance est ouverte à midi. M. le Président. — Messieurs les présidents des sections sont invités à prendre place au bureau, ainsi que M. Bernard, délégué du gouver- nement belge. J'ai l'honneur d'ouvrir l'assemblée générale. J'accorde la parole à M. Ch. De Bosscherr pour les communications qu'il a à faire. M, Ch. De Bosschere. — Ces communications se réduisent à fort peu de chose. Dans une séance antérieure, je crois avoir dit que tous les membres du Congrès qui, à un titre quelconque, ont pris part à nos travaux, recevront la copie de la sténographie de leurs communications. Chaque membre sera appelé à corriger lui-même son travail. Nous aurons soin de mentionner dans les Actes du Congrès que nous avons adopté ce mode de contrôle. De cette manière, chacune des personnes citées sera responsable des opinions qu'elle a émises. M. Planchon. — C'est parfait. — S17 — M. Ch. De Bosschere. — Je demande la parole pour vous donner connaissance de la lettre que nous nous proposons d'envoyer à M. le D"" Treub, directeur du Jardin botanique de « Buitenzorg » . Nous devons la rédaction de cette lettre à l'obligeance de M. Bâillon. Monsieur et très honoré Collègue, « Le Congrès de botanique, réuni en ce jour à Anvers, a pris connais- sance de l'invitation adressée par vous à tous les botanistes de l'Europe, de se rendre au laboratoire de Buitenzorg pour y étudier les merveilles de la flore tropicale. Sur la proposition d'un de ses membres, le Congrès a décidé qu'il vous serait immédiatement adressé une lettre de remer- cîments et de félicitatioûs, signée de tous les membres présents. Ils font des vœux pour le succès de l'entreprise généreuse et si profitable aux intérêts de la botanique, dont vous avez eu l'heureuse idée et ils vous prient, Monsieur et très honoré Confrère, de vouloir bien agréer l'assurance de leur reconnaissance et de leur afifectueux dévoue- ment » . {Applaudissements). Comme moyen d'exécution. Messieurs, je propose que cette lettre soit déposée sur le bureau, afin que, tous, vous puissiez avoir l'occasion de la signer. Seulement comme beaucoup de botanistes sont absents en ce moment, je me charge de prendre la lettre avec moi demain à Bruxelles et vendredi à Gand, afin de pouvoir recueillir le plus grand nombre de signatures possible. Le comité d'organisation du Congrès se chargera ensuite de l'expé- dition. M. Bâillon. — On pourrait inscrire les absents. Il y a difi'érents professeurs qui ne sont plus ici. M. Ch. De Bosschere. — Nous le ferons(l). (1) Voici le teste de la lettre que M. le directeur Treub nous a adressée en réponse à celle que nous lui avons transmise au nom du Congrès: Buitenzorg (Java), le 28 septembre 1885. Monsieur et très honoré Collègue, En vous accusant la réception de votre lettre du 16 août, ainsi que de celle du Congrès d'Anvers, en date du 3 août, je ne sais comment exprimer ma vive reconnaissance. Les marques de sympathie et d'adhésion à l'entreprise que je tente, dans l'intérêt de notre science, m'ont causé la plus agréable des surprises. Venant d'une assemblée aussi coinpétente à taxer l'utilité de l'initiative que j'ai osé prendre, elles constituent pour moi un précieux encouragement. — 218 — M. Bernard, délégué du Gouvernement belge. — La Société de Botanique de Belgique aura l'honneur, Messieurs, de vous recevoir demain à Bruxelles. Ce n'est donc pas adieu que nous allons nous dire, mais au revoir. Les horticulteurs gantois, la Chambre syndicale des horticulteurs belges et la Société royale d'agriculture et de botanique de Gand auront le plaisir de vous compter parmi eux vendredi prochain. Je tiens cependant à accomplir un devoir de reconnaissance, au nom du Gouvernement, au nom des botanistes et des horticulteurs belges, en remerciant d'abord les Gouvernements et les Chefs d'État qui ont bien voulu désigner à ces assises scientifiques des délégués officiels et toutes les institutions scientifiques qui nous ont envoyé ici leurs représentants. La haute valeur des rapports préliminaires, la portée pratique des discussions de ces jours derniers, nous prouvent assez combien le choix de ces délégués a été heureux! La Belgique, Messieurs, en a été grandement honorée ! Le Gouvernement belge étudiera avec une soigneuse attention vos savantes délibérations et il répondra certes à vos sentiments à tous, à votre amour du progrès et de la science, en tâchant de réaliser, dans la sphère de ses attributions, les vœux, les motions, que vous avez présentés, que vous avez développés avec une si haute autorité scientifique. Je vous remercie et je remercie spécialement les organisateurs du Congrès, et tout particulièrement M. Charles De Bosschere et ses adjoints qui, depuis plus d'un an, se sont dévoués à l'œuvre du Congrès ! (Applaudissements) . Encore une fois, merci à tous ceux qui ont apporté leur concours à cette œuvre si utile. Au revoir, Messieurs. {Applaudissements). M. Ch. De Bosschere. — Au nom de la commission organisatrice du D'autre part, elles m'engagent à compter sur le plaisir de voir souvent des collègues de l'Europe, dans la station botanique de Buitenzorg. Vous voudrez bien. Monsieur, être l'interprète de mes sentiments auprès des membres du Congrès. En second lieu, je vous présente mes sincères remerciements pour l'envoi des Rapports préliminaires et des Actes du Congrès, que vous avez eu l'extrême obligeance de me promettre. Je ne manquerai pas à vous en accuser plus tard la réception. Veuillez agréer, Monsieur et très honoré Collègue, avec l'expression réitérée de ma gratitude, l'assurance de ma considération la plus distinguée. (Signé) M. Treub. Monsieur Ch. De Bosschere, Secrétaire-général du Congrès international de Botanique et d'Horticulture d'Anvers (1885). — 219 — Congrès international de botanique et d'horticulture, je ne puis que top joindre au. délégué du Gouvernement, pour vous exprimer les mêmes sentiments de reconnaissance ! Je ne veux pas abuser de vos moments, j'aurai plusieurs fois encore cette semaine l'occasion de vous dire plus longuement combien nous vous sommes tous reconnaissants des services éminents que vous avez rendus à la science, et aussi de la bienveillance avec laquelle vous avez répondu à notre appel. Si notre Congrès produit quelques fruits, ce sera grâce à votre assiduité aux séances, grâce à la science et au dévouement que vous avez si généreusement prodigués à la solution des questions qui vous étaient soumises. Encore une fois merci de tout cœur, au nom de la Commission orga- nisatrice! {Applaudissements). M. H. Van Heurck. — Avant de nous séparer, je crois, Messieurs, qu'il est de notre devoir à tous, de témoigner notre reconnaissance toute spéciale à M. Ch. De Bosschere qui s'est dévoué d'une façon exemplaire pour l'accomplissement de la tâche dont il avait pris généreusement l'initiative. Pendant un an il a fait l'impossible pour parvenir à faire réussir le Congrès. Ses efforts ont été récompensés de la façon la plus brillante. Nous devons lui en témoigner toute notre gratitude. {Longs applaudissements.) Je vous remercie. Messieurs, de l'honneur que vous avez fait à notre Jardin Botanique en y tenant le Congrès. Ses séances ont été une digne inauguration des nouveaux locaux que notre Administration communale y a fait établir. Notre Jardin est le dernier reste de l'ancienne Ecole de médecine qui y avait été établie, au commencement de ce siècle, en 1802, sous la République française et qui fut supprimée plus tard. Aujourd'hui, il n'est plus rattaché à aucun établissement d'instruction, mais il n'en rend pas moins des services à l'enseignement public et aux nombreux visiteurs qui le fréquentent. Vos importantes séances feront date dans l'histoire du Jardin. Je vous remercie encore une fois. Messieurs, de l'honneur que vous lui avez fait et je déclare close la session du Congrès international de Botanique et d'Horticulture d'Anvers. M. Bâillon. — Au nom de tous les membres du Congrès, au nom de tous les étrangers qui ont été invités à y prendre part, et qui ont reçu ici un accueil si cordial, permettez-moi de remercier du fond du cœur toutes les personnes qui nous ont si bien accueillis, toutes celles qui se sont dévouées à cette œuvre, toutes celles dont on vient de faire ressortir les mérites d'une façon si éclatante : M. le délégué du Gouvernement, - 220 — M. le directeur du Jardin botanique d'Anvers, M. Ch. De Bosschere, la Commission organisatrice dont il est l'un des dignes chefs, toutes les personnes en un mot qui nous ont donné tant de témoignages de sympathie que nous n'oublierons jamais, soyez en convaincus ! [Longs applaudissements). La séance est levée à une heure et demie. RÉCAPITULATION des vœux émis par le Congrès international de Botaniqiie et d'Horticulture d^ Anvers. I. Le Congrès émet le vœu qu'un Comité international soit constitué et se mette à la disposition de l'État libre du Congo pour organiser et diriger l'exploration botanique de sa flore. (Voir les discussions, Impartie des Actes du Congrès, p. 22-47). IL Le Congrès émet les vœux : 1° De voir s'établir promptement une échelle thermométrique unique ; 2° De voir adopter de préférence l'échelle centésimale. 3" De voir, en attendant que la réforme soit adoptée, les publicistes horticoles indiquer dans leurs écrits, la réduction en degrés centigrades des chiffres de température donnés d'après l'usage de leur pays respectif- (Discussion : p. 59). III. Le Congrès recherchera les moyens d'encourager et de généraliser la création de jardins scolaires. (Discussion : p. 62-66). IV. Le Congrès admet les trois propositions suivantes : 1" L'emploi du jus de tabac et mieux encore des sels ammoniacaux, qui seuls agissent dans le jus de tabac très concentré, est un remède très actif contre les insectes dans les serres. 2° A l'extérieur, on peut employer l'alcool étendu d'eau. 3" L'emploi du pétrole peut être très bon, mais à la condition qu'il soit très dilué dans l'eau. Sans cette précaution, ce dernier remède peut être considéré comme étant aussi nuisible aux plantes qu'aux insectes. (Discussion : p. 69-77). V. Le Congrès exprime le vœu que le Gouvernement crée en Belgique, à l'exemple de nos voisins du Midi et de l'Est, un arioretum. (Discussion : p. 91-92). Le Congrès admet en principe : Il y a deux espèces de laboratoires : les uns de recherche et les autres d'enseignement. Le Congrès émet les vœux : — 222 — 1° Que chaque Jardin botanique soit pourvu d'un laboratoire de recherches. 2» Qu'il soit établi un laboratoire d'enseignement dans chaque établis- sement où l'on enseigne la botanique : universités, écoles de médecine vétérinaire, d'agriculture et d'horticulture. 3° Quand les circonstances le permettront, que le laboratoire de recherches, le laboratoire d'enseignement et le jardin botanique soient groupés en un seul Institut. (Discussion : p. 100 à 122). VII. Systèmes d'étiquettes recommandés par le Congrès. 1° Les étiquettes en zinc ; 2° Les étiquettes en fer émaillé et celles en porcelaine pour les plantes de serre, surtout pour les Jardins botaniques, à condition que Ton emploie un moyen d'attache convenable. 3° Pour les serres chaudes et les bassins des serres chaudes, les plaques en verre décrites par M. Cornu. Moyen d'attache recommandé : le fil de fer galvanisé. Le Congrès estime que le système d'étiquetage doit être doublé, dans les jardins botaniques, pour la sécurité du professeur et dans l'intérêt de la tenue du jardin, d'un registre avec plan du jardin, où les collections de ce dernier soient notées point par point. (Discussion : p. 124 à 138). VIII. Le Congrès émet le voeu que des associations de prévoyance mutuelles soient constituées dans les centres agricoles et horticoles qui permettent l'établissement de ces institutions. (Discussion : p. 138 à 141). IX. Le Congrès charge une commission de dresser une liste des champignons qui sont réellement vénéneux et une des champignons comestibles recommandables. X. Le Congrès émet les vœux : 1° Qu'il soit créé un cours de pathologie végétale dans les diverses écoles d'horticulture et d'agriculture et que ce cours ait un but essentiellement pratique. 2" Que ce cours soit appuyé par des expériences de culture ; 3° Que des notions sur les parat^ites des végétaux de grande culture soient répandues dans les campagnes par l'intermédiaire de l'enseignement primaire et de conférences populaires ; 4° Que les recherches sur les maladies des plantes cultivées soient encouragées le plus possible. (Discussion : p. 156-169). XI. Le Congrès appuie le vœu de M. Radlkofer qui demande que le travail d'une étude complète et définitive des espèces végétales soit réparti entre les centres botaniques importants de l'Europe. Chaque centre s'occuperait d'un groupe déterminé pour lequel il disposerait de tous les matériaux dispersés dans les diverses collections. (Discussion : p. 170-173), Le Congrès appuie également le vœu de M. Krelage qui demande si l'on ne pourrait pas conserver tous les types du règne végétal dans les divers Jardins botaniques qui s'appliqueraient à cultiver chacun une certaine famille ou un genre déterminé. (Discussion : p. 173-174). XII. Le Congrès exprime le vœu que dans les écoles à tous les degrés, y compris les écoles d'horticulture, l'enseignement de la botanique soit organisé de telle façon que la Cryptogamie y ait la part qui lui revient au point de vue de son importance. Il importe que cet enseignement soit fondé principalement sur des démonstrations pratiques et des expériences de culture. XIII. Le Congrès émet le vœu qu'au prochain Congrès, chaque ville intéressée envoie des délégués chargés de faire connaître les moyens qu'on emploie dans ces villes pour se débarrasser de la gadoue et des balayures, tout en venant en aide aux grandes cultures. (Discussion : p. 182-189). XIV. A. Le Congrès exprime le vœu que tous les pays adhérents à la Convention phylloxérique du 31 novembre 1883 adoptent, en les éten- dant aussi libéralement que possible, les mesures de réglementation intérieure et la formule du certificat édictées en Belgique. B. Le Congrès adopte les conclusions scientifiques de M. Cornu : 1" La principale cause de l'invasion phylloxérique est le transport direct de l'insecte par des racines ou des fragments de racines phyllo- xérées. 2° Le transport à grande distance ne doit pas être, en général, attribué au vol naturel de l'insecte ailé; l'influence des trains de chemins de fer ne paraît pas avoir l'importance qu'on lui supposait. 3" La propagation à grande distance n'est pas déterminée par des phylloxéras aptères errants : les insectes qui sont dans ce cas sont tous des jeunes ; ils ne peuvent demeurer longtemps en dehors des vignes, sans nourriture. 4° Les plantes enracinées et cultivées dans un vase à fleurs, ainsi que les produits de l'horticulture, non en contact avec les racines des vignes, doivent être considérés comme sans danger. G. Le Congrès exprime le désir que l'exposé que M. Cornu a fait de la question phylloxérique, au Congrès d'Anvers, soit envoyé à tous les gouvernements et que toute la discussion soit jointe à cet exposé. (Discussion : p. 77-87). XV. 1» Le Congrès exprime le désir que le Comité exécutif se mette en rapport avec les spécialistes étrangers pour obtenir la communication 224 — réciproque des fruits et des greffons des espèces et variétés fruitières les plus recomraandables de leurs localités respectives. 2° Le Comité exécutif est invité à demander des renseignements sur les variétés cultivées dans les différents pays, sur les conditions qui leur sont nécessaires pour se développer le mieux et surtout sur les terrains qui leur conviennent. 3° Le Congrès émet le vœu que des démarches soient faites pour obtenir de toutes les nations européennes, l'autorisation d'expédier directement, en franchise de douane, des spécimens de fruits, aux Sociétés régulièrement constituées et reconnues. (Discussion : p. 197 et suivantes)o XVL 1° Le Bureau du Congrès se mettra en rapport avec les délégués des Sociétés d'iiorticulture officiellement représentées au Congrès, afin de rechercher les moyens d'obtenir la suppression du cubage ou majoration de 50 "/„ sur le prix réel, là où cette clause est maintenue dans les tarifs de transports ; 2° Le Congrès émet le vœu de voir adopter, par toutes les compagnies et administrations de chemins de fer, l'établissement d'un service plus accéléré pour le transport des arbres, des arbustes et des plantes vivantes de toute nature, qui sont des marchandises sujettes à une prompte détérioration ; 3° Le Bureau du Congrès, d'accord avec les délégués des Sociétés adhérentes^ fera toutes les démarches nécessaires pour obtenir que les produits de l'horticulture soient vérifiés d'urgence par les bureaux de douane, afin d'entraver le moins possible la rapidité du transport. COMPTE RENDU SÉANCE DE MICROSCOPIE DONNÉE PAR M. LE D'- H. VAN HEURCK prol'esseur-directeur au Jardin botanique d'Anvers PAR M. Maxime CORNU professeur-administrateur au Muséum d'histoire naturelle, à Paris, délégué du Gouvernement français au Congrès International de botanique et d'horticulture d'Anvers. Le programme du Congrès promettait une séance de Microscopie par M. le D"" Henri Van Heurck ; la haute compétence de ce savant, ses nombi^euses découvertes, ses travaux importants sur ce sujet, assuraient le succès de cette séance. Elle devait avoir lieu à son domicile particulier. Le nombre des personnes qui se firent inscrire pour y assister fut si grand, qu'il devint nécessaire de choisir un local suflisamment vaste pour contenir cette affluence . On se réunit dans l'une des salles du premier étage des bâtiments du Musée, au Jardin botanique de la ville, dont M. le D'" Van Heurck est le directeur. Sur une grande table étaient disposés, dans un ordre parfait, les instruments qui devaient servir aux démonstrations. Des préparations furent mises sous les différents microscopes grands et petits, au nombre de six, et chacun passa en revue les curieux objets soumis aux observations ; le sympathique professeur donnait d'abord une explication générale et ajoutait, avec une bonne grâce parfaite, tous les détails supplémentaires qu'on lui demandait. Un grand nombre de Dames, qui n'avaient pas craint d'affronter l'aridité des questions scientifiques, manifestaient leur étonnement à la beauté du spectacle qui s'offrait à leurs yeux : l'élégance de la forme, la singularité des ornements que présentent les Diatomées ou les écailles des papillons (toutes choses auxquelles nous sommes habitués dès long- temps), trouvaient des admiratrices enthousiastes. Les micrographes venus à cette soirée trouvaient dans d'autres parties du programme des objets du plus haut intérêt pour eux. 13 — 226 — Il était nécessaire de classer et de séparer les sujets divers, diver- sement intéressants pour chaque groupe de personnes. La séance peut se diviser en plusieurs parties. On pouvait y voir des objets microscopiques grossis plus ou moins et dont quelques-uns étaient très curieux, même pour les savants. Les excellents microscopes permettaient d'observer les détails des test-objets réputés les plus difficiles et les plus délicats. On pouvait y passer en revue des instruments très variés, des objec- tifs des meilleurs constructeurs, des microtôraes, etc. ; une collection très complète d'appareils relatifs à la microscopie proprement dite, la photomicroscopie, etc. Mais la partie la plus remarquable a été la résolution du problème si important de l'éclairage des objets pour l'observation de la micro- photographie, par le moyen de la lumière électrique, mise à la portée de tous par M. le D' Van H^ixîk. Chacun, suivant la tournure de son esprit, pouvait s'attacher à telle ou telle partie, porter son attention sur tel ou tel ensemble d'objets exposés sur la table. Les progrès les plus récents de la microscopie étaient exposés par M. le D'' Van Heurck d'une manière claire, simple et précise : on y sentait le savant, maître de son sujet et pouvant dire « quorum "pars magna fui » ; mais il ne l'a fait qu'avec la plus extrême modestie, il semblait en demander pardon; bref il a conquis son auditoire par la parole comme par les objets qu'il montrait. Parmi les préparations curieuses qu'on a pu observer dans cette intéressante séance, on pourrait citer un grand nombre de Diatomées, soit isolées, soit réunies; il faut citer spécialement les merveilleuses préparations de Môller qui montrent, rangées régulièrement suivant des lignes parfaitement droites, de nombreuses espèces appartenant à des genres très divers. Ce sont de véritables collections d'une grande utilité pour les spécialistes qui s'occupent de Diatomées. Les bouquets de Dalton offrent l'exemple d'une habileté semblable; mais là, elle est mise au service d'un effet à la fois pittoresque et artistique ; on a profité de l'apparence irisée due à un phénomène com- plexe (lames minces et réseaux) qui donne lieu à des couleurs très brillantes; on a composé, avec des Diatomées et des écailles d'ailes de papillons, des bouquets de fleurs microscopiques, comme celles qui sont fabriquées à l'aide d'élytres d'insectes : ces préparations ont eu un grand succès de curiosité; on ne pouvait se lasser de les admirer. Non moins curieuse est la préparation microscopique de Webb, con- tenant une écriture microscopique faite à l'aide d'une machine spéciale et d'une pointe de diamant. L'ensemble apparaît à l'œil nu comme un grain de poussière sur la lame, et cependant c'est le Pater noster ~ 221 — tout entier, avec des caractères d'une petitesse telle que « la bible toute entière, » dit Webb, « pourrait être écrite six fois sur un pouce carré. » La partie scientifique de l'auditoire a admiré trois grands magnifiques microscopes montés pour la circonstance : l'un de Ross, l'autre de Powell et Lealand et un troisième de Nachet (grand modèle à renversement). On a pu y examiner successivement diverses préparations d'histologie végétale; le bacille en virgule du choléra dont il a été question si souvent cette année et que peu de personnes ont vu encore, a excité l'attention au plus haut point. Il a été possible de voir avec la plus extrême netteté les stries des test-objets les plus difficiles : le Pleurosigma anguîatum, le Surîrélla gemma, le Grammatofliora suitilissima, le Van HeurcUa rhomioides et surtout VAmpMpleura pellucida. On a vu également avec une parfaite évidence les stries des réseaux de Nobert; pendant bien des années elles ont défié les efforts des micro- graphes; il nous est possible de voir le 19° système de stries. M. H. Van Heurck a construit deux appareils spéciaux pour obtenir des réseaux semblables à ceux de Nobert ; le premier qui remonte à l'année 1874 donnait des résultats satisfaisants; le second construit en 1885 a permis d'obtenir des divisions surprenantes de ténuité et de finesse. Ces diverses observations au microscope ont été, pour prendre un peu de repos, suspendues par la conférence très intéressante de M. le D' Van Heurck sur les avantages de la lumière électrique. A mesure que les constructeurs obtenaient des grossissements de plus en plus forts, la quantité de lumière envoyée dans l'œil sous forme d'image devenait de plus en plus petite; on a employé successivement des concentrateurs coûteux et compliqués, des sources de lumière de plus en plus vives, également très coûteuses, sans compter la lumière solaire dont l'emploi nécessite une installation compliquée et chère. Ces sources de lumière sont également des sources de chaleur ce qui ne contribue pas peu à les rendre incommodes. La lumière électrique réalise de très grands progrès : M. le D' Van Heurck s'est appliqué, depuis 1881, à en rendre pratique et à en préconiser l'usage. Cette lumière permet de voir, avec facilité, des détails invisibles ou peu visibles avec les moyens d'éclairage ordinaires, et ce, d'abord parce qu'elle renferme plus de rayons bleus et violets que la lumière des lampes ou du gaz et, ensuite parce qu'elle a une intensité spécifique plus considérable que les autres lumières artificielles et permet donc l'emploi de rayons beaucoup plus obliques. Il signale ensuite des appareils qui sont à la portée de tous les micrographes pour la production de l'éclairage électrique. Ces appareils sont simples et peu coûteux. Les deux principaux sont : — 228 — I. La pile Leclanché, avec le dispositif que M. Swan a adopté pour pouvoir facilement la mettre en action et la laisser reposer. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de cette méthode d'assembler les éléments Leclanché; nous conseillons vivement de lire l'important mémoire de M. le D' Van Heurck sur la lumière électrique appliquée au microscope (Journal de micrographie, mai 1883). Elle a l'inconvénient de ne pas permettre des observations de plus d'une dizaine de minutes; après ce laps de temps il faut donner quelques instants de repos à la pile. Toutefois M. Swan vient de produire actuellement des lampes qui demandent si peu de quantité (ce que les électriciens nomment les ampères) de courant, que la pile Leclanché -Swan permettra à l'avenir un éclairage continu. La pile Leclanché-Swan a l'avantage de rester active très longtemps : M. H. Van Heurck en possède une batterie qui fonctionne actuellement depuis trois ans, sans qu'on ait dû y toucher. IL Pile Trouvé. — M. H. Van Heurck a indiqué à M. Trouvé la disposition des appareils pour les applications au microscope. Nous empruntons le passage suivant au Synopsis des Diatomées de Belgique p. 220-224, où le sujet est exposé avec une très grande netteté. « On connait la pile Trouvé : c'est une pile à treuil de 6 éléments. le et l'organisation des laboratoires de botanique. — Discussion 100 SÉANCE DU 4 Août (soir). Sections réunies ......... 123 Y//me Question du programme : Quel est lejneilleur système d'étique- tage pour jardins botaniques, pour parcs publics, pour jardins privés et pour serres. — Discussion 124 X/X""* Question du programme : De l'opportunité de la création, dans les centres horticoles, de sociétés de prévoyance mutuelle et d'épargne en faveur des jardiniers et de leurs familles. — Discussion 139 X F"'" Question du jM'ogramine : La culture des champignons utiles est- elle susceptible de s'étendre? On demande un aperçu des espèces comestibles les plus communes et des espèces vénéneuses qui leur ressemblent le plus. — Disctission 141 ShX'5